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La petite trotte à vik; édition 2020

Ma Petite Trotte à Vik 2020

La Petite Trotte à Vik est mon tracé de tour des Écrins par « les hauteurs », en restant au maximum dans des endroits sauvages, techniques, en évitant les fonds de vallées, les GR ou chemins roulants et autres détours.
Rester au maximum dans la nature et en altitude.

Après une édition en ultratrail en 2018 je devais réaliser le parcours (revu avec petite modification de parcours) en 5 jours, en étapes avec nuit en refuge/hôtel, avec l’ami Florent. Le COVID19 en a décidé autrement, Florent ne pouvait plus se joindre à moi.

J’ai alors décidé de partir sur ce tour des Écrins en solitaire, en autonomie totale, et en envisageant de faire quelques sommets ou détours autours du parcours, sur 9j.
Au final, je m’en tiendrais à un tour en 7j sans visiter de sommets en supplément (lire plus loin).

Stratégie hydratation

Le principe de base est de partir aussi léger que possible malgré le poids conséquent imposé par l’autonomie totale, afin de pouvoir avancer efficacement.
Ce sera donc une flasque de 500mL placé entre le corps et la ceinture ventrale du sac pour la progression la journée, et une poche à eau de 2L vide la journée, pour le bivouac.

La présence relativement importante d’eau le long du parcours permet de recharger régulièrement. Sur certaines sections, le manque d’eau et la chaleur m’auront été pénible (gorge sèche, salive épaisse, légère déshydratation sans conséquence) mais j’ai l’habitude…

Une bonne réhydratation est prévue chaque soir par le repas.

Stratégie nutrition

Le principe de base est de partir aussi léger que possible malgré le poids conséquent imposé par l’autonomie totale, afin de pouvoir avancer efficacement.
Par ailleurs, un temps important est dédié à la progression et donc la durée des repas limitée.

Le petit déjeuner est très sommaire: 2 biscottes et de l’eau. Pas de café ou thé, qui nécessiterait du temps et de la consommation de gaz (en plus d’être diurétiques).

Le déjeuner est inexistant. Non, je ne mange pas à midi.

Le repas du soir est le seul apport important de la journée (550 à 750kcal) et le moment où la faim est réellement comblée, afin de bien dormir. Soupe ou gruau baignant dans l’eau, afin de réhydrater correctement.

Enfin, si envie ou besoin trop important, un en-cas est possible à tout moment de la journée par le biais de « boulette énergie ». Je ne suis pas sujet aux hypoglycémies, mais parfois une petite boulette fait du bien au moral 🙂

Je me suis inspiré des principes et recettes expliqués dans le livre Food Trek pour préparer ces repas maison. En version épurée et peu diversifiée, certes, mais en mettant en pratique les principes de préparation maison, déshydratation, et conditionnement efficace et réutilisable. Bien moins cher que du lyophilisé industriel par ailleurs.

Biscottes

Pain maison, au levain, légèrement sucré (sucre de canne et miel), avec noisettes et amandes.
Après cuisson, les tranches sont découpées et passées au déshydrateur.

2 biscottes / matin, soit 18 tranches conditionnées en 2 sacs congélation grand format.

Repas du soir

6 soupes, 3 gruaux d’avoine. 9 préparations conditionnées de manière unitaire dans un sac congélation petit format.

Soupes

à base:

  • d’une farine précuite (aussi appelées « crèmes » sur les emballages), que l’on trouve par exemple en magasin bio (style biocoop): riz ou épeautre
  • d’une farine gustativement et nutritionnellement intéressante: arachide ou châtaigne
  • de champignons
  • sel, poivre
  • épices ou aromates

Ex: farine précuite d’épeautre + farine de châtaigne + herbes de Provence, ail en paillette, origan + champignons déshydratés

Très facile et rapide à réaliser, il m’a simplement fallu prévoir quelques longues heures de déshydratation des champignons.

Gruau d’avoine

Le gruau d’avoine est d’un apport nutritionnel intéressant et sa consistance en grain encourage à mâcher ce qui aura un effet important sur la sasiété et l’impression de « faire un vrai repas ». Par contre, la cuisson est très longue, il est donc impensable de le cuire sur place au bivouac.
J’ai donc précuit puis déshydraté de quoi réaliser 3 repas. Un peu de curry et de piment, ainsi qu’un peu de farine de riz précuite, ajoutent saveur et une consistance de sauce au gruau.

Il suffit de faire tremper la portion dans de l’eau (froide, c’est suffisant) pendant 15/20mn (le temps d’installer le bivouac) avant de réchauffer sur le réchaud. La consommation en gaz est ainsi réduite.

Boulettes énergie

Une recette adaptée de Food Trek: par simplicité je n’ai utilisé que des boules de patte de date (sans fourer d’un autre aliment/saveur), roulées dans des graines de sésame, puis dans de la farine de châtaigne.
La farine de châtaigne donne un petit plus, et ajouté en plus dans le conditionnement (sac de congélation), permet d’éviter que les boules s’agglomèrent entre elles.
Le surplus finira dans une soupe, rien n’est perdu.

Je suis parti avec 18 boulettes soit ~3/j si je les avais consommé de manière régulière, ce qui n’a pas été le cas. Conditionnées ensemble dans un sac congélation grand format.

Stratégie dodow

Le principe de base est de partir aussi léger que possible malgré le poids conséquent imposé par l’autonomie totale, afin de pouvoir avancer efficacement.
Par ailleurs, j’aime dormir à la belle étoile.

Ce sera donc tant que possible un bivouac à la belle étoile, et si la météo est mauvaise, un plan B, plutôt tournée vers la cabane non gardée. Mais j’emmène un tarp en cas par sécurité, bien que l’idée de s’en servir sous la pluie ne m’attire guère. J’ai également du cash pour pouvoir prendre une nuitée en refuge ou gite d’étape, je suis là pour souffrir, mais pas trop quand même !

