Briançon - Grenoble + UT4M Challenge + Échappée Belle

Briançon et traversée du Queyras

Mi juillet, Elena et moi passons une grosse semaine de vacances dans les Hautes Alpes. 2 jours pour découvrir la ville de Briançon, un lieu que j'imaginais agréable à vivre et où j'envisageais donc de m'installer depuis quelques temps. Puis une traversée du Queyras, en 5 jours (plus un de repos), à pieds bien entendu, et en dormant à la belle étoile ou en cabane. Je crois que je n'écrirai rien sur cette traversée. Elle nous appartient. Je dirai simplement que nous avons adoré, et que malgré quelques lieux de bivouac bien inconfortables, voire glauques, les paysages et le climat nous ont enchantés. La ville de Briançon nous a également beaucoup plus, notamment la vieille ville, citadelle Vauban.

Briançon - Grenoble (Lancey) - Ultra Traversée de 4 Massifs

J'avais réservé à l'avance des billets de train pour Grenoble. Je devais y être pour l'UT4M, mais étant disponible dès le jeudi précédent, j'avais envisagé me balader tranquillement en Chartreuse ou dans le Vercors avant l'épreuve. Mais une annonce de location, trouvée lors d'une veille sur leboncoin, destinée initialement simplement à me faire une idée du marché de l'immobilier à Briançon, en a décidé autrement. J'ai donc ajouté un trajet de train pour atterrir à Briançon en ce jeudi 10 août, afin de visiter l'appartement, pour lequel nous avions un coup de cœur... Plutôt que de reprendre un train les formalités accomplies, il m'apparaissait plus intéressant de me rendre à Grenoble, où je devais récupérer le dossard pour l'UT4M le mardi 15, à pieds et par les sentiers plutôt qu'à reprendre une longue ligne de TER passant par Gap et Valence...

Une Ultra Traversée des 4 Massifs pour m'échauffer avant l'UT4M: un passage dans les massifs des Cerces, des Écrins, des Grandes Rousses, et de Belledonne.

Briançon, 19h30: je quitte la citadelle avec mon sac compact mais assez lourd, tout de même (environ 10kg - j'ai le sac de trail avec tout le matos obligatoire UT4M + change, sac de couchage, doudoune, 1kg de pain, 400g de bleu, 750g de jambon cru... dans un 35L), pour attaquer les Cerces. Dré dans la pente directement en sortant de la ville, yehaaaa ! Croix de Toulouse, puis la crête, d'où j’aperçois les Alpes du nord à main droite, les Écrins à main gauche, alors que le soleil décline rapidement. C'est magnifique, mais je suis encore dans Briançon en pensée.
Briançon

Bien plus loin, et alors qu'il fait nuit noire, je tombe nez à museau sur un troupeau de moutons. Ils ne sont pas parqués. Et y a du patou dans le coin. Pas de soucis les loulous, je me casse !
Pas de tentative de contourner pour récupérer au plus vite le chemin: je n'ai pas envie de me faire croquer, et le terrain alentour n'est pas dangereux, je trace donc dans l'alpage puis en forêt, à travers tout. Jusqu'à être emmerdé par des passages spongieux... Mais je fini par rattraper une piste d'exploitation, et à croiser, fort heureusement, un ruisseau. 4h de rando-course sans avoir bu une goutte d'eau, après une journée dans les transports en commun pendant laquelle je n'ai bu seulement que 2 double expressos... Autant dire que je suis sec, lyophilisé. ça m'en coûtera surtout une tendinite des releveurs au pied droit, que je traînerai 2/3j.

Crevé, lessivé, sorti du parcours prévisionnel, sans cabane à proximité... Je m'affale sur le premier replat légèrement herbeux qui borde le chemin muletier que j'ai repris vers le col du Granon, pour rattraper le parcours que je m'étais prévu. Sans matelas, par pleine lune, le sommeil n'est pas des meilleurs, mais j'ai connu pire.

6h30, je commence à me relever, la grasse mat', c'est pas compatible avec ces conditions.
Au réveil

L'air s'est refroidi. Le vent s'est ramené. Ses copains les nuages aussi. Je sais que ça va chier des bubulles en Isère et sur les Savoies ce jour. J'espère avancer assez tout de même, et surtout, trouver un lieux ou passer la nuit à l'abri des intempéries.

8h, j'ai déjà dépassé le col du Granon, je n'ai pas chaud, je n'aime pas les nuages menaçants droit devant moi, et la perspective d'en chier des vertes et des trop mures ne m'amuse pas des masses. Je zappe le grand Area, et me tape de la piste d'exploitation. Ce n'est pas un terrain que j'affectionne mais la vue sur les écrins est foutrement sympathique.
Les Ecrins depuis les Cerces

Je me "plante" de chemin et descend plus tôt que prévu, et arrive donc au Monetier. Bon bha c'est pas grave, le ravito sera plus tôt ! Je me met en quête d'une demie bouteille de vin et ressors finalement d'un caviste avec une 75cl de bière. Faudrait pas oublier l'hydratation et reproduire les erreurs de la veille.
Ravito !

La consultation de la carte me fait me décider pour un saut dans le massif des Écrins, m'éloignant des Cerces où je pensais rester jusqu'à arriver aux Grandes Rousses. Ainsi, je reste au sud du col du Lautaret, et pourrait retrouver le GR54 à la Grave pour remonter vers l'Alpe d'Huez, le plus direct pour Belledonne, où des potes kikoureurs seront sûrement en vadrouille le week-end.
Un avantage notable, également: la carto me signale la présence d'un refuge, ce qui pourrait bien s'avérer utile si les conditions se dégradent.

Je me met donc en branle pour le col d'Arsine, d'un bon trôt sur le (faux) plat, d'un bon pas dans la (forte) pente. Il y a beaucoup de monde autours du Monetier, mais dès que l'on continu au dessus du lac, les randonneurs se font plus rares. Le vent, les nuages, la pluie jouent à cache cache et je ne sais plus sur quel pied danser. Je finis par ralentir le rythme après avoir enfilé la veste de pluie, plus par "cas où" et lassitude que par nécessité. Mais la température a chuté, et je vois bien qu'il a plu, au delà du col d'Arsine (en fait, neigé). Je ne me sens pas non plus très en forme, et les options de couchage à l'abri ne sont pas légion, en dehors des gîtes d'étape en vallée.
Col d'Arsine

Arrivé au refuge de la Chamoissière, l'un des deux refuges voisins du col d'Arsine, deux possibilités me sprintent en tête. Continuer jusqu'à Villar d'Arene, ou la Grave, et y trouver un gîte d'étape, ou bien m'arrêter ici. Dans tous les cas, je m'arrête prendre un café. Une fois au chaud et les options bien étudiées, c'est décidé: je reste au refuge de la Chamoissière. Il n'est que 14h30, mais merde, c'est les vacances, pas le bagne !
Les Ecrins, sauvages... Devant efuge de la Chamoissière

Une très bonne décision, puisque outre l'esquive des conditions météo moisies, j'y ai passé un très bon moment, avec des gardiens chaleureux, dans un cadre magnifique à 2100m d'altitude, qui plus est équipé de douches chaudes et de chambres aux doux matelas.
Je repars ainsi le troisième jour avec la pêche et la banane, après une excellente nuit, un gros petit dej, par une tempête... de ciel bleu. "Fuck yeah" comme on dit quand on veut avoir la classe américaine, n'est ce pas Georges ?

Et là j’envoie (raisonnablement) du steak de chamois. Descente sur Villar d'Arene, la Grave, ça trottine, Plateau d'Emparis...
vazy francky c'est bon, appuis moi sur tes bâtons !

