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Dodefondo à ski – Tour du pic de Rochebrune

Cela fait 20 mois que je poursuis une seconde participation au challenge Dodefondo: une épreuve de grand fond par mois. Forcément, l’hiver, c’est plutôt la distance marathon avec dénivelé faible qui s’avère être le plus accessible. Mais au bout d’un moment, ça manque un peu d’originalité. Les A/R au dessus de Névache, au au col d’Izoard, bon, je les connais bien, maintenant !

J’avais l’intention de tenter au moins une fois de faire le dénivelé à ski. Pas le long des pistes, faire le chiffre pour le chiffre, ce n’est pas ce qui m’intéresse dans ce challenge. Comme pour bien d’autres sorties, l’idée est plutôt de faire une longue balade sauvage. Reste qu’à ski, ça m’apparaissait un tout autre défi qu’en trail (je me suis mis au ski de rando mi janvier de l’année dernière, après 17 ans de coupure depuis ma 3ème étoile de touriste… et j’étais convaincu que descendre ne serait qu’un passage obligé après une balade sauvage vers cols et sommets. J’étais loin d’imaginer que j’allais choper le virus !)

J’ai la chance d’avoir eu l’intérêt de Yohan pour cette longue balade à ski, pour qui le parcours que j’ai tracé convient bien, sur le papier écran. Une rando dans le secteur Izoard, au départ du Laus: j’y ai passé quelques heures ces dernières semaines, à courir ou à ski, je connais bien le secteur en été, j’ai donc une bonne idée des conditions et du parcours. Les dernières sorties m’ôtent l’espoir d’un bon ski sur poudre sur fond dur, malgré la dernière petite chute assez récente: le vent a vraiment fait du dégât. Mais risque avalancheux limité et portance présumée sous les lattes pour des ascension efficaces: ça paraissait pas mal pour arriver à boucler le parcours, avec des conditions météo annoncées plutôt bonnes.

Départ de Briançon 4h30. 5h30 nous voilà à attaquer avec motivation la piste piétonne des Oules: on a pas chaud ! On rigole (à moitié jaune) en disant que ça ne durera pas: la veille il faisait 8° à cette altitude (1700m).
Alors que j’imaginais un départ « prudent » (la route est longue !) nous voilà à attaquer la première ascension à un rythme que je qualifierait presque de collant-pipette 😮 !

Nous arrivons au col Perdu alors que les premières couleurs apparaissent, et terminons l’ascension de l’Arpelin – Yohan à pieds et moi avec les couteaux – dans une ambiance de lever de soleil magnifique, remplie de couleurs rosées, orangées, au dessus des cimes enneigées. Forcément, on adore !

J’avais tracé la descente par la face est, supposée encore bien poudre, mais l’énorme corniche au sommet, l’aspect plaqué des premiers décamètres bien raides, ne nous mettent pas en confiance. On choisi alors la solution prudente et peu agréable de descendre par là où nous sommes montés… En dérapage, sur la pente croutée, lustrée… avant de retrouver la poudre sous le col Perdu. Quelques virages pour perdre de l’altitude et se faire plaisir, et nous repeautons, direction col des Portes.

C’est longuet, j’essaie d’éviter le carton épais qui s’affaisse sous mes lattes et recherche d’anciennes traces pour une meilleure portance. Vu l’horaire, on est tranquilles, et la poudre soufflée ces derniers jours augmente cette impression de solitude en ayant camouflé les anciens passages, moins nombreux qu’à l’Arpelin ou d’autres classiques du coin.

Au col, nous découvrons une pente dégueulasse de l’autre côté. Un gros carton bien épais mais cassant qui ne donne pas envie de s’engager. La pente m’impressionne de toute façon, car c’est pas de mon niveau hors conditions excellentes.