Matériel

  • Matelas, sac de couchage 2° confort, sursac de couchage, sac de soie
  • bande adhésive, couverture de survie x2
  • doudoune, micro-doudoune, pantalon duvet
  • crampons 6 pointes, piolet léger
  • pyjama: collant « sous vêtement », tshirt prêt du corps
  • chaussettes 3 paires de rechange
  • tarp, sans maquereaux/sardines
  • réchaud, pare-vent, casserole, bonbonne gaz 230g, 1 cuillère, 2 briquets
  • veste de pluie, pantalon de pluie
  • frontale + batterie de rechange
  • montre GPS + piles de rechange
  • bâtons
  • smartphone, téléphone de secours (fonction réveil)
  • appareil photo, 2 objectifs, 2 batteries de rechange, filtres/porte filtre (inutilisés…), accroche sac PD
  • sacs étanches
  • 1 thsirt ML secours, gants, 2 buffs
  • Flasque 500ml, poche à eau 2L
  • Crème solaire de poche
  • Sac 45L format « guide »
  • camera style gopro « noname »
  • bouffe

Jour 1: Briançon – Col du Paillon

Mon sac est plus lourd que ce que j’imaginais en envisageant ce projet, mais ça me semble raisonnable. Impensable de courir, mais je grimpe à allure satisfaisante vers Notre Dame des Neiges, puis vers la Condamine. Je prends de l’altitude en savourant sous le soleil la liberté qui m’attend. Je m’élance avec envie vers ces 9j de solitude et de nature, après des mois éprouvants pour de nombreuses raisons conjoncturelles (covid, coucou), professionnelles, ou personnelles / lié à mon entourage. Stop au stress, bonjour la simplicité de mettre un pied devant l’autre, manger, dormir, répéter.

Pause photo à la Condamine, ça ne sera pas génial car la luminosité est bien dure à cette heure de la journée ou l’on serait au dessert, présumément une glace. Mais je n’ai encore jamais monté l’appareil photo là haut et montrer aux amis ou lecteurs inconnus comme c’est beau au dessus de la maison me fait cliquer quelques fois sur le déclencheur. Le début d’une longue série sur la semaine 🙂

La suite: crête de Coste Grosselière, puis je plonge hors sentier sur un coup de tête pour descendre plus court sur Chambran, sans passer par le col de la Pisse. Mon équilibre est mis à mal par le gros sac, un échauffement bienvenu alors que ce qui m’attend par la suite est bien plus compliqué.

J’ai une bonne vue sur le mur entre Chambran et le col du Paillon, et comme à chaque fois, je me dis que, « WTF, ça passe là dedans… on dirait pas ».

Mais la perspective est trompeuse, de face et de loin, rien ne passe, pas vrai ?

C’est parti pour la grimpette. Il y a forcément un endroit où c’est plus simple, j’ai même lu quelquepart (camptocamp ?) qu’un bout de balisage discret existerait, mais comme d’habitude, le gros bourrain part tout droit dans la pente, tant que ça passe, ça passe. Dur dur sous le soleil et la chaleur étouffante dans cette pente de dingue où il faut mettre les mains pour dépasser les ravines et cascades qui traversent verticalement les petites barres rocheuses.

Puis doucettement il me faut mettre un pas devant l’autre pour gravir tout droit la pente de 45 à 50% selon les endroits, qui mènera plus haut à un « replat » d’un classique 25-35%. Pas de sente ou de balisage à suivre, c’est pratique, c’est simple: c’est tout droit. Ou presque. Je me rappelle Julien là dedans en 2018 « tu serais pas un peu pyrénéen sur les bords ?! »

19h30, col du Paillon atteint. Je cherche un endroit un poil plus accueillant pour mon bivouac. J’en trouve un. Un poil de cul plus accueillant. à 3m du précipice, un replat de 1m sur 50cm plus terreux dans la caillasse. ça fera l’affaire !

Je m’installe, mange, profite du coucher de soleil. Mieux là qu’en prison !

Jour 2: -> Côte2800, Sous le col de la Temple

Je m’habille chaudement pour aller faire quelques photos du lever de soleil. J’aurais pu partir à poil, il fait bien chaud en fait.
Petit dej et remballage express, à 6h40 je suis prêt à en découdre avec la descente cochonne du col du Paillon.

Un couloir étroit et super raide qui récolte toute la merde qui se décroche des parois au dessus. ça glisse sous le pied, ça fait rouler de la pavasse… Le risque de se faire vraiment mal en tombant n’est pas bien élevé, ce n’est pas exposé à une longue chute, m’enfin je ne veux pas me faire mal ni me faire peur, alors je prends mon temps. Un temps de dingue. A peu près aucune chance qu’un autre bipède vienne me décrocher une pavasse au dessus, peu de chance qu’un chamois vienne me rendre visite non plus. 1h20 de descente pour 300m de D-, je retrouve les chamois bien plus à l’aise dans le pierrier en dessous.

Aller, ça c’est fait. Plus qu’à filer à Ailefroide, facile, boulevard, autoroute même, mais longuet. Bonjour, bonjour, salut, bonjour, salut, salut, …

Enfin, j’y suis, Pré de Madame Carle, midi et des. SMS de Julien qui m’informe des prévisions météo du jour et du lendemain. Orages prévus pour 16 à 17h, localement violents. J’ai un peu mal au dos, en fait le sac est lourd, bordel de cul.
J’envisage de laisser le petit piolet / crampons sous une caillasse, à récupérer plus tard: il est très peu probable que j’en ai besoin pour le col de la Temple, et je ne ferai pas le Coolidge vu les prévi météo. Je n’en aurais pas besoin pour la suite, sauf si balades imprévues en dehors du parcours tracé, mais avec le poids sur le dos, je commence à me dire que les balades optionnelles en sus resteront fantasme et que m’en tenir aux 230 bornes du tracé suffira bien.

Je garde le matos au-cas-ou et pour éviter de me les faire chourave dans ce coin sur-fréquenté.

3km de glacier noir à remonter. Faut pas que je m’endorme !
Il a pris cher le glacier, il est tout à poil sauf le tout haut où un névé cache les crevasses.

Je me magne, l’heure tourne, et ça avance pas des brouettes dans ce merdier de caillasse. J’aime bien, c’est pas le problème, mais je regarde les nuages aller et venir sous un vent d’altitude prononcé. La noirceur se renforcer.

Grimpette finale au col: je quitte le confort de la pente douce sur le glacier pour le couloir dégueulasse à déclivité de compétition. Vas y que j’y met les mains avec vigueur, ça fait du bien cette grimpette, ça détend le dos. C’est physique avec ce gros sac, mais je n’oublie pas le chrono: objectif 16h au col. Si bien que je quitte l’ébouli cairné pour finaliser l’ascension sur une arête plus raide de bon rocher.

Col de la Temple, 3321m, 16h. Intempéries imminentes.
16h34, 2850m, la pluie s’invite. J’ai passé le névé qui surplombe la barre rocheuse de ce versant Vénéon, donc je m’en cogne. Presque, ça fait chier pour le bivouac.