Puis c'est la voix efféminée de calogero qui résonne dans mes tympans. face à la Meije, j'aurais pu grandir... Ben merde, pourquoi je pense à ça ? Je ne suis pas à Passy !
La Meije

J'ai faim mais je pense que tout ça mérite d'être arrosé pour mieux passer, et c'est le drame: tiens, chalet de machin, à côté d'un parking... y a peut être de quoi prendre une bière ? Hop, vas y que je cours 3km pour aller voir.
Chalet de machin c'est une ruine, et des panneaux. Ben merde. Bon, je boirais la bière plus bas, au village que je dois traverser. Sauf qu'au village, je ne vais pas "m'abaisser" à prendre une 16 ou une kro au "bar des touristes" (ou un truc approchant, fin y a touriste dans le nom quoi. Et ils ont peut être de la vrai bière, mais j'ai même pas jeté un œil, du coup) ! La carto dit quoi ? Refuge du col de Sarenne, 2000m d'altitude, ça a plus de gueule non ? En plus ça peut être pas mal pour me poser pour la nuit, à proximité. Aller zou, et plus vite que ça !
Au col, je découvre que là haut c'est tout caca, tout bitumé, et plus moche encore, le refuge n'est plus. Il aurait cramé à noël dernier. Oui mais moi, ça fait 6h que je rêve d'une bière ou d'un peu de vin. ça fait un peu pochard, mais j'attends tellement ce moment de me poser boire un coup, que je m'étais promis, qui était normalement tout à fait accessible, que là, je tire la gueule. Bon, ben je vais aller à l'Alpe d'Huez ! A travers tout pour couper une partie de bitume, de la piste de ski, puis encore du looong bitume tout pourri, à fort rythme, en me disant que quand même, je devrais pouvoir viser 19h, et que même si j'y arrive à 19h25, je dois bien trouver un truc d'ouvert dans cette grosse station... Et ouai, un tour au supermarché, dans lequel je profite de ma présence inopinée pour prendre quelques calories de mauvaise qualité, genre cookies et twix, en plus d'une bouteille de Graves... Mission accomplie ! Je m'installe pour la soirée/nuit dans l'alpage au dessus de la station, entre les vaches, les remontées mécaniques, la station, un restau d'altitude, une route... Endroit certes bien pourri pour la tranquillité et pas la meilleure pour la vue, mais stratégique pour pouvoir déposer mes détritus dans une poubelle sans faire de détour le lendemain. J'ai l'occasion de compter les amoureux de la montagne, qui après avoir exercé leur talent pour le golf sur terrain de 40m2 ou le balltrap qui résonne à des kilomètres, profitent de leur bagnole pour aller bouffer du gras à 100m de dénivelé de leur cage à poule sans lâcher une goutte de sueur. Je suis déjà pas fan des stations de ski l'hiver, je les exècre l'été. Mais ce n'est pas grave, le côte de Graves a vite raison de moi, et je file tôt au levé du jour commettre mes méfaits dans des coins coins moins urbanisés et plus civilisés.
Bivouac au dessus de la station de l'Alpe d'Huez
Au réveil

Je suis heureux de quitter l'Alpe d'Huez car je quitte la station, mais aussi parce que je rejoins Belledonne. La belle dame, que j'ai pratiquée à de nombreuses reprises ces deux dernières années, m’accueillera de nouveau bientôt: un passage éclair sur l'UT4M, et deux jours de balade sur l’Échappée Belle. En attendant, je me farcie une longue descente sur Allemond, puis une longue remontée, après avoir fait acquisition d'un peu de pain. Ce n'est pas la grande forme, et ça manque de cailloux. Je me gave cependant avec entrain de framboises, puis de myrtilles, jusqu'à approcher du lac de Belledonne. Là, la patate revient doucettement. Tu m'étonne, c'est beau, c'est caillouteux, c'est parfait.
Lac de Belledonne sous le Grand Pic

Y a un peu beaucoup de monde, tout de même, ce qui n'est pas pratique pour se baigner à poil. Je profite néanmoins d'un moment plus calme pour m'y plonger, ce qui fait marrer les gens qui m’aperçoivent, au loin. C'est pas chaud, et ça fait un bien fou !

Petit souci: lorsque je sors de la flotte, je remarque que j'imprime du sang sur les rochers. Petit coup d'oeil sous les pieds: et merde ! une longue entaille, profonde, au pied droit ! Je n'ai rien senti ! Belledonne est foutrement aiguisée !
Nettoyage à la salive, un bout de mouchoir, on remet les chaussettes, pis on verra ce que ça donne... Mon arrêt programmé pour la nuit n'est vraiment pas loin: la cabane de Rif Premier. Je m'y retrouve seul le soir, après que deux binômes de grimpeurs soient revenus de leur traversées des pics et aient remballé leur matos. J'y passe l'après midi en sieste, ramassage de myrtilles, de bois, séchage des pieds... Fort heureusement, la plante des pieds est un endroit bien irrigué et je cicatrise vite. Si l'entaille est bien moche, ça ne saigne plus, et la chair n'est pas touchée.
Coucher de soleil depuis Rif Premier

Je passe à Rif Premier une bonne soirée auprès du poele, une bonne nuit, et m'offre le luxe de me réchauffer la décoction de myrtilles préparée la veille pour le petit déjeuner.
Petit dej tardif, encore une belle journée en perspective
Décoction de myrtilles

Un bout de strap pour essayer de rapprocher les bords de l'entaille sous le pied, la même paire de chaussette depuis jeudi, lavée dans le bachal, c'est parti mon kiki, pour tailler de la pierre en minimus. Passage sous Roche Blanche pour rejoindre le col de la Balmette, itinéraire classique d'alpi qui passe la nuit d'approche à Rif Premier pour aller au Grand Pic.
Col de la Balmette depuis Roche Blanche

Quelques cairns et ronds de peinture orange, parci, par là, affichent un semblant de balisage, que je perds rapidement.
Je viens d'en face

Je n'ai pas le topo, et ne prends probablement pas la courbe la plus facile, mais monte à vue dans le gros tas de caillasse.
Lac de la Balmette, surplombé par Roche Blanche

Je finis la première partie de moraine à quatre pattes, avant un replat qui permet de souffler quelques instants. Puis un reste de névé à traverser en dévers me prend un temps fou, notamment sur une languette glacée en fonte où il est impossible de creuser des marches correctement, et où l’appuie sur des bouts de caillasse effleurant est nécessaire.
Col de la Balmette en approche !

La fin de la progression pour le col est finalement plus simple malgré la forte pente et l'instabilité du terrain.
Regard en arrière depuis le col...

Glacier et col de Freydanne depuis le col de la Balmette

Lac Blanc, et la Chartreuse, plus loin...

Sans le topo, la descente me demande un peu de concentration. Je pense manquer un cairn ou deux. En tout cas, je me retrouve à choisir de rester dans un couloir, contre la roche, plutot qu'à dévaller une pente légèrement moins importante mais remplie de débris instables.
Regard en arrière après descente du col de la Balmette

C'est donc de la désescalade, facile, mais qui pourrait être impardonnable en cas de défaillance, que j'entreprends jusqu'à rejoindre la moraine du glacier de Freydanne. Je prends mon temps, j'assure totalement mes prises et teste le rocher. Concentration maximale tout en restant zen. Je trouve finalement la progression sur le reste de glacier de Freydanne bien facile après ce col de la Balmette :-D !
A nous deux Freydanne

ça passe crème

Le glacier est parsemé de petits morceaux de roche, l'accroche y est donc excellente. Je rejoins le col de Freydanne à vue sans chercher le sentier ou un quelconque balisage, m'épargnant ainsi de nombreux pas. Cela fait un moment que je me pose la question de la suite du programme. Les idées de monter à la croix ou à la Grande Lance de Domene sont vite écartées, mais reste à me décider pour l'endroit où passer la nuit. Je n'ai pas tellement envie de dormir à la belle, et préférerai un matelas pour me reposer un peu en vue de l'UT4M qui approche. Et puis un bon repas ferait du bien...
Je me rend donc au refuge de la Pra pour demander s'il m'est possible de dîner. Étant seul, c'est accepté, je reste donc à proximité pour une petite sieste digestive après l'engloutissement de la fin de mon jambon, d'un pichet de rouge et d'une tarte à la myrtille. Tranquillou comme un patou.
En-cas avant la sieste... pour patienter avant le repas du soir

Du coup, pour la nuit, et le retour à Grenoble, ce sera au plus simple: Habert des Sabottes et retour à Lancey, où je prendrai un train. Je connais pas cœur, mais au moins, c'est efficace. Après le dîner à la Pra, passé en bonne compagnie à discuter avec un pote d'un pote kikoureur dont j'ai éjà oublié le nom et sa famille, la descente sur le lac du Crozet, la remontée au col du Loup, le balcon le long de la Sitre, la redescente sur le habert des Sabottes s'enquillent bien. J'arrive de nuit en courant au habert, où 4 jeunes font une soirée apéro/bbq et m’accueillent avec un fond de ti punch, une côte de porc et des brochettes autour d'un gros feu.

