Echappée belle 2020: de l’autre côté du dossard

L’Échappée Belle est une des rares courses maintenues de cette drôle d’année 2020. Comme tous les ans depuis 2015, pas question de passer à côté ! Pas question d’accrocher un dossard non plus, j’avais convenu depuis des mois de participer comme bénévole et proposé à David d’ouvrir le début du parcours, à mon sens le plus beau, technique et difficile, et me permettant de continuer derrière sur une mission Poste Montagne.

Nous récupérons donc la mission d’ouverture du tronçon Arselle – Habert d’Aiguebelle, qui correspond il me semble normalement à 3 sections. Les éditions précédentes, il était rare que les ouvreurs ne soient pas rattrapés par la tête de course, et les sections sont donc revues à la baisse. C’est déjà donc un gros morceau que nous devons assurer et notre idée de départ d’ouvrir Vizille – le Pleynet était bien trop ambitieuse. Ceci dit, nous décidons de démarrer tranquillement de Vizille jeudi soir à 10h45, afin d’être à 2h à l’Arselle pour débuter la mission officielle: nous n’aurions de toute façon pas dormi, autant marcher ! De même, nous avions décidé de continuer jusqu’au Pleynet, où David continue sur une mission de « booster » (équipe spécialisée dans l’encouragement et la remotivation des coureurs qui se tâtent à abandonner). j’ai placé ma voiture pour repartir ensuite en mission Poste Montagne.

Tout se passe bien, nous devons simplement baliser 2km encore non balisée et remettre le balisage qui a été couché par le vent dans le secteur Névé dans la Grande Pente / Croix de Belledonne. A la radio, on comprend tout de même que c’est parti très fort devant, et qu’on se fait bouffer notre avance à grande vitesse.

Ouvreurs2 pour PC course.
Ouvreurs2, je t'écoute...
Peux tu m'indiquer votre position ?
On est dans la descente du lac Blanc vers Jean Collet
[ ]
On est complètement charrette ou ça va encore ?
Non, c'est parfait. Bonne continuation.

Mouai. David, va falloir se sortir un peu les doigts quand même !
Petite pause café à Jean Collet, on repart et dans la montée au col de la Mine de fer, on commence à appuyer un peu plus. Nous étions partis à rythme tranquille pour garder du jus et pouvoir accélérer sur la fin, c’est le moment de passer la deuxième.
L’accélération se poursuis, les doutes de David étant balayés par mon optimisme et mon envie d’honorer le contrat 😀 C’est quand même moi qui ai insisté pour ouvrir une si grande section !
Après une descente du pas de la coche à une allure proche de celle que l’on aurait eu sur la course, nous arrivons au Habert de Aiguebelle acclamés par une foule en délire: elle a pensée que nous étions les premiers coureurs 😀 !
Mission accomplie, Jean-Marie Thevenard arrivera 10mn plus tard.

Comme prévu nous continuons vers le Pleynet, avec un rythme revu largement à la baisse, des pauses fréquentes, une baignade dans le torrent et une nouvelle dégustation de la liqueur fruits rouge embarquée dans la flasque.
La descente sur le Pleynet est toujours aussi longue, éreintante, sous le cagnard… Mais une bonne douche, une bonne bière et un petit repas chaud nous remet dans les rails pour continuer sur nos missions respectives.

Je quitte David pour aller récupérer Nicolas et nous nous rendons au parking sous les sources du Gargotton. Plus de 700m de dénivelé avec notre matos de bivouac, de la bouffe, les radios… Je prends en sus 2 bûches et pense déjà au second A/R que j’imagine faire juste derrière: ça va piquer…
Nous croisons Gianluca, qui sera bénévole avec nous là haut, qui participe à l’effort de portage.

Finalement, pas de nouveau portage ce soir, je suis canné (6k de déniv quand même… :D). Nous avons retrouvé Fabien/Jano là haut. Installation du campement, du foyer, nous lançons le feu avec les 3 bûches dont nous disposons pour un premier BBQ pendant que je briefe un peu l’équipe puisque je suis le plus expérimenté sur cette mission, et que j’ai prévu de dormir un peu. 3h à comater pendant le passage des premiers. Je suis réveillé par l’arrivée d’un coureur mal en point que l’équipe prend en charge en l’installant dans une tente. Il passera une bonne heure à se réchauffer et à se remettre de son hypoglycémie et nausée dans le sac de couchage de Fabien… Qui devra se reposer plus tard.

