2ème traversée de Chartreuse hivernale

2eme traversée de chartreuse: Chambéry - Grenoble

Une escapade riche en enseignements. Ça démarre soft, ça fini plus hardos. Moins déconnant que d'habitude, mais il faut parfois être sobre. Comme mon ravito de cette fois !

Un mini peu de Bauges: Le trou de l'enfer

Je me trouvais en ce week end de mi-avril sur les hauteurs de Chambéry, du côté de St Jean d'Arvey. Je débute donc ma 2ème traversée par une descente sur Chambéry, que je dois traverser pour me rendre aux portes de la chartreuse, en empruntant le chemin menant à la passerelle du trou de l'enfer et en continuant vers le lieu dit du bout du monde.

Aux traileurs du coin ne connaissant pas cet endroit: c'est un endroit d’entraînement très sympatoche ! le chemin n'est pas technique mais bien raide, et emmène en bas de la gorge où se faufile la Leysse avant de remonter de plus belle !

Je m'échauffe donc rapidement sur cette single track agréable à courir, avant d'attaquer une partie bien moins plaisante: la traversée de la vallée, mais en évitant Chambéry, pour me rendre à Chanaz, où je récupère enfin le GR96. Le tout en marchant car je ne veux pas reproduire les douleurs dûes aux longs km sur bitume de l'édition précédente.

Montée à la pointe de la Gorgeat

Arrivé sur le GR, je reprends avec entrain mon trot leste et gracieux. Toutefois, je suis rapidement obligé de freiner un peu la machine et de marcher, la pente devenant conséquente. Mais j'ai la patate ! J'ai passé un excellent week end (j'ai pris mon lundi, et ai entamé la traversée le dimanche midi), il faut beau malgré les prévisions météo, les oiseaux gazouillent et puis merde j'ai envie de ruer dans les brancards !

Alors j'appuie sur les bâtons, et je grimpe à bonne allure. Les temps indicatifs sur les panneaux me font sourire et m'encouragent à continuer sur ce rythme effreiné. Je me surprend même à essayer, et en quelque sorte, à valider, de relancer sur plat voire faux plat montant à l'aide des batons.

Je n'avais jusque là utilisé les bâtons qu'en montée, en marchant. Mais cette expérimentation semble efficace.

Les dernières centaines de mètres avant la pointe de la Gorgeat se font dans la neige, le long de la crête, qui découvre de plus en plus une vue totalement bouchée sur la chartreuse. Il faisait bon dans les bauges, il en sera autrement dans le massif qui donne son nom à un digeot que j'apprécie beaucoup :-)

Petite pause ptilus à la pointe, et voilà que je me refroidis déjà. Aller zou, j'enfile un tshirt manche longue, et repart au petit trot dans la descente boueuse vers le désert.

La glaise laissant un peu plus de place aux pierres et racines, j'accélère et me retrouve à expérimenter l'usage des bâtons en descente. Pas mal, en fait, ça peut être carrément pratique pour amortir certaines réceptions ou assurer certains appuis.

C'est pas l'éclate comme une descente à tout berzingue comme sur un trail court, où j'aurais du mal à manipuler des bâtons, mais là il s'agit de s'économiser, c'est la première descente de chartreuse ! J'avale rapidement cette pente et prends la direction du foyer de fond du désert, car j'ai dans l'idée de descendre sur Corbel puis passer par le col de la Ruchère.

Je croise en chemin un personnage bien singulier. Peu bavard le bougre ! C'est... mon Couzon !

Finalement, par faute d'inattention ou de balisage, je perd le GR et comme je suis sur une route mais n'ai aperçu aucun croisement, décide de continuer sans rebrousser chemin ou sortir la carte. Epernay. Bon, tant pis pour Corbel et la Ruchère.

Deux possibilités s'offrent à moi pour rejoindre St Pierre d'entremont: le GR "tour de chartreuse" ou un chemin plus local qui suit le couzon, une jolie petite rivière qui forme à quelques endroits des cascades.

Je choisis cette seconde solution, heureux de pouvoir courir de nouveau. Cette single track est très roulante (forcément, on longe le cours d'eau !), et ça fait plaisir aux patounettes. Sur la fin, le chemin s'éloigne un peu du Couzon et quelques bosses changent le rythme, mais ce n'est qu'une occasion de me faire retester la relance sur faux plat avec les bâtons ! 7h de déplacement, et je me sens toujours très bien musculairement. Je suis légèrement drogué, et c'est bien sympa !

A St pierre, il me faut reprendre un peu de bitume avant de trouver un chemin pour monter au lieu dit "le château". Excellent, ce chemin, en sous bois,à proximité de la rivière pendant un moment. C'est très vert, reposant. Je surprend une troupe de chevreuils peureux qui s'enfuient en panique.

ça monte raide, et les pierres sont glissantes. Mais ça se grimpe encore plutôt très bien. Arrivé au hameau, j'ai la possibilité de redescendre vers la ruchère ou de continuer à monter, pour passer le col de Bauvinant. Un coup d'oeil au ciel, au téléphone...

Hm, ça va être short pour être à Bauvinant avant qu'il fasse nuit. C'est à 1650m, entre le grand et le petit Som... Y aura encore de la neige. Bon, seb, t'es joueur ? De toute façon t'es optimiste, et puis c'est plus direct que passer par la ruchère au point où tu te trouve.