Il ne me reste plus qu'à descendre à Lancey le mardi matin, déserté en ce mois d’août. Rien à manger, 1h30 d'attente pour le TER... Sophie vient me chercher à Grenoble pour m'accompagner vers le palais des sports, l'occasion de discuter un moment de nos projets respectifs.

UT4M Challenge

Puis je file chercher mon dossard, où la vérification du matériel obligatoire nécessite de retourner mon sac de 35L... J'y retrouve le kikoureur David / Dca, qui accepte de me driver, ainsi qu'une nenette, Paige, elle aussi équipé d'un gros sac - elle vient de faire le GR20 en solo, en dormant à la belle étoile, en 6j... - au "refuge UT4M", dans une école militaire.

Le repos avant la compétition, ça ne sera pas encore ce coup ci... revenus d'un restau à 23h, j'abandonne l'idée d'une douche, et m'étale tout dégueu sur mon plumart, pour un réveil à 4h du mat.

UT4M Challenge, #1 Vercors

4h du mat', c'est bon je peux prendre ma douche sans faire chier tout le monde ! Petit dej à la vas vite, prévu dans le pack hébergement, puis on monte dans la navette qui nous emmène au départ, tout équipés, pas encore tout à fait près à en découdre.

Une fois dans le sas, j'ai la "chance" de découvrir les départs façon barnum à l'UTMB, avec le speaker qui annonce dans une voix d'outre tombe le massif, la distance, le dénivelé... On s'attend presque à une liste de plein de trucs qui piquent, qui coupent, qui percent, qui font mal. Un grand moment de solitude lorsque la citation de motivation qui reviendra chaque matin est énoncée, façon général des armées en chef devant une poignée de troufions: "et n'oubliez pas, que si la douleur est éphémère, la gloire, est éternelle !". J'ai l'impression d'être dans Call of duty. Les gros durs en moins, ici c'est plutôt 1500€ d'équipement sur le dos et couleurs fluo.

Je démarre dans les tous derniers, en papotant un instant avec Paige, qui n'a pas envie de se faire entraîner dans le flot des excités qui partent trop vite devant, et préfère gérer sur la distance. Stratégie payante puisque sa régularité l’amènera sans problème à faire partie du 1er tiers du classement, sans forcer.
Plus loin, c'est Fifidumou, kikoureur qui nous avait filé un bon coup de main pour une reconnaissance de Belledonne deux ans plus tôt que je remonte et avec qui je papote. Puis Lionel pikatchu, que je finirai par laisser sur place après la première heure de chauffe.

Je me met en effet à augmenter le rythme, à appuyer sur les bâtons. Le parcours n'est pour le moment pas trépidant, il fait déjà très chaud. Je serai sage les prochains jours, mais aujourd'hui, je peux me faire plaisir à envoyer, non ? Je remonte donc les concurrents par bloc de 10, ne prend pas le temps au Pic St Michel pour observer le paysage, et me met dans ma bulle pour une belle descente.
Avec Martine Volay

Quelqu'un me parle - j'aurai vite oublié qui et à propos de quoi :D - et au lieu de répondre que je suis trop dans ma bulle pour discuter ou répondre aux endroits plus roulant, je me met à palabrer, sortant quelque peu de ma concentration. Et bim, un beau vol plané, heureusement assorti d'une belle réception bien à plat. J'ai lâché les bâtons, qui avec les lunettes, sont partis devant, et atterrissage se fait sans dommage. J'ai seulement rayé la carrosserie, troué un genou, et pris une magistrale crampe de réflexe au mollet droit, dont je garderai un souvenir pendant encore deux jours, mais qui me libère de l'incapacité de courir relativement vite.
Après une période d’accalmie, un peu sonné, je reprends donc confiance et repart à la course. un beau coup de chaud, donc de mou, me clouera un moment au ravito et dans la montée suivante.

Mais je n'ai pas dit mon dernier mot: pour la dernière descente, va pas trop falloir compter me doubler. Je vide mes deux bouteilles de 50cL afin de m'alléger, et fonce vers l'arrivée. à 1km de la ligne, arrivé sur le plat et le bitume, j'allonge la foulée. à 400m, j'augmente encore la cadence, à 150m, je lance le sprint final, et je double 2 coureurs dans les derniers 30m, rejoignant Martine au temps, arrivée plus tranquillement quelques secondes auparavant alors qu'elle m'avait collé une grosse grosse mine dans la montée.
Le dépassement au sprint n'a pas tellement plus à mon concurrent, qui ne manquera pas de me le faire savoir :-D, pendant les 45mn que je passe allongé au sol à me baigner dans ma sueur et à attendre que les crampes, qui m'ont cloué au sol des orteils à la mâchoire 5mn après avoir franchi la ligne, veuillent bien stopper.

De retour au refuge UT4M avec la navette, c'est repos après une bonne douche et la lessive de l'infâme chasuble que l'on doit obligatoirement porter pendant la course. Un truc épais et lourd, infernal à porter par une telle température. Mais après m'être fait engueulé car j'étais torse nu au premier ravito (avec le chasuble accroché au sac, donc visible), et menacé de disqualification, pas le choix...
Le repas est un grand moment de solitude partagé avec David et Paige: le réfrigérateur se comporte comme un congélateur. Cette fois ci, nous décidons d'aller au pej tôt, ce qui pour moi se traduit par une extinction des feux de nouveau tardive, après papotage avec mon voisin de chambrée, Olivier - une bien belle rencontre.

UT4M Challenge, #2 Oisans

Deuxième étape, c'est décidé, j'y vais mollo. Je me dis qu'éventuellement, j’appuierais un peu le lendemain en Belledonne, ou le surlendemain en Chartreuse, mais ce jour ci, c'est récupération.
Ce que j'annonce à David, en lui disant que je pense mettre 9h, ce qui à première vue ne me semble pas être bien rapide malgré les 1000m de dénivelé et les quelques km supplémentaires par rapport à la veille.

Parti bon dernier, je reste fidèle au plan et ne m'enflamme pas après l'heure de chauffe. Les longueurs sur bitume ou larges pistes d'exploitation, chiantes au possible, ne me donnent pas envie de galoper. C'est moche, c'est chiant, c'est long... Après avoir zappé le premier ravito, je prends mon temps au second. Un gros 700m à monter sous le soleil nous attend. Je reste dans la zone de confort mais sans m'endormir. Pas une pulsation de trop, aisance respiratoire, mais bon pas sans m'arrêter, et étrangement, je remonte, je remonte, mais j'en remonte, du peuple !

Là haut, on est pas déçu: c'est beau, y a pas à tortiller du cul pour chier droit, c'est vraiment top. D'ailleurs, j'ai pas le temps de faire des photos, car ça me donne envie de courir. Miam la bonne descente, miam le sentier en sous bois, miam le plateau près des lacs... Je m'éclate, et toujours sous contrôle, j'avance bien.

Reste la dernière descente, la grosse qui pique: 1300m de négatif bien raide d'un coup... Je courre la moitié, mais ensuite mes quadris sont douloureux et la température est sacrément montée, les sensations sont donc bien mauvaises. Je décide de descendre à la marche après avoir ressorti les bâtons. Une fois arrivé sur une pente moins soutenu, à 1km de l'arrivée, je lâche les chevaux.
9h20 environ la balade de santé, sans reculer de beaucoup au classement (51 la veille, je passe à la 58 ou 59eme place au général).

Je retrouve Olivier avec qui je me rends au palais des sports après avoir fait notre toilette/lessive au refuge. Il mange là bas (pasta party), et surtout nous profitons des deux piscine de cryo et d'un massage auprès des kinés. ça fait un bien fou !

UT4M Challenge, #3 Belledonne

Le soir, une vague communication facebook tombe: restez connectés, y aura peut être du parcours de repli. Au final, les questionnements resteront sans réponses, et je cesse de rester connecté comme un gland à 23h. ça m'emmerde, parce que les orages sont prévus pour 17h... On a globalement le temps de passer, et les réels risques concernent 10% du peloton... Mais je connais la façon de faire de l'UT4M, et je sens gros comme un château qu'on va nous faire passer par le repli merdique en forêt sous une tempête de ciel bleu.