Le brouillard et le vent ont envahi le col et le reste du parcours jusqu’au Grand Chat, je me mets donc en route sur une mission combo accompagnement de notre coureur qui va abandonner au col de Champet, accessible en voiture, et vérification / renforcement du balisage pour éviter les égarements dans le brouillard.

Quelques heures plus tard, revenu au col de la Perche, je reprends la mission optionnelle: confort pour le soir et la nuit ! David m’a fait don d’une vingtaine de bûches de feuillu de 50cm, j’ai aussi ramené des tarps et des bâtons de ski pour mettre en place un pare-vent, une tente dédiée à accueillir un éventuel coureur en détresse… Il faut monter tout ça.
Je retourne donc au parking mais le dénivelé est trop important, je cherche à rapprocher le matos du col. Je monte donc ma panda 4×4 dans un endroit improbable, un chemin de 4×4 ou on emmène plus raisonnablement un land rover defender…
3k 400d+. C’est bien mieux !

PM33 pour Seb
PM33, oui seb, c'est Fabien
Je suis en train de remonter avec 7 bûches. Il en reste 11. Si l'un d'entre vous pouvait se préparer psychologiquement à m'aider à les ramener sur un prochain voyage, ça serait cool. Y'en a pour 3.5km et 400d+
OK, super. On va jouer à Chifoumi, et on t'attend ! à toute

Un verre de rouge (on est pas des quand même, alors j’ai monté un peu de bidoche et un cubi – Gianluca de son côté, de la charcuterie et du fromage Italiens) et on repart pour le dernier portage, c’est Fabien qui s’est dévoué pendant que Gianluca fait un énième A/R au point d’eau de la cabane de la Perrière pour remplir le jerrycan (nombre de coureurs nous demandent de l’eau au col !)

Il est 16h, j’arrête là le sport: yapluka se préparer pour les longues heures de soirée et nuit. Montage de parre-vent, préparation du feu. Nicolas monte la tente, Gianluca a coupé encore du bois trouvé à proximité, on est prêt !

J’ai manqué le passage de beaucoup de coureurs et donc de nombreuses têtes connues, des kikourous, mais maintenant, je ne bouge plus !

Dégustation de Mélèzine, un petit verre de rouge avec du fromage, ou simplement une discussion et des encouragements et faire retentir la cloche: un peu de chaleur dans ce col pris dans l’humidité et les rafales glaciales.

Cédric a entendu la conversation sur les bûches et ne résiste pas: il vient nous rejoindre pour la soirée avec son rhum fétiche. On passe de longues heures ensemble à accuillir les concurrents. Fabien nous quitte pour rejoindre son équipe serre-file.

La nuit arrive, et s’installe durablement. Le parcours des Crêtes ferme, les serre-files nous laisse leur matos, cela nous fait une partie de parcours à surveiller en moins. Au fil du passage des participants du 87 et 149km, notre discours devient une rengaine, répétant inlassablement les mêmes phrases.

Salut !!! Tout se passe bien ?
[...]
La suite, c'est globalement très roulant. roulant descendant, puis roulant remontant. Une dernière remontée de 150m un peu plus raide, mais rien à voir avec ce que vous venez de monter, là. Puis une longue descente. Très longue, et attention, quand vous êtes en bas, que ça ne descend plus, vous pensez que le ravitaillement sera là, mais non ! encore 3km de plat/faux plat à courir !
[...]
Allez ! Bon sonnage de cloche !

5h et des dizaines, je m’endors sur place, les serre-files passent. Dernière discussion, palabre on-laisse-les-fanions-ou-pas, mais oui laissez les et cassez vous bordel: je suis cuit, mais cuit ! Gianluca aussi mais il est resté jusqu’au bout avec moi et sur la dernière heure, je crois bien qu’il a surtout géré seul !
Il est temps d’aller comater un peu !

Après 2h de sommeil, il est temps de remballer tout notre merdier. Il est à peine 8h mais je n’arriverai à Aiguebelle qu’à midi passé, pour l’arrivée du dernier (qui a fait tout le parcours en jean-chemise :-D)

Quelques moments là haut: découverte du Mélèze

Interview surprise d’un récidiviste

Fabien/Jano s’échauffe pour sa mission nocturne

vik

L'auteur

Communément appelé "Vik" sur Internet et les "off", Sébastien Bocahu sur les résultats de compétition... Ma pratique sportive résulte de mes besoins de voyages et d'aventure, et mon goût du jeu avec les éléments et les aspérités naturelles.

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