Enfin, pas de grosse inquiétude, je connais deux grottes aménagées toutes proches. Ce n’est juste pas hyper sexy, mais ça fait le job.

Je rejoint donc la première grotte, j’y laisse mon sac et enfile pantalon et veste de pluie. Mission eau: j’ai bu 400mL depuis 4h30 dont 1500D+, je suis desséché. Et me faut de quoi préparer le repas et passer la nuit. J’ai le choix entre traverser le pierrier bien large deux fois ou me rendre jusqu’au refuge de Temple Écrins. Bordel, c’est pas la porte à côté, mais cette deuxième option sera forcément plus rapide.

une fois revenu, c’est direct dans le sac de couchage, bouffe, et dodow. Il est 18h, il pleut. Bonne nuit. Merci la grotte.

Jour 3: -> Lac de la Muzelle

~5h, un groupe d’alpiniste n’a rien trouvé de mieux que de stopper PILE devant la grotte pour renifler, se moucher, s’attendre, déblatérer sur les condis météos ou que sais je.
Bah, l’a pas l’air de faire bien beau, mais je suis reposé, vu l’heure de couchage la veille. Petitdej, remballage, un peu de photo au lever du soleil, et me voilà en route.

La descente s’avale bien et je me prépare psychologiquement aux longueurs roulantes pour atteindre le refuge de l’Alpe du pin, où j’ai l’intention de bifurquer pour le col de la Grande Hôche, alors qu’en 2018 nous l’avions abandonné en faveur du sentier menant à Lanchatra par le bas le long du torrent.

Finalement, ce sentier est agréable et le manque d’horizon est balayé par ce beau torrent à teinte bleutée.

Il fait une chaleur à crever, et je peine dans la remontée à l’Alpe du Pin, que j’atteint vers 13h. Je m’y rafraîchie longuement, m’enfile une bière, réalise des étirements poussés pour soigner le mal de dos qui s’installe maintenant inexorablement.

Je discute avec Karine la gardienne. De ce que je fais, d’où je vais. Col de la Grande Hoche, ou pas ? Elle n’a pas l’air chaude de m’y envoyer, c’est raide, faut mettre les mains. J’en ai vu d’autres. J’ai déjà « reconnu » cet itinéraire hors sentier, au détail près que j’avais fini en escalade facile, trop à droite. La descente raide, des barres rocheuses. J’en ai vu d’autres, y a des gradins et du rhododendron au début, puis il y a des systèmes de vires pour passer les barres rocheuses. Je n’avais pas galéré en reconnaissance, et j’ai la trace.
Mais il fait chaud, je suis chargé, lourd… Il y a risque d’orage localisés, on sait pas bien où. J’ai en mémoire une cabane « vers la muzelle » pour échapper à la pluie. Mais ça fait loin.
Je tergiverse un moment puis fini par me décider à éviter de nouveau la Grande Hoche.

Karine accepte par ailleurs de me rendre service en gardant une semaine ou deux le matériel dont je n’ai finalement aucun besoin, le piolet et les crampons, ainsi que la microdoudoune. ça m’allège un peu, et j’espère que ça soulagera le dos !

Petit coup d’œil à la carte: la cabane derrière la Muzelle, c’est bien bien loin derrière la Muzelle. Fuck. Et la Muzelle, c’est pas encore gagné.
Je repars surmotivé, d’un bon pas.

Mont de la coche, dedieu que c’est raide. La crête est magnifique. Descente sous la Muzelle, hors sentier, vers le torrent, ou je retrouve de l’eau. Aller, j’y suis presque, et les nuages ont disparus, il fait beau, l’orage ne sera pas pour nous ! J’arrive au lac de la Muzelle à 19h30, et vais mettre en place mon bivouac un peu gêné qu’il y ait autant de monde. Tant pis. Deux hermines curieuses jouent à proximité, une compagnie qui me réjouie. Par contre, pas simple de leur tirer le portrait !

Jour 4: -> Valsenestre

Col de la Croix, Lac Lauvitel, plouf.
Montée vers Plan Vianney, une petite cascade-vasque naturelle. Personne alentour ? Plouf.
Lac de Plan Vianney, Plouf.

Il fait tellement chaud, je profite de chaque occasion de me rafraîchir pour me tremper.

Col de la Romeiou, ça commence à sentir le ciel qui va tomber sur nos têtes, à un moment ou un autre, à un endroit ou un autre. Grand bleu dans la direction de l’Arcanier, au bout de la crête que j’ai l’intention de parcourir. Je m’y engage, pas tout à fait confiant dans la tournure des événements à venir.

A raison. A l’approche de la tête de l’Ane, une enclume fait son apparition et les grognements célestes se font menaçants. BACK OUT ! TAKE COVER !

Marche arrière toute puis descente à la rache droit dans la pente herbeuse, sous la pluie, vers la cabane de berger que je sais être plus bas. Bon, faut adapter. Je descends vers Valsenestre, pas de soucis, je connais. Mais le bivouac ? Pas glop, avec cette météo, même si ça ne dure pas.

Ben y a un gite d’étape à Valsenestre. Aller Seb, soit faible, vas y 🙂

Je me rends donc au gite le Béranger, où j’offre contre mon gré le spectacle du crado dalleu de sa journée à 3000mD+ qui se fait sa popote et ses étirements dans la cour devant l’établissement, attendant un peu de disponibilité de la gérante pour pouvoir prendre une douche et une binouze.

Jour 5: -> Lacs Pétarel

La nuit est excellente malgré le dortoir surchauffé et les ronflements des voisins. A 5h45 je prends mon petit dej biscotte dans la cour en papotant avec le gérant du gite, près à en découdre avec le GR54 après ce repos efficace.

Changement de programme, je vais délaisser le col de Menoux pour le Col de la Vaurze, pour rejoindre les lacs Pétarel où j’imagine trouver un lieu sympathique pour mon bivouac.

Col de Côte Belle est avalé à bon train. le col de la Vaurze m’amène à un cumul de dénivelé qui m’oblige à faire plus de pause, notamment pour m’étirer. Le dos souffre au deuxième millier de mètres de dénivelé.
De bons étirements de la chaîne postérieure, ainsi que du dos en torsion, et des carrés des lombes, me permettent de repartir.

Au col de la Vaurze, je papote un moment avec du personnel d’entretien des sentiers. Embauchés par la communauté de communes de la Mure, ils prennent bien soin du GR54. L’un d’eux me parle du col Turbat, une idée à étudier pour moi qui cherche à éviter le GR54. Il ne l’a jamais fait, et sur la carte, ça n’a pas l’air débonnaire. Mais je prends note.