Sans news de l'orga, je me lève tout de même. Une fois dans le bus, alors que je grogne et dis à Oli que si on nous fait prendre le parcours merdique de bout en bout, sois, sans même passer à la pra, je monte à chamrousse et j'abandonne là bas. La nouvelle tombe au départ: repli pour tous, et tout Belledonne est zappé, on ne verra que de la forêt sur de misérables pistes forestières.

Du coup, opération "KV" en place. Je me place dans les 30/40 premiers et c'est parti mon kiki. Badgone me voit passer devant Martine à 1km du départ, au début de la montée. "Mais qu'est ce qu'il fait là, vik, devant Martine ????!"
Ben le vik il va faire 10 bornes et s'arrêter.

Sauf que là haut, tempête de ciel bleu, pas de bière proposée par Loiseau à l'Arselle, et une belle place, que je me dois de conserver, finalement, non ? En plus Elena fait une sorte de live sur facebook, et mon téléphone, que je ne consulte pas, vibre régulièrement. Les encouragements et le défi de faire top50 sur l'ut4m me font me prendre au jeu.
Donc je continue.

Comme la veille, pas d'enflammage, je baisse le rythme jusqu'à la croix de Chamrousse, mais en gardant un bon rythme. Simplement, ne pas se griller, la suite va être dure. Je reste chirurgical au ravito cependant. Les bâtons sont repliés sur les derniers mètres de l'ascension, bidons remplis, une demie barre de céréale, bâtons fixés au sac, sorti du ravito. bim bam boum on passe en descente, ça fait mal, c'est de la piste de ski bien dégueu.

Puis on plonge en forêt, et je me cale avec un ou deux autres coureur sur une belle vitesse, que l'on est prêt à conserver un moment. Sur le plat, le faux plat, je relance. ça déroule, ma poule.

Puis on sors de la forêt un instant, et là, j'explose en vol. Doit faire 30°, j'étais en train de courir à 11 ou 12km/h, et je pénètre une nappe d'air chaud en plein soleil. La fournaise... Plus d'eau... Il y a 15km entre la croix de Chamrousse et Freydière, sans point d'eau... Je m'asperge avec de l'eau d'une ravine le long de la piste. Un mec en bois, putain, j'oserai pas...
Rejoindre Freydière me semble prendre des heures. Je marche maintenant... Même sur le plat.

En arrivant à Freydière, le Kéké m’accueille. Nous discutons, notamment au bord du lac où je vais me plonger 10mn, pour refroidir le métal chauffé à blanc.
Là, un mec vient s'enquérir de mon état, et me propose de s'occuper de moi, car il est kiné et ostéo. Je le remercie mais lui annonce que ça va et que je vais repartir, mais lui demande s'il sera à la base vie de Saint Nazaire, l'arrivée de l'étape. C'est le cas, il pourra me prendre en charge là bas. Nous convenons donc de nous retrouver là bas.

Après avoir repris des forces au ravito, et passé la tête sous le jet d'eau, yapluka me refarcir une longue descente en forêt puis 8km dégueulasses en faux plat montant dans la vallée, sur bitume, champs de mais, piste, bitume... La descente, c'est mon truc, je reprends donc la plupart des personnes qui m'ont doublé pendant ma longue pause à Freydière. J’envoie du bon steak, et en restant trempé, la température reste gérable.
Je repars trempé pour supporter la chaleur

Je puise pour courir intégralement les 8 bornes ignobles qui mènent de la forêt à la ligne d'arrivée. Je sais pas combien j'arrive, mais j'ai repris des places, largement.

Beaucoup, énormément sont partis trop vite la première journée, et la troisième journée très roulante dans la chaleur fait des dégats. Certains sont bien cuits.

Aux douches, je retrouve mon mécontent du sprint final lors de l'étape Vercors. J'étais arrivé avant lui la veille, alors il est heureux de m'annoncer que je n'ai pas dû arriver beaucoup plus tard que lui ce jour. Je "l'énerve" (avec le sourire) quand je lui apprends que je dois lui coller 30m, et que j'ai passé 3/4 d'heure à me vider de sueur allongé sur l'estrade :-D

C'est un point sympa du challenge: à revoir les mêmes têtes sur 4 jours, on passe de bons moments, on discute, on se tire la bourre, on se titille...

Je retrouve également mon kiné-ostéo au coin repos, qui me "fait la totale". 3 ou 4 fois le temps pris par les kinés de la course, avec une précision et une force de massage impressionnante. Il me rééquilibre également le dos, un côté travaillait plus que l'autre. Merci à lui !

Je retrouve au refuge David et Paige. Nous décidons de faire un BBQ, car un BBQ à gaz est disponible dans le patio. ça nous changera de nos provisions qui sont passés de congelées la première soirée, à tiédies par une panne du frigo la suivante. Avec un tel respect de la chaîne du froid, y a plus qu'à faire de nouvelles emplettes...

Du coup, c'est bidoche et binouzes party ! Après 3 bières belges et moulte merguez et morceaux de bœuf, y a plus qu'à ronfler pour être au top pour l'étape finale de l'épreuve, sur mon terrain de jeux le plus foulé.

UT4M Challenge, #4 Chartreuse

Un chouille la gueule à l'envers, un rhume qui commence à pointer le bout de son nez, j'ai pas le temps de prendre le petit dej: prendre une douche pour me réveiller, m'occuper des panards et de mes affaires m'a pris trop de temps.
Je prends 3 conneries sur la ligne de départ, où nous avons visiblement pas le droit d'utiliser la base de vie, et n'avons qu'un minuscule point de petit dej avec thé/café et quelques madeleines.
Je négocie de rentrer tout de même faire le plein des bidons de jus de fruit à l'intérieur. J'aurais tourné principalement au jus de pomme, sur cet ut4M, et parfois au jus de raisin. 3L/jour minimum, sans rien bouffer ou presque, à chaque fois.

Le départ est maîtrisé jusqu'au franchissement de la nationale, derrière une voiture. Cette fois ci, je suis en première ligne.
J'ai les cannes, je le sens. Le massage de la veille m'a rembobiné au jour 3 de Briançon - Lancey. J'ai les babines retroussées, surtout. C'est "mon massif". Je connais par cœur. C'est mon terrain de chasse. C'est la dernière étape, après je suis en repos 5j. J'ai de la drogue dans le sac: 3 coucougnettes offertes par Christian Albacor38. ça va chier des bubulles.

Je laisse tout de même filer 30 ou 40 coureurs, peut être plus, mais je sais qu'il y a un mélange de challengers et de oneshoters, donc pas de panique. Je me force à courir le faux plat jusqu'au début de la montée du Manival. ça crame, surtout comme échauffement. C'est la journée mondiale du trail sans bâtons, également. Trop roulant, pas besoin. ça ne m'empêche pas d'appuyer sévère sur la première partie, la plus raide, pour ne pas me retrouver derrières des culs lents. J'en remonte qui déjà, au bout de 20/30mn, sont claqués, haletants, et se mettent sur le côté. Des oneshooters partis un peu trop vite. Chez les challengers, ça n'existe plus. Ceux qui sont devant à ce stade de l'épreuve savent pourquoi ils y sont, et il y a assez peu matière à doubler ou à se faire doubler dans la seconde partie de l'ascension, sur laquelle je temporise, pour ne pas fatiguer trop tôt. Ce qui me permet de relancer tout de suite au col de la Faita. Je suis en compagnie d'Anaelle Péri et de Mélanie Rousset, respectivement 3eme et 2eme féminines de l'épreuve: je n'ai pas l'habitude !

Tout se passe bien jusqu'à la cabane du Bachasson, où je reviens doucement sur Anaelle, qui visiblement à des leçons de chirurgie au ravito à me donner. Mais le coup de mou arrive et je n'arrive pas à la reprendre, et très vite, même, à garder la distance.
La pause s'impose, au niveau du pointage au point haut du tracé sur Chamechaude. J'y sors les coucougnettes, laisse redescendre la pression, me faisant doubler par une vingtaine de concurrents. Ce n'est que partie remise, ce n'est pas du temps de perdu !

Je descends de Chamechaude avec Sylvain, kikoureur talentueux, ce qui me rassure sur ma situation: je ne suis pas à la rue. ça déroule bien et la longue descente sur le Sappey n'est qu'une formalité, bien que je me sente un peu attaqué.
Concentré !

