Ultratrail en off, en solo sans assistance, dans les Bauges

L'idée au départ était de faire un long et beau parcours en Bauges. Après avoir pas mal couru la Chartreuse, il me fallait écumer ce massif. J'ai d'abord tracé un parcours entre St-Pierre-d'Albigny et Albertville, et l'ai proposé en parcours OFF sur Kikourou. Le off a eu lieu, nous sommes partis à 14 pour les premiers km et nous devions terminer à deux ce parcours. Finalement nous avons tous stoppé au 30ème km de ce parcours exigeant, dont voici la trace prévue.

Solo sans assistance

Je reste tout de même sur ma faim et ai toujours l'envie de faire une balade un peu plus longue. Je reprends le parcours prévu, j'imagine même de le pimenter un peu si les conditions sont bonnes, et cale un départ à la seule période où j'ai du temps libre et qui sont compatible avec le programme sportif de l'été, lourdement chargé.

L'avantage de ce parcours est que le départ et l'arrivée sont deux villes desservies par le TER, et qu'il y a une boulangerie au km30, ce qui sera pratique pour tenir le coup jusqu'à ma "base vie", une cabane non gardée ou j'ai déposé, une semaine avant, lors d'une rando, un paquet de polenta et de soupe déshydratée.

J'imagine donc que ça devrait le faire en configuration "ultratrail", sans tomber dans la configuration "raid" (plus chargée). 1.5L d'eau, 2 flasques de mon gel maison, un bout de fougasse au jambon. 2/3 barres aux céréales pour dire de. Du change sec bien protégé, veste et pantalon de pluie, bien entendu...

Avec la météo annoncée, je risque d'en avoir besoin. Pas la possibilité de changer les dates, je n'ai que ce crénau dispo pour un 100 bornes en montagne à moins de 3 semaines de la montagn'hard... Les prévisions sont pourries: pluie, averses, plafond nuageux bas. Tant pis, j'y vais quand même.

C'est parti mon kiki

10h, arrivé à la gare de St-Pierre-d'Albigny. Sitôt descendu du train, j'enfile ma veste de pluie, capuche comprise. ça promet !

La pluie se calme tout de même un peu tandis que ce commence à grimper en direction du col du frêne, et je garde la veste en ouvrant au maximum, au niveau du col, sous les aisselles, relève les manches, et remonte en roulant veste et tshirts pour laisser bas du ventre et dos découverts.

Rester sec, mais ne pas surchauffer, est le but de la manœuvre, alors qu'il n'est pas question de prendre des risques d'hypothermie sur une telle sortie. Je me force donc à garder la veste malgré la chauffe de la chaudière. Une fois l'échauffement sur le bitume puis chemin à allure raisonnable effectué, alors que je me retrouve au départ du sentier pour la dent d'Arclusaz, j'augmente le rythme. Je souri a l'idée qu'il y a un segment strava. Mais ce n'est pas le moment de se griller.

J'arrive en moins de 2h au sommet de la dent (soit 13h), et ce n'est pas le moment de casser la croûte: il vente, il fait froid, je suis au beau milieu d'un nuage, et je n'y vois rien. J'ai refermé la veste sur la fin de l'ascension, et le sur-place au sommet me refroidit instantanément.

J’amorce donc très vite la descente sur les chalets des Arbets, ce qui n'est pas aisé car c'est fortement pentu et technique, et par ce temps, une vrai savonnette. Je mets les mains pour désescalader et je me les gèle fort, sans gants. Plus bas c'est donc salvateur de reprendre le trot en direction du Mont d'Armenaz. Pause miam avant d'entamer l'ascension, mais je ne traîne pas: chaque pause entraîne un fort refroidissement.

Dans l’ascension d'Armenaz, je croise de nombreux chamois. Certains en éclaireurs, seuls, sifflent à mon approche, alors qu'un peu plus loin c'est une harde d'environ 25 tête qui émerge des nuages.

Au Mont d'Armenaz, je n'y vois rien. En plein nuage, je n'apperçois pas un morceau du Pecloz qui me fait face, et qui est prévu à mon programme. La descente par la crête ouest, que j'ai très envie de découvrir, est technique, et par une telle météo et en solo, ça ne m’apparaît pas bien malin. Et surtout, il n'y aura rien à voir: le Pecloz vaut mieux que ça. Je reviendrai. Je zappe.

Je relance donc les patounettes pour rejoindre le village d'Ecole-en-Bauges, où se trouve une super boulangerie bio. J'ai encore une bonne forme, je me sens mieux que lors du off du 28 mai. La météo doit y être pour quelque-chose: pas de déshydratation, pas de surchauffe (malgré la veste, que je me refuse à enlever mais qui m'est désagréable).