En fond de vallée, je m’accord une pause bière/glace avant de repartir pour le 3ème kilomètre vertical. J’y discute canicule avec la gérante marseillaise du camping (elle s’est mise au frais, mais l’altitude est moindre qu’à Briançon, je ne savais donc pas répondre à « il fait combien ‘en bas' » :-D) et randonnée avec des touristes.

Le sentier est pas super agréable au départ, avec des arbres tombés et peu d’entretien, puis devient bien plus sympathique et son côté sauvage me va très bien. Les quelques gouttes qui tombent ne sont pas gênantes et le soleil revient rapidement. La chaleur n’a pas disparu, et je m’offre un bon bain dans le premier lac à mon arrivée, sous le regard probablement amusés des voisins emmitouflés dans leur doudounes.

Jour 6: -> Cabane de Jas Lacroix

Je me suis rendu compte qu’avec le rythme que je tiens là, il est vraisemblable que je termine mon tour en 8j, voire en 7j. J’ai définitivement supprimé toute idée de détours ou de sommets optionnels, et il semble que je tienne à enquiller « environ 3000m de déniv » par jour. La prochaine étape pourrait donc être du côté du col de l’Aulp Martin, voire la cabane de Jas Lacroix. Les risques d’orages étant toujours conséquents en cette période caniculaire, la cabane représente une bonne garantie de nuit au sec et en sécurité.

Je ne me presse pas outre mesure mais je sais que la route est longue. La chaleur m’invite à profiter des framboises et des torrents.

Les patous sont grognon mais me laissent tranquille lors de mon ascension hors sentier au col de Morges. J’adore la sauvagerie de ce coin. Je repense à la sortie avec Florent Gagalouchi. Pas un bipède par ici.

Au détour d’une sente de mouton/berger, ah si, je tombe nez à nez avec un bipède: une bergère, accompagnée de son border collie. Toute souriante, qui lance un bonjour aussi joyeux qu’étonné de voir un randonneur dans ce coin perdu. Jeune et dreadée. ça tranche avec la vieille bourrue qui avait répondu sèchement à Julien en 2018 (« non, le col de Morges, ça n’existe pas »)

Retrouvailles avec le GR54. Col de Gouiran puis de la Valette. Pfiou jsuis séché. C’est encore loin ? C’est quand qu’on arrive ?

Refuge de Pré la Chaumette. Ah. C’est l’heure des étirements. Donc de la bière. Vite fait, bien fait. Les nuages sont là, il est 18h30, ça va péter, c’est sur, et la cabane de Jas Lacroix est encore un poil loin. 1000m de dénivelé positif notamment, pour le pas de la Cavale puis le col de l’Aulp Martin. 2h max. Panneau 3h45, mon cul.

1h30, j’y suis. l’orage a pété un peu plus loin, j’ai seulement eu 3 gouttes. Pour le moment ça va, mais ça tourne, ça peut revenir. C’est Chargé, c’est gris, c’est pas engageant.
Aller Seb, 900m à descendre.

Et ça revient. Aller seb, sors toi les doigts ! ça s’assombrie, la nuit va lentement s’installer et l’orage renforce le manque de luminosité.
Lunettes de soleil sur le nez (pas le choix, j’ai pas pris l’autre paire), torse nu, appareil photo à la bretelle. Et ça pète grave.

J’hésite: perdre un peu de temps à ranger l’appareil photo, enfiler une veste, voire le pantalon de pluie, ou aller au plus vite à la cabane ?

Je n’ai pas froid, et chaque minute peut compter. J’envoie donc comme un goret malgré le gros sac et le manque de visibilité, en coupant hors sentier par moment, en utilisant les bâtons pour maintenir un équilibre précaire tout en surfant sur les pierres et pelouses. Concentration maximale, engagement total. J’ai enlevé le disjoncteur. Pas une chute, pas un semblant de chute, pour autant.

Merde, je ne suis pas du bon côté du torrent. Éclair. Décision. Traversée, les pieds dans l’eau, de l’eau jusqu’à mi-mollet. Je suis déjà mouillé, pas le temps de faire dans la dentelle de toute façon.
Aller, cours.

J’y vois rien, sauf quand la foudre tombe :-D. Assez loin, tout de même, j’ai un shoot d’adrénaline, mais je ne me sens pas en danger.
ça y est, la cabane !!!

Je malmène la porte. « elle est fermée, attend, on arrive ! ». Un couple est là, et a fermé de l’intérieur pour éviter les tremblements à cause du vent.

Manger puis dormir allongé au sol sous la table est un confort considérable après cet épisode orageux. J’apprendrai en rentrant le lendemain que cet orage a déclenché un incendie dans le bois au dessus de Briançon et une coulée de boue très importante à Montgenèvre.

Jour 7: -> Briançon

Je pensais dire bonjour à Jean-Michel le berger des lieux, mais je le perds de vue en repartant de la cabane. Je repasserai. Me voilà bien motivé à rentrer à la maison. 7ème jour, c’est déjà une belle bambée.
En plus, nous revoilà dans la vallée de Vallouise, on est dans mon terrain de jeux Briançonnais. J’enquille donc avec la ferme intention d’en finir ce jour, et le plus tôt possible pour profiter d’un bon repas à la maison.

Collet du Rascrouset, loooooongue descente sur Pelvoux, longue remontée au col de Vallouise. Un regard en arrière: tiens, ça va re-péter. J’enfile la veste, la retire, remonte vers Notre Dame des Neiges… Redescend… Elena vient à ma rencontre et nous remontons tranquillement dans la vieille ville… Pour terminer ma première semaine de « vacances à la maison ».

Long Story Short

7j, 245km, 20 000mD+. Les dégâts du confinement sur mon tour de taille: évaporés 😀

La trace sur strava. Food Trek sur GlenatFacebook

Récupérer le matos

La semaine d’après la suivante, je repars dans les Écrins pour motif de récupération de matériel: je me rends au refuge de l’Alpe du Pin pour rapatrier mon piolet, mes crampons, ma microdoudoune, confiés à la gardienne Karine. Enfin à la gardienne Judith qui a pris le relais de Karine, avec qui elle partage la saison.

Cette fois ci, c’est en courant, avec simplement un sac de trail, un change short+débardeur et un sac de soie pour la nuit et veste de pluie, que je compte rallier l’Alpe du Pin… En partant de Vallouise, et en partant sur le GR54 vers l’Aulp Martin. Comment ça, c’est pas la route ?!