J'entre dans le Sappey, et là, que vois je ?! Un Davedelanature attablé à la terrasse du bar, avec une collègue à lui. Je m'arrête dire bonjour, et le zigoto me tend sa bière, qui vient d'arriver: "tiens, celle là, c'est pour toi !"
Ravito bière au vol, merci David !

Grosse rigolade des nombreux spectateurs de la scène, qui pour changer, on droit à un ravitaillement en vol d'un top 40 à base de bière :D
Merci l'ami, ça m'a fait un bien fou, et relancé pour finir sous les meilleurs auspices ! Du coup, l'arrêt au ravito du Sappey dure moins de 2mn, juste de quoi remplir les bouteilles de jus de pomme.
Y a un job à finir, c'est ça l'idée. La montée a St Eynart est bien moins subie que celle de Chamechaude, je me surprends à reprendre du rythme, à allonger la foulée, même si je dois être loin de faire des éclats. Et une grosse gâterie pour le vik, c'est parti: descente du St Eynart sur le col de Vence. un gros quart d'heure de feu, où j'enrhume quelques coureurs de tout horizons.

Col de Vence: bonjour, pointage, au revoir. J'ai zappé le ravito, et la chasse commence réellement. Les proies sont fatiguées, moi pas encore assez. C'est un jeux sur la durée.
Marche rapide en montée, ce serait courable, au moins en partie, mais je ne suis pas Aurélien Collet. Par contre, lorsque qu'on bascule pour la descente finale, je débranche les freins, et évite simplement de prendre trop de vitesse sur les endroits dont le terrain est composé de cailloux assez gros, ce qui me fait mal aux pieds, en minimus... Sur les lacets sous la bastille, je prends par contre la corde, frôle quelques personnes qui se baladent, et reprend Mélanie et Anaelle, et quelques autres coureurs.
Il reste quelques bornes infâmes en plein cagnât pour arriver au palais des sports.

Pas le moment de flancher, je puise, je puise, et atteint l'arrivée en 22ème position... Accueilli avec une bière fraîche par le poto Jéjé !
ça c'est de l'arrivée :-D !
Carosserie rayée et bière d'arrivée à la fin du challenge, merci Jéjé !

Avec Paige, David, Olivier, et quelques autres, nous concluons le challenge par un BBQ/Apero enchaîné par une soirée avec les Réunionnais de la team Handi'Move (qui ont gravis les montagne avec des joellettes). Difficile de garder l’œil ouvert, mais impossible de ne pas partager avec eux quelques heures en musique, autour d'un rhum arrangé, et de discussions sur le grand raid.

Repos

Je rentre à Paris le dimanche, claqué, surtout par l'absence de sommeil et les binouze/rhume de la soirée. Les pieds sont gonflés mais ça ne durera pas. Je met le paquet sur dormir et manger des protéines. Test des jambes sur 5km le mardi soir. Je bosse lundi - mardi - mercredi, mais sans déplacements. Le plus problématique, c'est le gros rhume, débuté sur l'étape Chartreuse, qui n'a pas l'air décidé à passer.

Troisième Échappée Belle

Elena m'a offert une troisième participation à l’Échappée Belle.
Après avoir terminé les deux premières fois, l'idée était de finir de nouveau, bien sur, mais également de faire mieux.

A l'origine, je ne devais enchaîner "que" l'UT4M en mode pépouze, et l'EB. J'étais donc parti sur un objectif de 38h pour l'échappée. Ce qui semblait un peu présomptueux, le jeudi, au retrait des dossards. A Franck qui me demande si je conserve l'objectif, je réponds que oui: il faut être ambitieux, si ça ne passe pas, ça ne passe pas, l'objectif est de faire du mieux possible de toute façon...

Le rhume est toujours bien présent, j'ai une envie de dormir dingue, alors que j'ai fait la sieste au maximum l'après midi.
Sieste dans le gymnase à Aiguebelle

Je retrouve Olivier, le pote de chambrée de l'UT4M, qui enchaîne également. Il va avoir un rôle déterminant dans le déroulement de ma course: il m'emmène à Vizille, où je prévois de dormir dans le parc, délaissant ainsi la navette, pour gagner 1 ou 2h de sommeil. Et il me propose de squatter sa chambre airb&b, puisqu'il a expliqué mon cas à la proprio, qui propose de mettre un matelas supplémentaire, si l'on s'accorde sur le prix. J'accepte donc et me retrouve au final sur un matelas, à l’abri, prêt à pioncer à 22h30, après avoir pris la pasta party au restau avec Olivier. Et nous gagnons 2h30 ou 3h sur le réveil de ceux qui prennent la navette.
Olivier au départ

Je suis d'attaque. Cette bonne nuit m'a remis d’aplomb et l'aspect psychologique doit jouer également: mon jour est arrivé, ce n'est plus le moment de dodoter.
Au départ, je trouve rapidement Ju et Manu, les deux potos dingos qui font l'aller - retour (ouai, ils ont fait l'échappée à l'envers en 45h environ, et ils repartent avec nous... dire que j'avais eu la même idée, et même que j'avais dit GO à Ju pour le faire avec lui... Finalement, je suis admiratif, mais soulagé de les avoir lâchés ;-)) pour leur filer leur dossards, que j'ai récupérés pour eux la veille. Puis je file sur la ligne de départ avec Olivier, pour trouver le speaker, histoire de faire connaître leur petite connerie parmi le peloton.
Les deux furieux et la furieuse assistance !

6h, c'est parti, à nous la belle dame !

6h15, j'ai trop chaud, je retire le débardeur et me mouille la tête.

Je monte fort, je sens que je suis au dessus de ma progression de l'année passée. Mais je ne force pas pour autant.
Encore fringuant à l'Arselle... Ce n'est que le début !

Ravito chirurgical à l'Arselle.
Je réduis un peu la voilure vers la Pra. Mais tout le monde semble faire de même.
Ravito rapide à la Pra, tête bien trempée.
Progression régulière jusqu'à la croix. Je croise Vince88, ce qui confirme que je ne suis pas à ma place, selon les standards de progression / niveau. Mais pas grave, je suis bien, je m'éclate, je continue.
Aucune difficulté à descendre de Freydanne. Serait ce devenu une autoroute ? Bruno nous tire le portait.
Au col de Freydanne

C'est toujours aussi magnifique par ici. Les lacs des Domenon, le lac Blanc, la roche sauvage autours...
Y a du sang partout entre le lac Blanc et le refuge de Jean Collet. Y'en a un qui a pris cher et qui a décidé de s'occuper de sa jambe seulement au ravito. Il doit douiller... Allo l'hélico ?

Jean Collet, 37eme - je crois - je demande à Caro qui attend avec la famille le passage de Franck-ze-machine si elle veut bien me filer un coup de main. "oui bien sur, tu veux que je remplisse tes bidons ?" "non" - en sortant de la thune d'une poche - "tu peux me prendre une binouze stp ? une blanche de préférence, n'importe quoi de frais sinon".
Ravito de Jean Collet

Pas le temps d'acheter du terrain pour autant, une fois le plein fait, le col de la Mine de Fer m'appelle.

Une bande de joyeux kikoureurs sonnent clochettes et donnent de la voix au passage. Topissime.

Mine de Fer, c'est fait. Brèche fendue, pas jusqu'à être une formalité, mais ok. Pas de la coche, allright. Mais ça commence à fatiguer.
David m’accueille d'un air inquiet. "t'es pas parti trop vite ?". "Si". Enfin sur le moment, je le dis, mais je ne le pense pas vraiment. Je m’émet l'hypothèse pour pas déconner. Mais j'aime les variations de rythme. Et en fait, je suis pas ruiné, et les coups de mou, ça fait parti de l'ultra, tout simplement. Le premier qui va me tomber dessus, c'est un poil plus haut, en montant au col de l'Aigleton.
Départ pour l'aigleton sous le soleil

Pff, j'avance plus. Je suis régulier, mais la vitesse s'est effondrée. Et les sensations virent au orange. Alors au col, je fais une pause jambes surélevées, allongé dans l'herbe, et grignote l'Ancelle qu'Elena m'a pris comme ravito plaisir. ça fait passer la fringale et change le goût dans la bouche.