Changement de programme

C'est à Ecole, à la boulangerie plus précisément, que la bambée prend un autre tournant. Au moment de payer mon sablé, saintchristain et pain aux graines de sésame, j’apprends que la boulangerie ne prend pas la CB, et bien sur, je n'ai que ça. Je sais pourtant bien qu'en montagne, la CB n'est pas toujours (voire rarement) acceptée, et d'habitude j'ai quelques billets, et même un ou deux chèques lors des sorties sur plusieurs jours. Mais là, j'ai pas.

Mais la boulangère me propose de repasser le lendemain: il y a un distributeur a Le Chatelard, qui se trouve sur ma route. Après réflexion, j'accepte, et lui dis donc "à demain après midi". Il va donc falloir que j'adapte mon tracé, je n'irai pas à Albertville.

En attendant, il n'y a pas de raison de changer jusqu'à la base vie. Alors après mon ravito, je retourne à l'attaque du Mont Colombier, avec tout d'abord une montée sous la col de la Fullie qui fusille bien: 550m de dénivelé en 2300m. Puis je me retrouve les pieds dans la boue et bouse piétinée par les vaches, dans les alpages de la Fullie. Dur dur.

Un peu pressé d'y échapper, je manque la grimpette vers le col de Cochette, et n'étant pas un grand adepte des demi-tours, prend dré dans la pente en hors sentier, dans la forêt et les pentes herbeuses, pour rattraper le chemin. Dur dur.

Finalement arrivé au col de Cochette, il semble que je puisse profiter de la luminosité du soleil couchant au sommet si je monte à allure correcte. Dont acte. J'ai droit à une éclaircie en cette fin de journée, et profite pour une fois d'une agréable vue sur les Bauges, et, plus loin, la Chartreuse et Belledonne.

Je commence à fatiguer un peu et pense à ma base vie, à manger du chaud. Y en a encore pour un moment. Je repars donc à l'assaut, en descente cette fois ci.

Shit happens

Mon GPS au poignet m'informe que je suis arrivé à destination. C'est normal, j'ai découpé le parcours en 7 morceaux, pour conserver une bonne précision de la trace plutôt que de la compresser. Mais je suis sur le chemin, alors je ne change pas encore le parcours sur le GPS et tant qu'il n'y a pas de bifurcation, je n'ai pas de raison de me poser de question. Surtout avec la luminosité qui décline et ma flemme de m'arrêter pour sortir la frontale. Je préfère dévaler le sentier technique entre chien et loup, en accélérant même plutôt.

Mais lorsque j'arrive au village, mauvaise surprise: je suis à Aillons-le-Jeune. Et non Montlardier.

Merde.

Avec le recul, mon GPS a stoppé la trace à 20m après une bifurcation. Une petit imprécision sur ma position et j'ai cru que j'étais sur le bon chemin, ce qui n'était pas le cas. Bon, c'est pas grave. 8km de bitume.

Avant cela, je mange mes derniers restes de pain et enfile le pantalon de pluie. Je ne vais pas courir le bitume, et cette fois, c'est parti pour une longue marche sous le vent.

Le début d'une progression au mental. Y a pas le choix.

Au Chatelard, je pense - heureusement - à tirer du liquide. Petit rire intérieur en souriant à la caméra à 23h, tout boueux et habillé en traileur, dans ce village paumé au milieu des Bauges.

Et la progression menthe à l'eau reprend son cours, sur une pente moins marquée, en alternance de larges chemins forestier et de sentiers boueux ou glaiseux. Le coup de mou est arrivé et s'installe inexorablement. Je n'ai plus rien à manger d'autre que des barres et mon gel dont je n'ai pas envie. Je n'ai pas faim, d'ailleurs, et si manger me ferait du bien, c'est d'autre chose dont j'ai besoin.

J'ai aussi de plus en plus mal à l'arrière du talon gauche. Je dois avoir une bursite. J'ai choppé ça lors du week-end choc du kikou JuCB 10j avant, et ça revient de plus belle. Je place alors une manchette dans la chaussure, pour caler le pied en avant et éviter que le haut du talon frotte sur la tige de la chaussures (qui sont certainement un peu trop grandes).

Avec patience, je marche vers ma base vie, qui de toute évidence, se rapproche de plus en plus, malgré les flaques de boues toujours plus nombreuses sur mon passage. Lorsque je parviens proche du parking du reposoir - l'écurie devant, je sais qu'il ne me reste plus grand chose. 6km et 350m de dénivelé, quelque chose comme ça.