Jour 1: Vallouise – Refuge du Chabournéou

ça déroule ! 30mn de discussion avec Jean-Michel le berger et un ami à lui à Jas Lacroix. Les patous me réclament des caresses et me léchouillent les mains.
J’aurais du faire un selfie de Belle et Sébastien.

Orage qui menace au col de Vallonpièrre et explose un peu après le refuge éponyme. L’activité électrique est lointaine et pas inquiétante, mais je me prends le déluge.
Arrivé torse poil, trempé. C’est incongru dans ce refuge minuscule et plutôt « familial ».

vous avez une serviette ? Sinon on va essayer de vous en trouver une…
Non. Mais vous inquiétez pas, j’ai un débardeur.
Vous savez un sac de couchage ?
J’ai un sac de soie…
Vous allez avoir froid
non, non, ça ira

Enfermé dedans à partir de 17h, après une longue séance d’étirement dans mon mini short fendu dans la seule pièce commune du refuge, c’est l’occasion de me délecter de « Gravir les montagnes est une affaire de style » de Cédric Sapin-Defour en sirotant une bière forte pas locale. Et avant de décimer le second round de polenta originellement non prévu au programme avec la pinte de jaja.

Trace et photos sur Strava.

Jour 2: -> Refuge de l’Olan

Le refuge de l’Olan, c’est juste à côté (1200m de déniv). Du coup, faut occuper la journée.

Contre l’avis de la Gardienne qui a fait un appel à un ami pour me renseigner (merci !) sur un col typé alpinisme « ça passe pas c’est de l’alpinisme », avec aller/retour chaussures-tête-chaussures et avec difficulté à m’en dire plus que ça passe pas, vous voyez bien c’est le col là bas, faudrait traverser ceci, cela, névé, barres, etc. à 5km à vol d’oiseau, oui, franchement, c’est pas engageant. Mais j’irai voir, demi tour non exclu.

Mais comme elle m’avait parlé d’un collet permettant de monter vers ce col en question, l’idée me vient d’enchaîner les deux. Ascension sympathique droit devant, je surprend une biche, un petit de l’an passé et un faon de l’année près d’une mare. Moment poésie.
Puis caillasse. De l’autre côté, c’est merdique à souhait. Sans avoir lu de topo, je passe 2h à chercher où descendre, peine perdu.

J’aurais vu deux cairns en 2h. Les 2 cairns de l’espoir: de ceux qui font persister « mais si ça passe et y a du monde qui passe ». Mais plus rien ensuite. Donc retour arrière, l’heure avançant et le risque d’orage ou au moins de précipitations n’étant toujours pas exclu.

Balade roulante puis 1200 secs pour l’Olan: pas de problème. Arrivé à 18h et des, j’ai le temps de me laver dans le torrent à proximité et de me rafraîchir la glotte avec une binouze locale avant de tout décaniller dans la joie et l’allégresse en bonne compagnie, avec force discussion avec les randonneurs de la même tablée.
Cette fois ci point n’est besoin de faire passer de messages par langage non-verbal, j’ai de quoi tamponner le vin rouge avec plus de couscous que de raison. La tablée m’engraine donc à faire +1 sur la commande pour digérer correctement avec un génépi. Faudrait que je parle à la gardienne de Mountain-Spirit Fabrik, car le sien n’était pas fameux.

Étirements appuyés avant de dormir. C’est franchement le truc à ne pas oublier en projet par étapes !

Trace et photos sur strava.

Jour 3: -> Refuge de l’Alpe du Pin

Ptidej à… 7h, c’est l’horaire qui arrange la gardienne. Et jsuis pas chiant, jsuis en vacances, moi…
Je dégomme tout ce qui traîne, ça prend du temps. Et en plus on vient me parler. (oui oui bien sur tu peux t’asseoir là, par contre faudrait que tu redemande du pain, y’en a plus). Comme on parle de montagne, je suis plutôt volubile.
Du coup, je pars un peu tard (8h) alors que c’est ma plus grosse journée.

Col Turbat, ça grimpe dans un pierrier ou de la carcasse d’avion gît un peu n’importe où. Énormément éparpillés. Il s’agirait du crash de 2 Jaguars de l’armée en 1985.

La descente côté Fond Turbat est très balisée. On risque pas de faire 3m à côté, y’en a de partout. Mais ce n’est pas particulièrement malvenu, car on est vite ambiancé par la raideur et la technicité de l’itinéraire.
Le haut est encore humide et je ne prend aucun risque, mettant fréquemment les mains. Je croise un guidos qui accompagne un père et son gosse. Le guidos me prévient que ça chatouille un peu plus bas, qu’il faut garder l’œil ouvert. Le mot est lâché: désescalade.

Le passage en question n’est pas long mais sur le coup, j’ai un peu l’impression de me suspendre à un bidoigts et d’aller chercher où poser le chausson trail dynafit explosé bien loin à mon goût. Ventouse au rocher. La suite n’est pas débonnaire non plus. Concentration tout du long !

Du coup, je suis bien content de repartir en trottinant après l’arrosage du crâne au refuge.
C’est long et roulant, j’enquille, faut borner car l’heure tourne !

Col de Côte Belle, col de la Muzelle: me voilà. Pas un rythme de course, mais pas parti aux champignons non plus. Loin de là. ça dépose les uns et les autres, même pas mal. Plus l’heure tourne, plus j’accélère. Je sens que je suis à la bourre, et puis la température baisse et une couverture nuageuse s’installe. Le vent se lève.

La fatigue et l’adrénaline de l’accélération par risque de retard me font entrer dans un état de motivation efficace.
Pas le temps de me marrer au conseil préventif du couple que je double « attention à la neig… ». Mont de la coche, vite. J’occupe le roulant comme la remontée dans les drayes par des calculs.

Je risque d’arriver vers 19h15 au mieux. SMS ou pas SMS à Judith ?

Descente vers Lanchatra. Bordel de cul c’est raide, et je suis défoncé. Mais toujours vigilant. Plus de réseau, pas de SMS à Judith. 19h15 c’est mort, mais jvais tout faire pour arriver avant 20h, après, ce serait pas correct !
Putain de descente de merde, tellement raide et expo en cas de chute que… je n’avance pas.

Ouf, Lanchatra. Roulant, enfin faut le dire vite, faut courir. Pont de machin. Panneau, montée au refuge, 2h. Mon cul. Il est 15… 45mn max.

19h45, j’y suis, je m’excuse du retard. Pas de soucis, ils ne sont pas encore à table. Soirée English pour Judith ce soir. Il faut parler Anglais.

