Défi ultra-bauju – 14×2000

Défi Bauju version ultratrail: enchainer les 14 sommets de plus de 2000m des Bauges, d’une traite.

L’enneigement se faisant important au printemps, me vient l’idée de me frotter de nouveau au massif des Bauges, dont les sommets culminent assez bas, pour un nouveau projet d’ultratrail en autonomie.

Enchaîner les 14 sommets de plus de 2000m parait bien tentant, je m’attelle donc à ce projet et trace un parcours dans le but de rallier ces 14 sommets, en boucle pour une belle balade en autonomie, que je prévois de réaliser « assez tôt dans la saison ».

Je propose ce projet à Christophe, qui accepte aussitôt. Nos disponibilités communes nous laissent une possibilité début juin, écartée pour enneigement trop important, et début juillet, qui conviendra au final parfaitement.

Notes prises lors de la préparation:

  • 14 sommets de plus de 2000m: ça rapelle le nombre de 8000m dans le monde.
  • https://www.camptocamp.org/routes/440781/fr/traversee-des-bauges-par-les-14-2000
  • temps de référence en traversée ~24h par le 13eme BCA: http://defidesbauges.13bca.over-blog.com/
  • tentative de record -24 fail, 27h45 environ mais avec du vélo?  http://record-des-bauges.over-blog.com/article-36280711.html
  • tentative de record par benjamin dunand (qui pose des cordes fixes ??? drôle de façon de vouloir péter un record) fail abandon 57eme
  • en boucle et sans assistance: très probablement une première. pas beaucoup de littérature sur le challenge !

Le parcours (prévisionnel)

Agrandir

défi-du-bauju
Parcours de mon défi du Bauju - 14x2000

Le plan:

  • Récup de Chris vendredi soir à la gare de chambéry
  • On passe déposer un sac de ravito bien emballé à bellevaux + la compote (km24 + km90) pour le lendemain
  • on va passer la nuit dans la cabane de la foullie: il faut matelas/sac de couchage mais au moins on a un toit/protection vent et un peu de calme/noir
  • 2h30: on range/s’habille/se gare au parking un peu au dessus, et on se lance pour le défi. démarrage en sens anti-horaire, on débute sur du roulant/descente pour s’échauffer avant de monter à l’Arclusaz. on devrait ainsi être là haut pour le lever du soleil et profiter de la visibilité + fraicheur pour le début des hostilités. on peut ainsi espérer passer le pas de l’ane et la dent de cons avant la tombée du jour… donc faire tout le mégatechnique sans crainte de l’obscurité
  • pas de ravito sur 66 bornes faudra avoir de quoi grignotter et être solides
  • tracé sur topo escalade pour monter vers le trelod, pour rejoindre le sentier voie normale après une traversée d’alpage. chemin pas sur carte, donc petite inconnue. ça devrait le faire.
  • ravito km90  à la compote, juste de quoi se venger de ce qu’on viens de se tapper et finir le travail. reste plus que le colombier et dodow au même endroit, cabane de la foullie.

Reconnaissance partielle

Début juin, je profite du week-end choc organisé par Julien (JuCB) pour aller repérer deux points important du tracé: la traversée Chaurionde – Sambuy (T5, pas de 3+), et un itinéraire d’accès à la paroie nord du Trelod à partir de la combe d’Ire, introuvable sur les cartes, peu connu et peu pratiqué.
Reco OK, ça met en confiance pour le projet. Il reste les inconnues majeures suivantes: la crête du Grand Parra à la Pointe des Arces d’une part, et la Dent de Cons d’autre part. Si l’Arcalod est connu pour être « technique », il est très pratiqué et balisé et nous devrions le gravir de jour, cela ne m’inquiète pas. L’idéal sera de passer les grosses difficultés de jour, il suffira alors de résister la nuit et le matin pour terminer par « le plus facile ». Sur le papier, c’est simple et sans accros.

Défi du Bauju, 7 juillet, DNF

Vendredi, départ pour les Bauges. Je dois déposer Elena à Val d’Isère pour un trail, m’occuper de préparer et déposer 3 ravitaillements, aller chercher Chris à Chambéry, et monter sur notre lieux de bivouac.

Sandwitch jambon-beurre (1.125kg en 6 tranches, ça déconne pas), lions, twix, shortbreads, chocolat-noisettes, noisettes, figues séchées, coca, jus de fruits, st yorre… Le tout emballé (les sacs d’allègement de l’échappée belle sont bien pratique pour ça !) et caché sous des pierres (les liquides, dans le ruisseau, pour garder au frais).

Environ 12h passées en conduite et préparation, et ce après une nuit entrecoupée d’une astreinte: je suis crevé.

Chris vient de se taper le GR20, il n’a que 4j de repos depuis cette grosse bambée en 4j. Mais il a l’air en forme.