Longues traversées, pédalés-sautés merdiques récupérés une épaule contre la pente, conversions aval et autres STEM des familles et me voilà tout de même en vie en bas du coup de cul. S’ensuit une longue descente vers la bergerie, en neige très changeante, avec quelques talweg poudreux pour relancer l’espoir dans des neiges, globalement, que l’on qualifie entre nous de « dégueulasses » !

Une remontée, bien raide, pendant laquelle nous transpirons à grosse gouttes, nous laisse entendre que l’on devrait faire tomber une couche supplémentaire… On attend le col. Ah, une soufflante ! En un rien de temps, le ciel s’est voilé, voire couvert, et le vent fait son office: on se pèle le cul ! Alors que l’on découvre avec effroi les pentes plein sud, où j’avais imaginé pouvoir garder l’altitude proche de celle du col de Péas, en traversée, qui sont verglacées, croutées, vraiment ignobles, et c’est sur, ça le fera pas. Donc une transition de plus ! On perd 100m, on en reprend 100, 3km. Bon finalement ça passe assez vite.

Remontés au col des Marsailles, nous reprenons un peu le soleil. C’est le moment d’une pause, la seule de la journée. Je commence à accuser le coup, à 2500m de déniv’… Yohan lui a l’air facile, il m’impressionne. La pizza maison et les 15/20mn en position assise me font le plus grand bien.

Aller zou, descente vers la plaine du Bourget ! Toujours des neiges très différentes, quelques coins bien skiables même s’il faut parfois « engager la viande » car elle est compacte. Puis plus bas, d’un coup, dans la forêt, le redoux a fait son oeuvre: on déclenche des escargots énormes, ça colle, c’est louuuurd !

Dernier repeautage, un coup de fart, en espérant ne pas trop botter… Raté 😀 Du coup on grille une avant-dernière belle cartouche.
Je commence à me marrer, signe d’une fatigue bien installée.
Yohan décroche les 6cm de sous ses peaux, je reprends les devants pour tracer, direction col de Chaude Maison. ça semble évident, une belle combe droit devant nous. Mais j’ai un doute: je ne reconnais pas. Je ne connais qu’en été, l’enneigement change les perspectives, mais quand même… Regarder la carte ? Bof, Yohan le fonceur ne doute pas :-), il y a des traces de montée ici ou là… Bon ok, continuons. C’est dingue, la neige, ça change tout !

ça se raidit encore, et merde, je comprends pas. M’enfin, là, ça a l’air de passer. Y a une trace d’ailleurs. Avec le vent et la neige qui s’est déposée, on galère, on brasse, ça ne tient pas sous le ski, en dévers. On déchausse pour monter 30m, rejoindre une pente moins soutenu, pour rechausser et atteindre finalement le col.
J’ai grillé ma dernière cartouche, je suis explosé. En marchant skis à la main, je m’enfonçais de 30cm de plus dans les pas de Yohan.
Aller Seb, plus qu’une descente.

Il a pris une claque le col là. Décidément, rien à voir avec mon passage d’il y a une semaine…

Je reconnais rien dans la descente, en neigeS bien pourrieS encore une fois, sur l’ensemble le plus raide. Mais retour à la voiture, sans m’être fait mal, et parcours prévu globalement effectué sans problème.
Un peu moins de dénivelé prévu: 3400m à la montre de Yohan, un peu moins de 3300m chez strava avec mon téléphone, tracedetrail en donne 3450 à 3500… En réalité, on s’en cogne, on a passé une super journée dans la nature, dans des neiges bien dégueulasses mais des paysages grandioses – reste à Dodefondo de décider si c’est une sortie qui compte, ou pas, pour le challenge.

En regardant la trace GPS le lendemain, je comprends pourquoi je ne reconnaissais pas le col de Chaude Maison. On était à Prafauchier, le voisin 😀

Si on m’avait dis il y a un an que je passerai 12h d’affilé sur des skis… J’aurais rigolé !
Ben en fait… Quand est ce qu’on recommence ? :-p