Damn it.

I am so exhausted ! I’ll do my best !

I have trouble finding my words and my accent is extremely… French 😀

Bref, je suis invité à la table de Judith la gardienne et de ses 3 aides en WOOFing. On papote bien tant que mal en Anglais et je raconte mon périple de récupération du matériel.
Super accueil et très bon repas tout fait maison, de recettes Anglaises (notamment un Sheperd’s pie) par Judith.

Pas le temps de me laver et de faire des étirements, et faudra pas faire de bruit pour prendre le ptidej le lendemain. Have a good night !

Trace et photos sur Strava. Merci tout plein à Karine & Judith !

Jour 4: -> Retour Vallouise

J’enfile le roulant en trottant au maximum. Avec les crampons et le piolet dans le dos, c’est pas super confortable. Mais sinon ce serait chiant, et puis la pluie voire l’orage s’invite dans l’après midi.
Faut enquiller, le col de la Temple, c’est pas rien.

Bonjour-Merci ou Bonjour-Pardon au dessus de la Bérarde, je file au refuge de la Temple. Mission dire bonjour à Marie (qui doit être crevée) de la part de Judith si je m’y arrête.
C’est un traquenard pour me faire prendre une bière ça. Mais je reste 5mn devant la fenêtre, on est à la plonge à l’intérieur, et personne ne sort me demander si je veux une tarte à la myrtille pour aller avec.
C’est un signe, je me casse ! Tant pis pour la bière 🙂

Je reprends mon rythme militaire pour le col. Coucou la grotte !
J’aperçois des alpinistes qui descendent, ils doivent revenir du Coolidge. ça ne va pas vite. J’ai le temps de gravir 300m de déniv pour les croiser après leur 100m de descente, armés de leur piolet sur le névé décaillé.

Mon salut volontaire reçoit un bonjour plutôt froid du guidos qui me regarde randonner à bonne allure vers le col, torse poil et « en baskets », à 13h.
La gravité reprend ses droits là haut. Le vent balaye le col avec violence. La veste enfilée peine à me réchauffer alors que j’entame la descente péteuse, en prenant grand soin à suivre les cairns.

Et encore une fois, je me dis à moi même que je préfère le monter que le descendre, ce putain de col.

Everything’s good, je pose pied sur le glacier noir avant qu’une goute ne soit tombée. Safe now. Yapluka rouler jusqu’au Pré de Madame Carle.

Ah merde, le névé a pris un coup. Et c’est quoi cette tétrachiée de crevasses ?!!! Pas souvenir d’en avoir vu autant les deux dernières années.

Bon elles sont pas larges, mais je prends aucun risque et fais des détours labyrinthiques pour les contourner.

La pluie tombe, rien de méchant, au dessus de ma tête. Gros balayage sur Briançon me dira Elena. Pour moi, ça va, je rejoins le Pré de Madame Carle sans galérer (c’est juste long), et fais du stop pour descendre à Vallouise.
Deux Anglaises marrantes me descendent. Fin du sport pour ma 3ème et dernière semaine de vacances.

Trace et photos sur Strava.

4j, 164km, 12000m D+. J’ai récupéré mon matos.

bivouac, Ultratrail

Echappée belle 2020: de l’autre côté du dossard

L’Échappée Belle est une des rares courses maintenues de cette drôle d’année 2020. Comme tous les ans depuis 2015, pas question de passer à côté ! Pas question d’accrocher un dossard non plus, j’avais convenu depuis des mois de participer comme bénévole et proposé à David d’ouvrir le début du parcours, à mon sens le plus beau, technique et difficile, et me permettant de continuer derrière sur une mission Poste Montagne.

Nous récupérons donc la mission d’ouverture du tronçon Arselle – Habert d’Aiguebelle, qui correspond il me semble normalement à 3 sections. Les éditions précédentes, il était rare que les ouvreurs ne soient pas rattrapés par la tête de course, et les sections sont donc revues à la baisse. C’est déjà donc un gros morceau que nous devons assurer et notre idée de départ d’ouvrir Vizille – le Pleynet était bien trop ambitieuse. Ceci dit, nous décidons de démarrer tranquillement de Vizille jeudi soir à 10h45, afin d’être à 2h à l’Arselle pour débuter la mission officielle: nous n’aurions de toute façon pas dormi, autant marcher ! De même, nous avions décidé de continuer jusqu’au Pleynet, où David continue sur une mission de « booster » (équipe spécialisée dans l’encouragement et la remotivation des coureurs qui se tâtent à abandonner). j’ai placé ma voiture pour repartir ensuite en mission Poste Montagne.

Tout se passe bien, nous devons simplement baliser 2km encore non balisée et remettre le balisage qui a été couché par le vent dans le secteur Névé dans la Grande Pente / Croix de Belledonne. A la radio, on comprend tout de même que c’est parti très fort devant, et qu’on se fait bouffer notre avance à grande vitesse.

Ouvreurs2 pour PC course.
Ouvreurs2, je t'écoute...
Peux tu m'indiquer votre position ?
On est dans la descente du lac Blanc vers Jean Collet
[ ]
On est complètement charrette ou ça va encore ?
Non, c'est parfait. Bonne continuation.

Mouai. David, va falloir se sortir un peu les doigts quand même !
Petite pause café à Jean Collet, on repart et dans la montée au col de la Mine de fer, on commence à appuyer un peu plus. Nous étions partis à rythme tranquille pour garder du jus et pouvoir accélérer sur la fin, c’est le moment de passer la deuxième.
L’accélération se poursuis, les doutes de David étant balayés par mon optimisme et mon envie d’honorer le contrat 😀 C’est quand même moi qui ai insisté pour ouvrir une si grande section !
Après une descente du pas de la coche à une allure proche de celle que l’on aurait eu sur la course, nous arrivons au Habert de Aiguebelle acclamés par une foule en délire: elle a pensée que nous étions les premiers coureurs 😀 !
Mission accomplie, Jean-Marie Thevenard arrivera 10mn plus tard.

Comme prévu nous continuons vers le Pleynet, avec un rythme revu largement à la baisse, des pauses fréquentes, une baignade dans le torrent et une nouvelle dégustation de la liqueur fruits rouge embarquée dans la flasque.
La descente sur le Pleynet est toujours aussi longue, éreintante, sous le cagnard… Mais une bonne douche, une bonne bière et un petit repas chaud nous remet dans les rails pour continuer sur nos missions respectives.