Un petit repas devant la cabane de la foullie, rizzoto aux champignons et rillettes de porc à la petite cuillère, avant une petite nuit: réveil à 2h30. J’ai un peu sous estimé la fraicheur de la nuit et n’ai pas misé sur le confort pour mon sommeil, résultat, je dors peu et mal, ce qui n’arrange pas ma dette de sommeil. J’envie Chris qui s’endort dans un soupir en 5mn.

4h du mat’, après un long petit dej et préparation de sac et du bonhomme, nous entamons le parcours, « à la fraîche » – en fait, il fait déjà bien chaud !

Un léger morceau de crête roulante puis une descente dré dans la pente nous fait passer dépasser rapidement Eperney puis nous voilà dans le vif du sujet: plus d’un KV pour accéder au premier sommet, la dent d’Arclusaz (2041m), si chère à notre kikou Laurent. Le lever du soleil nous accueille au sortir de la forêt, au col du Potat, et illumine les cimes environnantes et l’horizon.

Pour accéder au Grand Parra (2012m), il nous faut redescendre un peu, ce qui nous prend un peu de temps car la sente est peu marquée, bien raide, bref, pas bien roulane. Nous nous dirigeons vers la crête NO du Grand Parra avant d’arriver aux chalets des Arbets et empruntons de vieilles sentes dans une végétation touffue. Nous remontons ensuite en laissant les arbres à main gauche, dans une végétation luxuriante, trempée, et des pentes impressionnantes. Tout cela est très physique.

Ensuite, une belle et longue ligne de crête s’offre à nous pour rejoindre le Mont d’Armenaz (2158m) en passant par la Pointe des Arlicots (2060m) et la Pointe des Arces (2076m). Une sente est globalement visible tout du long, mais quelques passages sont exposés et nécessite largement l’usage des mains. Sans que cela ne soit réellement dangereux, il s’agit d’être bien attentif et patient.

Nous croisons le kikou Leseb et ses amis qui effectuent un projet similaire sur 3j.

Du Mont d’Armenaz, rejoindre le Pecloz (2197m) est rapide, et encouragés de rejoindre un 6eme sommet, nous expliquons le projet à deux personnes là haut, avec une détermination et une confiance en la réalisation sans faille.
L’arrête NO du Pecloz peut paraître impressionnante de par sa pente importante, mais elle n’est pas exposée et nous l’apprécions à sa juste valeur.

Un sentier en balcon bien roulant, agréable à courir, nous rapproche rapidement de Rière Bellevaux, que nous attendons avec hâte, puisque c’est le lieux abritant notre premier ravito. On lui « met sa race », à ce ravito, les pieds dans l’eau, et ça fait un bien fou.

15h environ, nous nous remettons en route pour les 7 et 8eme sommets, très proches l’un de l’autre, le Mont de la Coche (2070m) et Tré le Mollard (2035m). Après avoir emprunté la piste montant aux chalets d’Orgeval, nous grimpons dré dans la pente, de nouveau dans une végétation bien haute et touffue, sous un soleil de plomb.

Chris semble s’inquiéter un peu du temps qui passe – je l’ai bien brieffé sur le passage Chaurionde – Sambuy qu’il faut faire avant que le soleil ne décline – ce qui n’est pas mon cas: nous avons encore du temps devant nous, ça le fera. Les pauses sont tout de même courte, comme depuis le début de la balade, excepté le ravito de Bellevaux.

Petit changement par rapport à l’itinéraire prévu, je remarque qu’un chemin permet de regagner la montée à l’Arcalod de sous le Mont de la Coche, sans redescendre aux chalets d’Orgeval. La fin de l’ascensionde l’Arcalod (2217m) est bien « technique », il faut mettre les mains souvent, mais ce n’est jamais difficile. Un peu long à redescendre, tout de même.

Nous avons la pêche pour une nouvelle ascension, un 10ème sommet, avec la Pointe de Chaurionde (2173m), très facile. le 11ème sommet est tout proche: une ligne de crête bien courte, puis une arrête effilée, nous mèneront à la Sambuy (2198m).
Chris, très à l’aise sur tout le reste de la balade, est physiquement en forme (c’est une vrai machine lui, pour rappel :D), me semble un peu impressionné dans cet itinéraire en mixte pente herbeuses – rocher, jamais difficile, mais parfois bien exposé. C’est plus du tout du trail, c’est sur, on est sur de la bonne randonnée alpine.

La descente est plus longue que je ne l’avait espérée, et si l’on dévale encore bien au début, les petites douleurs aux pieds, les débardages non rangés et les petites recherches de chemin nous mettent encore plus en dedans par rapport à mes prévisions au doigt levé. Ce n’est pas grave, nous avons déjà enchaîné 11 sommets sur 14, non ?

Ce chiffre encourageant me fourvoie dans un excès de confiance, je ne remet pas en question de continuer sur le parcours prévu.

Le second ravitaillement est plus court que le premier, car la nuit tombée nous refroidie rapidement, et nous sommes mal installés, au bord d’une route, à même le bitume, lorsque qu’aucune voiture n’occupe la voie.