La descente sur le Pleynet est toujours aussi longue. J'avais bon espoir de pouvoir courir le long des lacs et une bonne portion de la descente, mais comme les années précédentes, je n'en ai pas eu la force. Par contre, il faisait jour, et j'avançais d'un bon pas.

A force de me moucher fortement, je finis par exploser une narine et saigne du nez. Pas bien pratique pour relancer les parties plus roulante avant le Pleynet... (précision: je ne me suis pas inquiété de prendre le départ avec cette rhinite car elle est probablement dûe à l'effort sur l'UT4M - comme ça m'arrive parfois après une grosse sortie, comme la NFL. aucun autre symptome - et non virale (auquel cas il vaut mieux ne pas courir !). Un test de spirométrie réalisé par beau-papa une semaine après l'EB confirmera une légère inflammation des petites bronches, mais rien d'inquiétant)
Léger hendicap respiratoire

Quelques personnes s’inquiètent de ma sale gueule puisque je n'ai pas pris le temps de me nettoyer. Je croise Miniping - Yanis qui lui aussi parle de départ trop rapide, et Matthieu, avec qui je papote 5mn et qui veut me voir au Grand Chat le lendemain. Pas de soucis, j'y serai !

J'ai pris la décision de calmer le jeux pour mieux rebondir plus tard. Au pleynet, c'est douche, kiné, miam-miam avec binouze, et peut être un peu de dodow.
Le dodow ne dure pas: je n'ai pas sommeil, j'ai donc perdu 15mn dans un coin, je n'insiste pas. Mais la longue pause après le massage me suffit à me sentir tout bien.
Ravito du Pleynet

A nous, la nuit !

Je repense à l'édition 2016, avec Ju - Chirov comme pacer. De la même façon, je descends bien sur Fond de France. Mais cette fois ci, je monte mieux. Plus régulièrement, je ne m'arrête jamais. Je ne force pas, reste dans l'aisance, mais la fatigue ne me tombe pas dessus, et l'ascension, bien que fort longue, ne m'est pas si difficile. Pas le cas de M_baton qui devra faire une pause à la Grande Valloire, tandis que je continue ma route avec la ferme intention de goûter la soupe du chalet du Léat, préparé par un couple de bénévole qui occupaient un poste au refuge de l'UT4M...
J'avais mal compris, la soupe se trouve à Gleyzin. Ce qui semble logique, d'ailleurs, mais après une bonne double dizaine d'heure de course...

Comme l'année passée, je cavale la descente à Gleyzin.
Comme l'année passée, dans la remontée vers le Moretan, je m'enlise dans les méandres de mon mental qui faiblit, je titube d'une fatigue passagère que j'entrevois inexorable et puissante.
Comme l'année passée, je vais dormir au refuge de l'Oule.

1h, histoire de rentabiliser l'arrêt. Comme ça, après, me dis je, je peux enquiller un moment.
Je suis soulagé d'avoir pris cette décision, quand 15mn après m'être allongé, l'orage s'abat sur le refuge, et les éclairs lézardent le ciel.
Impossible de dormir: un mec pète comme un métronome, toutes les 30s. un autre ronfle pour 20. Un dernier allume sa frontale.
Mais je suis mieux ici que dehors dans le merdier. Je sens des tas de chose dans mes jambes, rester allonger fait du bien.
Mais je perds la motivation pour la compétition. Je finirai, oui, bien entendu, mais je n'ai pas envie de me forcer. Je suis là pour le plaisir, avant tout. Pour pour prendre un risque sous l'orage, ou subir le Moretan sous la pluie.

Je m'abandonne à la flemmardise.
Après plus d'1h allongé sans pouvoir fermer l’œil, je quitte le dortoir pour la salle hors sac et me prépare lentement à repartir. Changement de chaussette et bon nokage, bout de strap au bout d'un orteil... J'ai jamais passé autant de temps sur mes panards... Pourtant ils ne sont pas en mauvais état. J'ai vraiment la flemme de sortir dans le vent et la pluie.

Heureusement, l'orage s'est déplacé et la pluie est bien fine, lorsque mon museau retourne au charbon. J'ai enfilé un tshirt ML, le finisher de l'EB 2016 d'ailleurs, près du corps et un peu chaud, sous la veste de pluie. Bien entendu, j'ai vite chaud. Je tombe la veste peu avant le "replat" au dessus du refuge, et me prépare psychologiquement à avoir frais lorsque le vent souffle, et à suer comme un cochon quand il ne souffle plus.
J'ai envie de chier, aussi. C'était déjà un peu le cas avant d'arriver à l'Oule, mais avec l'orage qui s'est installé, j'ai totalement oublié. Et c'est pas tellement l'endroit approprié, surtout que je ne suis pas seul. Sans surprise, le coup de mou s'installe, et se transforme en une légère nausée. Je ne sais plus si j'ai vraiment la dalle ou pas du tout faim.

Je profite de la présence de quelques larges feuille, peut être du rhumex alpin, et de quelques gros rochers, au bas de la descente infernale du Moretan, pour lâcher du leste et envoyer chier la nausée.
Comme l'année passée, pas la forme jusqu'à Périoule.

Là bas, une ou deux pommes de terre additionnées à la soupe me remette sur pieds. Oh, pas dans un état qui restera dans les anales, mais je grappille du terrain, doucettement. Ce qui est fait n'est plus à faire, vaut mieux avancer tranquillement que passer du temps à regarder ses pieds ou s’asseoir trop longtemps au ravito. Je me greffe finalement à un groupetto, dont fait partie notamment Nelly, qui finira 3eme féminine. Je leur avait collé une mine dans la descente du Pleynet. Ils avancent bien plus régulièrement que moi. La montée pourrie et interminable vers la Pierre du Carre passe bien mieux que les 2 fois précédentes. Au moins, il ne fait pas trop chaud, ce coup ci: une petite ondée nous a rafraîchi le coin, et il est encore un peu tôt pour que le soleil tape.

A Super Collet, une assistance inopinée me vient en aide: Sophie, qui est venu voir Fred - mais l'a loupé - est là et s'occupe de moi. J'y reste un bon moment, à manger, boire, discuter, crémer les pieds... C'est fini les ravito chirurgicaux...
A Super Collet, assisté par Sophie

Sophie m'accompagne jusqu'au col, au delà des pistes de ski. J'ai mal au pieds. Mais bon, ça va... D'après Sophie, je suis bien, mais je le sens, c'est pas mon heure.

Quelques décamètres après avoir basculé en descente, je croise 2 pointeurs. Refuge de Claran, je crois. Je leur fait part de mon hésitation à faire une sieste, à faire sécher les pieds... Oui, malgré le crémage récent, j'ai réellement mal. Les semelles et chaussures sont humides, et les pieds ont bien macéré.

Il y a là un refuge, avec matelas, tout au calme, me signalent les bénévoles. Je me laisse donc 1h allongé, en prenant soin d'étendre au soleil les chaussettes, semelles et chaussures. 55mn d'un repos excellent, dans un refuge au calme, légèrement écarté du parcours, pour moi tout seul. Pas un bruit. Pas de pet, pas de ronflement, pas de frontale.
J'écrase. Je n'ai pas besoin du réveil pour me lever, et je ressens de suite les bienfaits de cette pause.

A moi les Férices ! Je fais très attention de ne pas me mouilles les panards, alors que ce coin est particulièrement humide au sol. Je n'ai quasiment plus mal aux pieds, mes chaussures sont bien sèches comme celles de l'ultraduchesse. Que cela dure !

L'ascension est difficile mais ne requiert pas d'arrêt. La pause au refuge / ravito express est certainement plus courte que l'année précédente, je n'ai pas besoin de m'effondrer sur le banc. Et cette fois ci, je suis en compagnie des 10-15 premiers du 85km. J'ai donc conservé un peu d'avance engrangée sur la première partie de course ultrarapide.

J'espère être reparti de Val Pelouse pour 19h, commence quelques calculs. Le tout sans regarder l'heure. J'essaie d'estimer l'heure qu'il peut être, tout en gravissant les bosses des crêtes des Férices.
Pas de prise de risques sur la descente, et comme l'année passée, une belle relance pour arriver à Val Pelouse en courant.
J'y fais une belle pause et mange pas mal de soupe. Quelques mots échangés avec une bénévole en repartant: il est 18h.