Je quitte David pour aller récupérer Nicolas et nous nous rendons au parking sous les sources du Gargotton. Plus de 700m de dénivelé avec notre matos de bivouac, de la bouffe, les radios… Je prends en sus 2 bûches et pense déjà au second A/R que j’imagine faire juste derrière: ça va piquer…
Nous croisons Gianluca, qui sera bénévole avec nous là haut, qui participe à l’effort de portage.

Finalement, pas de nouveau portage ce soir, je suis canné (6k de déniv quand même… :D). Nous avons retrouvé Fabien/Jano là haut. Installation du campement, du foyer, nous lançons le feu avec les 3 bûches dont nous disposons pour un premier BBQ pendant que je briefe un peu l’équipe puisque je suis le plus expérimenté sur cette mission, et que j’ai prévu de dormir un peu. 3h à comater pendant le passage des premiers. Je suis réveillé par l’arrivée d’un coureur mal en point que l’équipe prend en charge en l’installant dans une tente. Il passera une bonne heure à se réchauffer et à se remettre de son hypoglycémie et nausée dans le sac de couchage de Fabien… Qui devra se reposer plus tard.

Le brouillard et le vent ont envahi le col et le reste du parcours jusqu’au Grand Chat, je me mets donc en route sur une mission combo accompagnement de notre coureur qui va abandonner au col de Champet, accessible en voiture, et vérification / renforcement du balisage pour éviter les égarements dans le brouillard.

Quelques heures plus tard, revenu au col de la Perche, je reprends la mission optionnelle: confort pour le soir et la nuit ! David m’a fait don d’une vingtaine de bûches de feuillu de 50cm, j’ai aussi ramené des tarps et des bâtons de ski pour mettre en place un pare-vent, une tente dédiée à accueillir un éventuel coureur en détresse… Il faut monter tout ça.
Je retourne donc au parking mais le dénivelé est trop important, je cherche à rapprocher le matos du col. Je monte donc ma panda 4×4 dans un endroit improbable, un chemin de 4×4 ou on emmène plus raisonnablement un land rover defender…
3k 400d+. C’est bien mieux !

PM33 pour Seb
PM33, oui seb, c'est Fabien
Je suis en train de remonter avec 7 bûches. Il en reste 11. Si l'un d'entre vous pouvait se préparer psychologiquement à m'aider à les ramener sur un prochain voyage, ça serait cool. Y'en a pour 3.5km et 400d+
OK, super. On va jouer à Chifoumi, et on t'attend ! à toute

Un verre de rouge (on est pas des quand même, alors j’ai monté un peu de bidoche et un cubi – Gianluca de son côté, de la charcuterie et du fromage Italiens) et on repart pour le dernier portage, c’est Fabien qui s’est dévoué pendant que Gianluca fait un énième A/R au point d’eau de la cabane de la Perrière pour remplir le jerrycan (nombre de coureurs nous demandent de l’eau au col !)

Il est 16h, j’arrête là le sport: yapluka se préparer pour les longues heures de soirée et nuit. Montage de parre-vent, préparation du feu. Nicolas monte la tente, Gianluca a coupé encore du bois trouvé à proximité, on est prêt !

J’ai manqué le passage de beaucoup de coureurs et donc de nombreuses têtes connues, des kikourous, mais maintenant, je ne bouge plus !

Dégustation de Mélèzine, un petit verre de rouge avec du fromage, ou simplement une discussion et des encouragements et faire retentir la cloche: un peu de chaleur dans ce col pris dans l’humidité et les rafales glaciales.

Cédric a entendu la conversation sur les bûches et ne résiste pas: il vient nous rejoindre pour la soirée avec son rhum fétiche. On passe de longues heures ensemble à accuillir les concurrents. Fabien nous quitte pour rejoindre son équipe serre-file.

La nuit arrive, et s’installe durablement. Le parcours des Crêtes ferme, les serre-files nous laisse leur matos, cela nous fait une partie de parcours à surveiller en moins. Au fil du passage des participants du 87 et 149km, notre discours devient une rengaine, répétant inlassablement les mêmes phrases.

Salut !!! Tout se passe bien ?
[...]
La suite, c'est globalement très roulant. roulant descendant, puis roulant remontant. Une dernière remontée de 150m un peu plus raide, mais rien à voir avec ce que vous venez de monter, là. Puis une longue descente. Très longue, et attention, quand vous êtes en bas, que ça ne descend plus, vous pensez que le ravitaillement sera là, mais non ! encore 3km de plat/faux plat à courir !
[...]
Allez ! Bon sonnage de cloche !

5h et des dizaines, je m’endors sur place, les serre-files passent. Dernière discussion, palabre on-laisse-les-fanions-ou-pas, mais oui laissez les et cassez vous bordel: je suis cuit, mais cuit ! Gianluca aussi mais il est resté jusqu’au bout avec moi et sur la dernière heure, je crois bien qu’il a surtout géré seul !
Il est temps d’aller comater un peu !

Après 2h de sommeil, il est temps de remballer tout notre merdier. Il est à peine 8h mais je n’arriverai à Aiguebelle qu’à midi passé, pour l’arrivée du dernier (qui a fait tout le parcours en jean-chemise :-D)

Quelques moments là haut: découverte du Mélèze

Interview surprise d’un récidiviste

Fabien/Jano s’échauffe pour sa mission nocturne

dodefondo

Dodefondo à ski – Tour du pic de Rochebrune

Cela fait 20 mois que je poursuis une seconde participation au challenge Dodefondo: une épreuve de grand fond par mois. Forcément, l’hiver, c’est plutôt la distance marathon avec dénivelé faible qui s’avère être le plus accessible. Mais au bout d’un moment, ça manque un peu d’originalité. Les A/R au dessus de Névache, au au col d’Izoard, bon, je les connais bien, maintenant !

J’avais l’intention de tenter au moins une fois de faire le dénivelé à ski. Pas le long des pistes, faire le chiffre pour le chiffre, ce n’est pas ce qui m’intéresse dans ce challenge. Comme pour bien d’autres sorties, l’idée est plutôt de faire une longue balade sauvage. Reste qu’à ski, ça m’apparaissait un tout autre défi qu’en trail (je me suis mis au ski de rando mi janvier de l’année dernière, après 17 ans de coupure depuis ma 3ème étoile de touriste… et j’étais convaincu que descendre ne serait qu’un passage obligé après une balade sauvage vers cols et sommets. J’étais loin d’imaginer que j’allais choper le virus !)

