Proprioception en Belledonne

Petite piqûre de rappel du terrain miné de Belledonne, non prévue au programme et décidée au dernier moment, ayant besoin de m'aérer un peu la gueule. Je sacrifie donc de longues heures dans des transports pour revoir ce beau massif pour une courte balade, avant une bambée un peu plus longuette à la fin août: Elena m'a offert une troisième participation à l’Échappée Belle.

8+h de bus de nuit après un peu de métro, de quoi arriver bien fracassé vers 7h du matin à Grenoble où m'attend Rémi, disponible pour une sortie montagne, qui a sauté sur l'occasion pour aller se promener.

J'ai concocté un parcours ambitieux pour la journée, nous partons légers de Pré Marcel pour une grosse sortie avec pour objectif une boucle de 35km et plus de 3000m de dénivelé, avec la croix pour point haut.

Il fait bien chaud déjà, à 8h30, lorsque nous démarrons. Je fais tomber le débardeur au lac de Crop, ce qui me vaudra un léger coup de soleil sur le ventre en fin de journée, et un bronzage bien dégueu pour les semaines qui viennent :-)

Lac de Crop
Du lac de Crop, nous continuons vaillamment l'ascension pour le col de la Mine de Fer.
Lac de Crop
Au dessus du lac de Crop

Quelques décamètres avant d'arriver au col, nous jetons un œil à main gauche... Nous passerons par la Brêche Fendue fin août. Et j'ai prévu d'y passer en chemin inverse le lendemain.

Brèche Fendue

Au lieu de redescendre sous Jean Collet pour rejoindre le lac Blanc par le GR, nous prenons le chemin plus exposé vers le habert de la Pierre, sous la Pointe des Excellences.

Rémi se prend pour un chamois et commence à grimper la pointe en empruntant la mauvaise vire... Avant que je lui indique que le chemin se trouve plus bas !

Rém s'est planté du vire !

La progression est lente sur ce chemin un peu étroit, car nous ne prenons bien entendu aucun risque.

Le lac Blanc fini par nous montrer ses oreilles...

Oreilles du lac Blanc
le lac Blanc

Nous ne sommes pas en avance... La pause casse croûte est rapide, et nous nous remettons en marche pour la croix sous un soleil ardent. Les névés nous rafraîchissent cependant efficacement. J'ai l'impression de ressentir plus fortement le léger manque d'oxygène dû à l'altitude que les années précédentes. Maintenant que je vais moins régulièrement en montagne, aurais je perdu des globules ?

La montée dans le névé du glacier de Freydanne est lente mais pas désagréable. Nous arrivons enfin à la croix avec plus d'une heure de retard sur l'horaire que j'espérais tenir.

Nous y retrouvons le kikou Ptit Franck qui est venu rendre visite à son endroit favori, avec qui nous discutons un instant.

Les trois loustics à la croix

Etant en retard et Rémi ayant un impératif horaire, nous nous voyons dans l'obligation d'abandonner le parcours prévu. Le retour se fera au plus court, soit de nouveau par le lac Blanc, puis par le chemin en balcon qui passe devant Jean Collet.
La descente est excellente et ludique. La consistance de la neige permet de courir la pente douce du névé de la croix, et de skier/snowboarder en chaussures le glacier de Freydanne. Ou de faire un peu de luge sur le cul. Une première sur névé pour Rémi qui trouve ça bien sympa, bien qu'il finisse par péter un bâton lors d'une petite frousse dans une partie plus pentue.

Nous arrivons à l'heure au parking de Pré Marcel après une descente depuis Jean Collet trottée sans soucis. Rémi me dépose à Prapoutel avant de filer.

Je refais le sac avec un peu plus de matos: outre quelques babioles à grignoter, j''ai emporté un drap de soie, un sursac de couchage, une doudoune légère, un pantalon de joggging et un tshirt - pour le bus, une serviette - pour me baigner dans un lac d'altitude, mais qui ne servira pas - frontale etc... en sus du reflex que je n'utiliserai pas à bon escient, les photos sont donc super crades, n'ayant pas pris le temps nécessaire. Le tout tiens dans ou sur le sac de trail de 10L. Je suis juste super short en bouffe et je n'ai absolument rien en cas de bobo. Interdiction de se blesser (oui, c'est pas bien, do not try this at home, toussa).

Le plan est d'aller dormir aux 7 laux, il me faut donc passer "de l'autre côté", par les pistes de ski de Prapoutel puisqu'il n'y a guère que cela. à 18h30, en plein cagnard, c'est l'enfer. Je suis un zombie lyophilisé. Plus de 700m de large piste merdique en plein soleil. Au col de l'Oudils, où je rebascule en descente sur une piste de ski pour rejoindre le chemin de randonné en balcon qui m'amènera au habert du Pra, je suis claqué, et mes velléités trailesques s'effacent au profit d'une longue randonnée dont la destination finale n'est, elle, pas remise en cause.