Coup de tonnerre intérieur: arriver pour minuit est faisable. Je repense également à cette sortie de Val Pelouse l'année passée, avec Julien. Au flow.
ça faisait 2 ou 3h que je me l'était programmé: ça devait débuter en sortant de Val Pelouse, comme d'année dernière.
Comme l'année passée, donc, j'avale doucement mais sûrement les quelques bosses au dessus du ravito. Comme l'année passée, je dévale la descente qui suit. Je dépasse en coup de vent Xian et Fildar, ralentis par une tendinite. Je vole, je m'amuse, je m'éclate, j'adore.
Bascule en montée. Même pas peur, y a presque rien. Col de la perche, 200m devant toute !
C'est difficile de se faire une idée de la remontée au classement (je ne connais pas ma place ceci dit) maintenant, puisque je reprends du 144, peut être du 85, et aussi pas mal de 47km...

C'est assez satisfaisant de coller 150mD+/h à un concurrent du 47km quand t'en est au 120eme...

Au col de la Perche, je m'assois 1mn aux côtés des pointeurs: rangement des bâtons, sur le sac. J'en profite pour conseiller mon voisin qui vient de s'installer de même, qui commence à accuser le coup: force toi à courir, ça va revenir... Sinon, les cannes vont s'habituer à marcher, seulement marcher, et ça va te sembler long.
Un groupetto est finalement là, à souffler au col. J'entends un "le plus dur, maintenant, c'est de relancer", au moment même où je m'élance à 12 ou 13 km/h dans le faux plat descendant. Désolé pour le traumatisme :D

C'est bon Matthieu, me voilà ! J'ai en tête un instant la cavale infernale avec Chirov un an plus tôt, mais vite, me plonge dans ma bulle et profite de l'instant. J'y suis, en plein dedans, dans le flow. Et vas y que je te cours les faux plats, que je saute les ornières, que je double en passant sur le côté du chemin, j'ai pas le temps que les autres s'écartent. Danse avec les cailloux, les myrtilliers, les rhododendrons.

Salut Matthieu ! ça farte ?! T'as vu, chuis au rendez vous !
Avant dernière petite bosse: le Grand Chat

Grand Chat, une formalité. Maintenant, y a plus qu'à descendre sans exploser. Je me sens bien, j’envoie, et je ne me pose pas trop de questions. L'avantage, à ne pas avoir de pacer à ce moment là, c'est de ne pas avoir à se soucier s'il tient le coup :-D Et cette année, je le tiens bien, le coup. L'obscurité arrive, mais je ne suis pas motivé à m'arrêter pour sortir la frontale. De toute façon, je n'en ai pas besoin. Entre chien et loup, je continu de dévaler, et de relancer, sur les zigouigouis de fin de descente qui mènent au ravito du Pontet. On y voit plus grand chose, il y a de la racine et autres petits obstacles à foison, mais je ne m'en soucis pas. Je ne pense pas à ce que je fais, je ne sais pas comment je fais, je le fais. Non, je ne suis pas nyctalope, mais je perçois suffisamment, et probablement bien plus que d'habitude, le terrain qui s'offre à moi.

Je me force à courir les 1500m de faux plat montant qui signent l'arrivée au dernier ravito de cette échappée belle. J'avais déjà prévu d'être rapide... Mais retrouver Fabien - Jano au ravito me fait passer au stade chirurgical. Je demande la participation d'une bénévole pour remplir les bouteilles d'eau sucrée pendant que je récupère les bâtons et enfile les gantelets, je bois 2 verres de coca, et me casse. Jano, touche à ton cul ! :-D

Tu ne me reprendra pas. Et puis ce n'est peut être pas fini non plus pour ma place au scratch. Sait on jamais... Alors j’appuie, je grimpe. C'est facile, cette année, c'est dingue. Enfin là haut, j'ai pas la motivation de courir le plat, et adopte une marche rapide aidée des bâtons, mais j'ai peu de risque d'être inquiété de l'arrière.

Lorsqu'on passe en descente, je reprends un peu de monde, mais surtout des 47km. Jusqu'à dépasser un binôme, une femme et un homme, la première demandant au second de l'aide pour dégripper un bâton. Le mec a un dossard 144, la nana je ne sais pas. Je colle une petite mine, mais je l'entends lui rendre son bâton et lui dire "je t'attends en bas à l'arrivée". "OK, toi tu ne veux pas te laisser faire !" "je suis comme toi, j'aime les descentes !". Ben ouai, tiens... Il m'en colle une bonne, je tente pas de le suivre: j'ai trop mal aux pieds, et je connais la suite ! La suite, elle est interminable, comme l'année passée, et comme l'année d'avant encore.
Mais cette fois ci, je cours tout.

Je passe la ligne bien avant minuit, avant 23h, même.
Phil m’accueille avec sa bonne humeur et son sourire habituels et me tire le portrait.
Et de 3 !

Je termine cette troisième échappée belle en bien meilleur état que l'année précédente, en 40h52, soit 6h30 de moins. Je suis donc satisfait.
Une grande satisfaction provient aussi et surtout d'avoir, 1) pu me faire plaisir pendant une dizaine d'heures dans le top40. Si ça ne reflète pas le résultat à l'arrivée, c'est une expérience intéressante: ça parle moins, la gestion est plus précise, les arrêts ravito rapides, et on est bien plus seul; 2) d'avoir récidivé le flow et d'avoir été capable de courir quasiment intégralement les 30 derniers km (grosse pente en montée en marche rapide, bien sur !). Je réalise le 2eme meilleur temps sur le portion Val Pelouse - le Pontet (ravito compris !), et le 11eme sur le Pontet - Aiguebelle.

Je réalise aussi que si j'aime les fortes dénivellations et le très technique, je suis meilleurs sur des portions plus roulantes. Peut être la conséquence de mon entrainement plus urbain cette année, dûs à mes projets de vie. Ou peut être parce qu'il faut 3 ans pour devenir coureur :-D ?

Merci Elena pour ce beau cadeau <3 !

Quelques chiffres

  • Briançon - Lancey, 145km 9000mD+ en 6j
  • Dodefondo: jour 3 du parcours Briançon-Lancey, Refuge de la Chamoissière - Alpe d'Huez. 45km 2300mD+. AKA "la balade du pochard"
  • UT4M Challenge: 173km 10700mD+ en 4 étapes/jours. 38ème au scratch / 247 (15%) en 28h46
  • Échappée Belle: 144km 11100mD+, 62ème au scratch / 246 (25%) en 40h52 (après 53h18 en 2015 (192ème, 98%) et 47h21 en 2016 (81ème, 50%))
  • Indénombrable: les personnes croisées sur ces parcours. Comme je l'ai lu quelque part sur Kikourou, le trail est probablement le sport individuel le plus collectif ;-)

Proprioception en Belledonne

Petite piqûre de rappel du terrain miné de Belledonne, non prévue au programme et décidée au dernier moment, ayant besoin de m'aérer un peu la gueule. Je sacrifie donc de longues heures dans des transports pour revoir ce beau massif pour une courte balade, avant une bambée un peu plus longuette à la fin août: Elena m'a offert une troisième participation à l’Échappée Belle.

8+h de bus de nuit après un peu de métro, de quoi arriver bien fracassé vers 7h du matin à Grenoble où m'attend Rémi, disponible pour une sortie montagne, qui a sauté sur l'occasion pour aller se promener.

J'ai concocté un parcours ambitieux pour la journée, nous partons légers de Pré Marcel pour une grosse sortie avec pour objectif une boucle de 35km et plus de 3000m de dénivelé, avec la croix pour point haut.

Il fait bien chaud déjà, à 8h30, lorsque nous démarrons. Je fais tomber le débardeur au lac de Crop, ce qui me vaudra un léger coup de soleil sur le ventre en fin de journée, et un bronzage bien dégueu pour les semaines qui viennent :-)

Lac de Crop
Du lac de Crop, nous continuons vaillamment l'ascension pour le col de la Mine de Fer.
Lac de Crop
Au dessus du lac de Crop

Quelques décamètres avant d'arriver au col, nous jetons un œil à main gauche... Nous passerons par la Brêche Fendue fin août. Et j'ai prévu d'y passer en chemin inverse le lendemain.

Brèche Fendue

Au lieu de redescendre sous Jean Collet pour rejoindre le lac Blanc par le GR, nous prenons le chemin plus exposé vers le habert de la Pierre, sous la Pointe des Excellences.