Chris, généralement peu habitué à prendre son temps en pauses, est d’ailleurs particulièrement rapide même s’il ne semble pas s’agacer de ma lenteur. Quelques km plus loin, alors que nous cherchons un chemin dans un village, un habitant nous interpelle, pensant que nous fouinons dans son exploitation agricole. Ce sera un changement de parcours, le chemin n’est plus praticable. Ce changement nous amène à passer devant une chapelle, ouverte. Je propose à Chris de saisir cette opportunité pour un petit repos, qu’il venait de mentionner. Chris dort instantanément, tandis que je peine à me reposer un peu.

Une fois repartis, j’entends ma cheville gauche qui gueule. oh, pas bien fort, mais tout de même… La fatigue est installée, le pas se fait bien plus lent, alors que le 12ème sommet, la Dent de Cons (2062m), nous devant l’effort d’un KV plus une traversée de crête très étroite, souvent équipée car fortement exposée. De nuit, avec une telle fatigue, c’est particulier. Je suis d’une lenteur certainement exaspérante pour Chris, qui ne laisse cependant rien paraître. Entre la fatigue et la cheville qui se dégrade à mesure que nous progressons, je reste concentré et la priorité est à ne pas faire d’erreur: la perf attendra.

Rejoindre cette putain de Dent de Cons nous prend donc une éternité. 4h30, nous y sommes. La descente est une horreur: extrèmement raide, avec de tous petits lacets. Je commence à cogiter, seul. Puis en fait part à Chris: il serait peut être malin d’envisager de bâcher. Entre la cheville qui gueule et la distance/dénivelé restant à parcourir, on risque de ne pas être dans les clous.

A la cabane des Gardes, la décision est plus ou moins arrêtée, quand je vérifie sur le téléphone ce qu’il est sensé nous rester, c’est sans appel: plus de 50km et quelquechose comme 3000m de dénivelé… A cette allure, on est pas prêt d’être rentrés chez nous… Et on a pas la semaine de vacances !

Alors que Chris dort comme une masse dans la cabane, je cherche une solution. Chris parle de stop, mais nous sommes dans un foutu coin des Bauges (que les Baujus ne placent même pas dans les Bauges, d’ailleurs) totalement coupé du reste, aucune route nous permet d’accéder à l’endroit ou nous avons laissé la voiture sans redescendre fortement en vallée et remonter par un autre col… Une mission !

Chris est confiant en la possibilité de stop, de passer par Albertville puis Chambéry… Les premières tentatives sont un échec. Nous sommes emmenés 3km plus loin, c’est un début, mais ça seral oin d’être suffisant. Pour ma part, je suis plutôt favorable à utiliser nos pieds, via un itinéraire avec moins de km/d+ que si l’on avait terminé le projet… Et on peut essayer de faire un peu de stop par endroits. Ce que nous faisons, et qui fonctionne, finalement, pas trop mal. C’est ainsi que nous remontons au col du Haut du Four à partir du col de Tamié, pour redescendre sur Rière Bellevaux, ou une nouvelle prise en stop nous permet de terminer par une ascension au col de la Foullie depuis Le villard. Une belle galère. Il est environ 15h quand nous arrivons à la voiture, après une prise de décision de bâcher à… 6h du mat.

A noter que la Dent de Cons s’est retrouvée sur notre trace au km67, contre 50 sur la trace prévisionnelle. Un bel écart…

Un DNF ça ne fait jamais plaisir, mais il faut reconnaître que ce projet était quand même d’un certain calibre… que j’avais un peu sous estimé, en tout cas en terme horaire. Mais la première partie était formidable. Nous avons tout de même parcourus 89km/8100mD+ à pieds… un sacré chantier !

Et en ce qui me concerne, cette sortie m’a permis, à défaut de les enchaîner tous d’une traite, d’avoir gravis tous les sommets de plus de 2000m des Bauges. J’avais en effet déjà gravis le Colombier (2045m) et le Trelod (2181m) à plusieurs reprises.

Ce tracé est d’une grande difficultée. Il est très certainement plus simple de parcourir l’arrête NO de Pecloz à la montée, de même que la crête Armenaz->Grand Parra plutôt que dans le sens que j’ai choisi dans le but de passer les plus grosses difficultés au tout début. La Dent de Cons prend également beaucoup de temps, et un A/R par le nord serait bien plus rapide.

Merci à Chris pour sa compagnie sur un « bon projet de connard »

Voici maintenant quelques photos pour illustrer ce petit récit de cette belle bambée à deux en autonomie (la trace est sur strava (pourrie mais tant pis)) !

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vik

L'auteur

Communément appelé "Vik" sur Internet et les "off", Sébastien Bocahu sur les résultats de compétition... Ma pratique sportive résulte de mes besoins de voyages et d'aventure, et mon goût du jeu avec les éléments et les aspérités naturelles.

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