Mais c'est vraiment dur. Mais c'est tout proche ! Il m'arrive d'éteindre la frontale pour souffler 15s, et regarder le ciel. Une belle éclaircie s'est installée, et de nombreuses étoiles illuminent le ciel, en compagnie d'une lune bien brillante, au moins 3/4 pleine.

J'ai l'impression de tituber les derniers décamètres plus que de les marcher, même si finalement ma vitesse doit tout de même s'apparenter à celle d'un randonneur classique. Je n'ai rien mangé depuis la veille 22h, et déjà l'horizon, à l'ouest, informe que le lever du soleil approche. Enfin, la voilà, la base vie.

Ma base vie: le chalet du Charbon

Mission eau: casserole sous l'abreuvoir. Mission feu: récupérer quelques bûches du local à bois, allumer le poêle. Faire cuire la soupe, et quelques coquillettes - dégueulasses - sur le poêle. Récupérer deux couvertures à l'étage, se changer, se maintenir à température correcte - se réchauffer reste difficile - puis s'allonger quelques dizaines de minute. Rhaaaa.

Au bout de 71km et près de 6000m de dénivelé, qu'il fait du bien de se poser un peu. à 5h du matin.

C'est la soupe, surtout, qui me fait un bien fou, puis de pouvoir m'allonger. Je reste à somnoler "plus longtemps que prévu" d'ailleurs, car la pluie tombe inlassablement, et de plus en plus fort. J'aimerais qu'elle se calme un peu.

Retour à la boulangerie

Je quitte le chalet vers 9h30, paré de ma veste et pantalon de pluie. Heureusement, quelques décamètres plus loin, je me décide à remettre le short et tomber la veste: il y a maintenant une belle éclaircie. Je décide de continuer sur ma trace originelle, en direction de la Pointe de Chaurionde. J'ai plusieurs chemins possibles pour revenir à Ecole en partant dans cette direction, plus agréable que la descente directe vers la Compote.

J'avale la descente a bon trôt, puis retourne au pas pour le col de Cherel. Pendant ce temps, je fais mes calculs horaires. Je n'aurai pas le temps de grimper la Pointe de Chaurionde si je veux être rentré à St-Pierre pour le dernier train. Et je n'ai pas vraiment envie de faire une seconde nuit dans ces conditions. La météo m'a épuisé, et surtout, je pense à mon pied gauche. La bursite provoque parfois des brûlures bien douloureuses. Ce sera donc le tour de l'Arcalod. Des chemins que je ne connais pas, mais avec un bout de carte visualisé la veille sur le fond de batterie du téléphone, et mes souvenirs de la topo du coin, ça parait raisonnable. Ensuite je remonterai sur le col de la Fullie pour descendre à St-Pierre par le Mont Pelat.

A 13h, je peux donc m'acquitter de ma dette, et dépenser encore plus de sioux pour goûter les délices de cette boulangerie artisanale, avec cuisson au feu de bois.

La tartelette aux noix est une tuerie. Je reprends un sablé, et tente un brownie bien gras et goûtu, en plus d'un nouveau pain au sésame.

Rentrage à la gare

Aller zou, faut pas oublier qu'il y a un train à prendre. Deuxième passage sur le chemin qui tabasse en direction de la Fullie. Je suis cramé, sec. L'eau ne me fait aucun effet, je pourrais boire en continu.

Mais tant bien que mal, et en boitant un peu, remettant régulièrement la manchette au fond de la chaussure, je parviens au Mont Pelat.

Dernier coup de gopro, prêtée par Sylvain, et que je n'ai finalement que très peu utilisée sur cette bambée, et zou, descente vers la gare ! Mais je me retrouve dans un alpage labouré par les vaches, à tenter de suivre un sentier non marqué. Bref, à force de passer là où ça passe, je finis par arriver à Routhennes au lieu du col du Frêne, où je me fais prendre en stop par un couple de retraités qui habitent St-Pierre-d'Albigny, et me déposent devant la gare: merci à eux !

A penser la prochaine fois

  • Prendre du liquide !
  • Prendre la carte papier, ça peut servir, quand même
  • Autre chose que du pain, en alimentation solide, ça pourrait être pas mal

La trace de la bambée est sur strava (103km 7500mD+). J'ai pris mon temps, car aux 31h pendant lesquelles mon GPS est resté allumé, il faut ajouter 5h au chalet du Charbon.

  • Montage vidéo de cette sortie

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