Rémi se prend pour un chamois et commence à grimper la pointe en empruntant la mauvaise vire... Avant que je lui indique que le chemin se trouve plus bas !

Rém s'est planté du vire !

La progression est lente sur ce chemin un peu étroit, car nous ne prenons bien entendu aucun risque.

Le lac Blanc fini par nous montrer ses oreilles...

Oreilles du lac Blanc
le lac Blanc

Nous ne sommes pas en avance... La pause casse croûte est rapide, et nous nous remettons en marche pour la croix sous un soleil ardent. Les névés nous rafraîchissent cependant efficacement. J'ai l'impression de ressentir plus fortement le léger manque d'oxygène dû à l'altitude que les années précédentes. Maintenant que je vais moins régulièrement en montagne, aurais je perdu des globules ?

La montée dans le névé du glacier de Freydanne est lente mais pas désagréable. Nous arrivons enfin à la croix avec plus d'une heure de retard sur l'horaire que j'espérais tenir.

Nous y retrouvons le kikou Ptit Franck qui est venu rendre visite à son endroit favori, avec qui nous discutons un instant.

Les trois loustics à la croix

Etant en retard et Rémi ayant un impératif horaire, nous nous voyons dans l'obligation d'abandonner le parcours prévu. Le retour se fera au plus court, soit de nouveau par le lac Blanc, puis par le chemin en balcon qui passe devant Jean Collet.
La descente est excellente et ludique. La consistance de la neige permet de courir la pente douce du névé de la croix, et de skier/snowboarder en chaussures le glacier de Freydanne. Ou de faire un peu de luge sur le cul. Une première sur névé pour Rémi qui trouve ça bien sympa, bien qu'il finisse par péter un bâton lors d'une petite frousse dans une partie plus pentue.

Nous arrivons à l'heure au parking de Pré Marcel après une descente depuis Jean Collet trottée sans soucis. Rémi me dépose à Prapoutel avant de filer.

Je refais le sac avec un peu plus de matos: outre quelques babioles à grignoter, j''ai emporté un drap de soie, un sursac de couchage, une doudoune légère, un pantalon de joggging et un tshirt - pour le bus, une serviette - pour me baigner dans un lac d'altitude, mais qui ne servira pas - frontale etc... en sus du reflex que je n'utiliserai pas à bon escient, les photos sont donc super crades, n'ayant pas pris le temps nécessaire. Le tout tiens dans ou sur le sac de trail de 10L. Je suis juste super short en bouffe et je n'ai absolument rien en cas de bobo. Interdiction de se blesser (oui, c'est pas bien, do not try this at home, toussa).

Le plan est d'aller dormir aux 7 laux, il me faut donc passer "de l'autre côté", par les pistes de ski de Prapoutel puisqu'il n'y a guère que cela. à 18h30, en plein cagnard, c'est l'enfer. Je suis un zombie lyophilisé. Plus de 700m de large piste merdique en plein soleil. Au col de l'Oudils, où je rebascule en descente sur une piste de ski pour rejoindre le chemin de randonné en balcon qui m'amènera au habert du Pra, je suis claqué, et mes velléités trailesques s'effacent au profit d'une longue randonnée dont la destination finale n'est, elle, pas remise en cause.

Je retrouve le parcours de l'EB au habert du Pra, me remémore ce looooong chemin qui est tellement frustrant lors de la course. Je m'en rappelle, je suis conscient de sa longueur, et prends donc un rythme adapté et me concentre en conséquence. Mais j'en chie, et ma patience est mise à l'épreuve.
L'avantage d'un 20 juin, c'est que la journée est longue. L'ascension se fait dans une période entre chien et loup de très longue durée. Je ne sors la frontale qu'arrivé au lac Noir. Il ne me reste alors plus qu'un peu de marche pour la cabane de Jean-Luc Coutaz-Replan, où j'ai décidé de passer la nuit. Vu l'heure, pas question de chercher un endroit pour la belle étoile. Un matelas me fera du bien !

Je l'atteins à 23h30. Plus d'eau, rien d'autre aux alentours que le lac. Je bois quelques gorgées d'un œil suspect, mais n'insiste pas: elle a beau être totalement claire, c'est de l'eau tranquille... Et m'effondre tout collant sur un matelas.

L'espace ouvert à tous à la cabane Jean-Luc Coutaz-Replan

Au diable le réveil à 5h du matin, je reste à comater jusqu'à 7h. Avec la fatigue du trajet de nuit plus la bambée de la veille, faut pas trop compter sur moi pour jouer les furax ce jour.
La remise en branle se fait plus touristique. Pas l'envie de trottiner, et je m'en vais plutôt visiter le lac Blanc - celui des 7 laux, donc, sous le Rocher Blanc - qui m'offre un bassin de cryothérapie pour les jambes bien efficace, puisqu'il est alimenté par la fonte.

Lac Blanc (7 laux)

Puis je me dirige vers le col de la Vache, célèbre vacherie de l'Echappée Belle, plus redoutable à mon sens que le col de Moretan, mais que l'on attaque bien plus frais.

Entre le col de la Vache et le lac de Cottepens

En sens inverse, je pensais avoir à faire à une descente un peu longue. Il n'en fut rien: les névés à cette période rendent l'ascension comme la descente bien plus faciles et rapides qu'à la fin août. Je double d'ailleurs en trombe un couple d'allemands qui peinent misérablement dans les blocs de rochers en préférant éviter la neige. Une belle harde de bouquetins siège aux abords du col. J'en dénombre 27.

Bouquetins au col de la Vache

Je n'avais pas prévu d'y passer, mais finalement, je me laisse tenter par le col de l'Aigleton. Histoire de me rafraîchir la mémoire pour la fin août.

depuis le col de l'Aigleton

En en descendant, je rate toutefois le chemin pour le lac du Vénétier, qui n'est balisé que de quelques cairns, et me retrouve donc en hors sentier dans le tas de gros blocs, qui ressemble fort à ce que l'on trouve dans le col de la Vache lorsqu'il est sec, que je descends à vue. Ce qui me permet de faire la rencontre d'un copain.

Copain bouquetin

Descente particulièrement fatigante, et je crois bien subir un peu l’ensoleillement. L’épuisement me gagne dans la remontée au Pas de la Coche, où je décide de faire une pause, allongé au bord du lac.

Je me traîne ensuite vers la Brèche Fendue à un train d'escargot. J'ai la dalle. J'ai chaud, je suis fatigué, j'ai envie de dormir. J'en chie, quoi. Et vu l'heure, le projet d'aller dormir vers le Grand Colon, le lac du Merlat, se fait la malle. Bon, je verrai. D'abord la Mine de Fer.

Je me fais la réflexion, en approchant avec peine de la brèche, dans des éboulis de blocs instables, que cette EB, c'est quand même un sacré chantier. Le genre de truc qu'on oublie un peu une fois les émotions retombées. Je l'ai fait une fois, deux fois... Au bout de quelques mois, ça semble être banal.

Ça ne l'est pas, finalement, et cette balade est une bonne piqûre de rappel pour ma troisième participation qui arrive à grand pas.

J'ai la grande joie de découvrir que le refuge Jean Collet, fermé la veille, est ouvert ce jour. J'en profite pour y faire une bonne pause avec un repas réconfortant, en compagnie de la gardienne et de deux randonneurs, qui me redonne de l’entrain pour rejoindre mon lieu de repos pour la nuit, le habert des Sabottes. La descente de Jean Collet est avalée en courant - seul moment de course de la journée - et l'ascension du col de la Sitre réalisée d'un bon pas. Comme souvent, une - deux - bonnes bières et des crozets au bleu, et ça repart !

Pas de belle étoile, donc, pour cette deuxième et dernière nuit: je cède à l'appel du matelas au habert.
Le lendemain, Il ne me reste plus qu'à rejoindre la vallée pour retrouver une canicule encore plus insupportable qu'en altitude, et un retour à paris en TER en retard + bus en retard avec prise électrique défectueuse des plus inconfortable. Autant de temps dans les transports que sur les chemins. Mais quand on aime, on ne compte pas, n'est ce pas ? ;-)

(Je compte tout de même faire compter ça comme réalisation Dodefondo, je signale donc que le premier jour cela représente 41km 4100mD+ le premier jour, et 85km 6600mD+ pour les 2.5j d'après strava)