Je retrouve le parcours de l'EB au habert du Pra, me remémore ce looooong chemin qui est tellement frustrant lors de la course. Je m'en rappelle, je suis conscient de sa longueur, et prends donc un rythme adapté et me concentre en conséquence. Mais j'en chie, et ma patience est mise à l'épreuve.
L'avantage d'un 20 juin, c'est que la journée est longue. L'ascension se fait dans une période entre chien et loup de très longue durée. Je ne sors la frontale qu'arrivé au lac Noir. Il ne me reste alors plus qu'un peu de marche pour la cabane de Jean-Luc Coutaz-Replan, où j'ai décidé de passer la nuit. Vu l'heure, pas question de chercher un endroit pour la belle étoile. Un matelas me fera du bien !

Je l'atteins à 23h30. Plus d'eau, rien d'autre aux alentours que le lac. Je bois quelques gorgées d'un œil suspect, mais n'insiste pas: elle a beau être totalement claire, c'est de l'eau tranquille... Et m'effondre tout collant sur un matelas.

L'espace ouvert à tous à la cabane Jean-Luc Coutaz-Replan

Au diable le réveil à 5h du matin, je reste à comater jusqu'à 7h. Avec la fatigue du trajet de nuit plus la bambée de la veille, faut pas trop compter sur moi pour jouer les furax ce jour.
La remise en branle se fait plus touristique. Pas l'envie de trottiner, et je m'en vais plutôt visiter le lac Blanc - celui des 7 laux, donc, sous le Rocher Blanc - qui m'offre un bassin de cryothérapie pour les jambes bien efficace, puisqu'il est alimenté par la fonte.

Lac Blanc (7 laux)

Puis je me dirige vers le col de la Vache, célèbre vacherie de l'Echappée Belle, plus redoutable à mon sens que le col de Moretan, mais que l'on attaque bien plus frais.

Entre le col de la Vache et le lac de Cottepens

En sens inverse, je pensais avoir à faire à une descente un peu longue. Il n'en fut rien: les névés à cette période rendent l'ascension comme la descente bien plus faciles et rapides qu'à la fin août. Je double d'ailleurs en trombe un couple d'allemands qui peinent misérablement dans les blocs de rochers en préférant éviter la neige. Une belle harde de bouquetins siège aux abords du col. J'en dénombre 27.

Bouquetins au col de la Vache

Je n'avais pas prévu d'y passer, mais finalement, je me laisse tenter par le col de l'Aigleton. Histoire de me rafraîchir la mémoire pour la fin août.

depuis le col de l'Aigleton

En en descendant, je rate toutefois le chemin pour le lac du Vénétier, qui n'est balisé que de quelques cairns, et me retrouve donc en hors sentier dans le tas de gros blocs, qui ressemble fort à ce que l'on trouve dans le col de la Vache lorsqu'il est sec, que je descends à vue. Ce qui me permet de faire la rencontre d'un copain.

Copain bouquetin

Descente particulièrement fatigante, et je crois bien subir un peu l’ensoleillement. L’épuisement me gagne dans la remontée au Pas de la Coche, où je décide de faire une pause, allongé au bord du lac.

Je me traîne ensuite vers la Brèche Fendue à un train d'escargot. J'ai la dalle. J'ai chaud, je suis fatigué, j'ai envie de dormir. J'en chie, quoi. Et vu l'heure, le projet d'aller dormir vers le Grand Colon, le lac du Merlat, se fait la malle. Bon, je verrai. D'abord la Mine de Fer.

Je me fais la réflexion, en approchant avec peine de la brèche, dans des éboulis de blocs instables, que cette EB, c'est quand même un sacré chantier. Le genre de truc qu'on oublie un peu une fois les émotions retombées. Je l'ai fait une fois, deux fois... Au bout de quelques mois, ça semble être banal.

Ça ne l'est pas, finalement, et cette balade est une bonne piqûre de rappel pour ma troisième participation qui arrive à grand pas.

J'ai la grande joie de découvrir que le refuge Jean Collet, fermé la veille, est ouvert ce jour. J'en profite pour y faire une bonne pause avec un repas réconfortant, en compagnie de la gardienne et de deux randonneurs, qui me redonne de l’entrain pour rejoindre mon lieu de repos pour la nuit, le habert des Sabottes. La descente de Jean Collet est avalée en courant - seul moment de course de la journée - et l'ascension du col de la Sitre réalisée d'un bon pas. Comme souvent, une - deux - bonnes bières et des crozets au bleu, et ça repart !

Pas de belle étoile, donc, pour cette deuxième et dernière nuit: je cède à l'appel du matelas au habert.
Le lendemain, Il ne me reste plus qu'à rejoindre la vallée pour retrouver une canicule encore plus insupportable qu'en altitude, et un retour à paris en TER en retard + bus en retard avec prise électrique défectueuse des plus inconfortable. Autant de temps dans les transports que sur les chemins. Mais quand on aime, on ne compte pas, n'est ce pas ? ;-)

(Je compte tout de même faire compter ça comme réalisation Dodefondo, je signale donc que le premier jour cela représente 41km 4100mD+ le premier jour, et 85km 6600mD+ pour les 2.5j d'après strava)