J’ai la chance d’avoir eu l’intérêt de Yohan pour cette longue balade à ski, pour qui le parcours que j’ai tracé convient bien, sur le papier écran. Une rando dans le secteur Izoard, au départ du Laus: j’y ai passé quelques heures ces dernières semaines, à courir ou à ski, je connais bien le secteur en été, j’ai donc une bonne idée des conditions et du parcours. Les dernières sorties m’ôtent l’espoir d’un bon ski sur poudre sur fond dur, malgré la dernière petite chute assez récente: le vent a vraiment fait du dégât. Mais risque avalancheux limité et portance présumée sous les lattes pour des ascension efficaces: ça paraissait pas mal pour arriver à boucler le parcours, avec des conditions météo annoncées plutôt bonnes.

Départ de Briançon 4h30. 5h30 nous voilà à attaquer avec motivation la piste piétonne des Oules: on a pas chaud ! On rigole (à moitié jaune) en disant que ça ne durera pas: la veille il faisait 8° à cette altitude (1700m).
Alors que j’imaginais un départ « prudent » (la route est longue !) nous voilà à attaquer la première ascension à un rythme que je qualifierait presque de collant-pipette 😮 !

Nous arrivons au col Perdu alors que les premières couleurs apparaissent, et terminons l’ascension de l’Arpelin – Yohan à pieds et moi avec les couteaux – dans une ambiance de lever de soleil magnifique, remplie de couleurs rosées, orangées, au dessus des cimes enneigées. Forcément, on adore !

J’avais tracé la descente par la face est, supposée encore bien poudre, mais l’énorme corniche au sommet, l’aspect plaqué des premiers décamètres bien raides, ne nous mettent pas en confiance. On choisi alors la solution prudente et peu agréable de descendre par là où nous sommes montés… En dérapage, sur la pente croutée, lustrée… avant de retrouver la poudre sous le col Perdu. Quelques virages pour perdre de l’altitude et se faire plaisir, et nous repeautons, direction col des Portes.

C’est longuet, j’essaie d’éviter le carton épais qui s’affaisse sous mes lattes et recherche d’anciennes traces pour une meilleure portance. Vu l’horaire, on est tranquilles, et la poudre soufflée ces derniers jours augmente cette impression de solitude en ayant camouflé les anciens passages, moins nombreux qu’à l’Arpelin ou d’autres classiques du coin.

Au col, nous découvrons une pente dégueulasse de l’autre côté. Un gros carton bien épais mais cassant qui ne donne pas envie de s’engager. La pente m’impressionne de toute façon, car c’est pas de mon niveau hors conditions excellentes.

Longues traversées, pédalés-sautés merdiques récupérés une épaule contre la pente, conversions aval et autres STEM des familles et me voilà tout de même en vie en bas du coup de cul. S’ensuit une longue descente vers la bergerie, en neige très changeante, avec quelques talweg poudreux pour relancer l’espoir dans des neiges, globalement, que l’on qualifie entre nous de « dégueulasses » !

Une remontée, bien raide, pendant laquelle nous transpirons à grosse gouttes, nous laisse entendre que l’on devrait faire tomber une couche supplémentaire… On attend le col. Ah, une soufflante ! En un rien de temps, le ciel s’est voilé, voire couvert, et le vent fait son office: on se pèle le cul ! Alors que l’on découvre avec effroi les pentes plein sud, où j’avais imaginé pouvoir garder l’altitude proche de celle du col de Péas, en traversée, qui sont verglacées, croutées, vraiment ignobles, et c’est sur, ça le fera pas. Donc une transition de plus ! On perd 100m, on en reprend 100, 3km. Bon finalement ça passe assez vite.

Remontés au col des Marsailles, nous reprenons un peu le soleil. C’est le moment d’une pause, la seule de la journée. Je commence à accuser le coup, à 2500m de déniv’… Yohan lui a l’air facile, il m’impressionne. La pizza maison et les 15/20mn en position assise me font le plus grand bien.

Aller zou, descente vers la plaine du Bourget ! Toujours des neiges très différentes, quelques coins bien skiables même s’il faut parfois « engager la viande » car elle est compacte. Puis plus bas, d’un coup, dans la forêt, le redoux a fait son oeuvre: on déclenche des escargots énormes, ça colle, c’est louuuurd !

Dernier repeautage, un coup de fart, en espérant ne pas trop botter… Raté 😀 Du coup on grille une avant-dernière belle cartouche.
Je commence à me marrer, signe d’une fatigue bien installée.
Yohan décroche les 6cm de sous ses peaux, je reprends les devants pour tracer, direction col de Chaude Maison. ça semble évident, une belle combe droit devant nous. Mais j’ai un doute: je ne reconnais pas. Je ne connais qu’en été, l’enneigement change les perspectives, mais quand même… Regarder la carte ? Bof, Yohan le fonceur ne doute pas :-), il y a des traces de montée ici ou là… Bon ok, continuons. C’est dingue, la neige, ça change tout !

ça se raidit encore, et merde, je comprends pas. M’enfin, là, ça a l’air de passer. Y a une trace d’ailleurs. Avec le vent et la neige qui s’est déposée, on galère, on brasse, ça ne tient pas sous le ski, en dévers. On déchausse pour monter 30m, rejoindre une pente moins soutenu, pour rechausser et atteindre finalement le col.
J’ai grillé ma dernière cartouche, je suis explosé. En marchant skis à la main, je m’enfonçais de 30cm de plus dans les pas de Yohan.
Aller Seb, plus qu’une descente.

Il a pris une claque le col là. Décidément, rien à voir avec mon passage d’il y a une semaine…

Je reconnais rien dans la descente, en neigeS bien pourrieS encore une fois, sur l’ensemble le plus raide. Mais retour à la voiture, sans m’être fait mal, et parcours prévu globalement effectué sans problème.
Un peu moins de dénivelé prévu: 3400m à la montre de Yohan, un peu moins de 3300m chez strava avec mon téléphone, tracedetrail en donne 3450 à 3500… En réalité, on s’en cogne, on a passé une super journée dans la nature, dans des neiges bien dégueulasses mais des paysages grandioses – reste à Dodefondo de décider si c’est une sortie qui compte, ou pas, pour le challenge.

En regardant la trace GPS le lendemain, je comprends pourquoi je ne reconnaissais pas le col de Chaude Maison. On était à Prafauchier, le voisin 😀

Si on m’avait dis il y a un an que je passerai 12h d’affilé sur des skis… J’aurais rigolé !
Ben en fait… Quand est ce qu’on recommence ? :-p