Nan, tu vas pas passer par Bauvinant ? Si, puis par la corerie !

Seb, il est joueur. Alors il prend direction Bauvinant.

C'est bien boueux. Puis, à partir de 1100m environ, c'est enneigé. Je commence à me poser un peu plus sérieusement la question "est ce que tu fais pas une connerie là ? OK t'es pas suicidaire, si ça le fait pas, tu rebroussera chemin, mais pourquoi pas prendre tout de suite le bon chemin ?"

Bon, y a pas d'urgence, si je continu à ce rythme, je serais très tôt à Grenoble. J'ai dépassé les 42km et je me sens super bien. Alors si je dois faire demie tour et perdre 2h, c'est pas la fin du monde.

C'est alors que je reçois un SMS d'encouragement qui me fait extrêmement plaisir, et qui contribue à dissiper mes doutes et à me faire repartir de plus belle, avec presque un sentiment d'être accompagné.

Les traces sont nombreuses mais le chemin est de moins en moins damé, les traces de plus en plus éparses, éloignées, fondues et recroutées... Je sors la frontale, et cherche patiemment les passages les plus pratiques. Les 200 derniers mètres de dénivelés sont hardcore à grimper, les pieds s’enfonçant jusqu'au dessus des chevilles.

Au fur et à mesure de la progression, la nuit finie de tomber et les Som font ressentir leur présence tranquille mais imposante, dans un brouillard qui semble épais, là haut au dessus des sapins.

Je le sais, j'ai à ma gauche le grand Som, un "géant" pour la chartreuse, dépassant les 2000m. J'ai abandonné la progression sur la crête le 2 janvier, n'étant pas équipé de crampons, et le faible enneigement empêchant l'usage des raquettes sur la fin. A ma droite, le Petit Som. Je ne connais pas son altitude. Mais les deux comparses se font face et un petit plateau les sépare, traçant un passage nord-sud, le col de Bauvinant. Je me prépare doucement à l'arrivée sur le plateau. J'ai hâte, car ça signifie une redescente qui approche, mais j'ai un peu d'appréhension aussi: je sens que l'air est de plus en plus humide, et au dessus de moi, je devine un épais brouillard. Je me souviens également des premiers mètres de descente vers la Corerie, après le habert de Bauvinant, le 2 janvier. C'était un peu aérien, en raquettes. Là je suis en dynafit féline superlight et en short.

J'en chie grave sur les derniers mètres. Je m'enfonce, la pente est bien plus importante, la neige profonde et moins tassée. Mais je fini par arriver sur le plateau, et ne peut que ressentir fortement à quel point je suis petit et misérable, entouré, pris en étaux même, entre ces deux colosses de pierres.

C'est très impressionnant, car les colosses, j'en distingue à peine quelques bouts de rocher à leur base. le brouillard est épais et m'empêche de voir vaguement à plus de 15m, et distinctement à 3m. Simplement, je sais qu'ils sont là.

C'est maintenant nuit noire, il n'y a semble t-il aucun bruit, et l'imaginaire aimerait partir en cahouette. Mais ce n'est pas le moment de se laisser aller. Je continu à avancer, sur ce plateau qui me semble bien plus long ce soir. Lorsque j’aperçois le habert, je sens un petit relâchement dans les épaules.

Finalement le début de la descente n'est pas aérien ou impressionnant, car suffisamment déneigé, et une fois retourné en sous bois, je reprends le trot et l'usage des bâtons, retrouvant de bonnes sensations mais en ayant toujours la tête à Bauvinant, pendant quelques minutes.

Le refroidissement et la fin pourrite

Arrivé au couvent de la grande chartreuse, je fais une pause ptilus et étude de carte un peu trop longue et sans me recouvrir. Je ne le sens pas, mais je me refroidi profondément. Et comme je décide de prendre la route pour avancer vers les Egaux, et ne pas passer du temps à chercher un chemin que je ne connais pas et qui se trouverait derrière le parking, ça n'arrange pas les choses. Car je marche, mais n'arrive pas à me réchauffer. Je n'en souffre pas fortement, mais une légère hypothermie va doucement s'installer, insidieuse.

Je coupe par un bout de chemin entre la route de St pierre et la Diat, mais finalement, c'est tout de même beaucoup de route pour me diriger vers St Hugues puis les Egaux. J’imaginais retrouver "la piste de ski de fond" aux Egaux, pour remonter jusqu'au col de porte, puis monter au Bachasson, contourner Chamechaude jusqu'au habert, et redescendre au Sappey.

Mais la piste de fond n'existe plus, bien sur, et à la frontale et avec mes vagues souvenirs, je ne trouve pas son tracé, et me résous à me rendre au col de porte en marchant sur la route. Le froid est là, bien installé. Et les pieds commencent à tirer la gueule. Surtout le haut du pied gauche, qui en fait me prévient depuis le départ, quasiment, mais que j'ai ignoré jusque là. Peut être un lacet un peu trop serré et le pied qui a gonflé.

Le froid et la douleur des pieds me font cogiter, et doucement je m'enlise dans une perte de motivation. Plus l'envie de monter au Bachasson. De continuer à faire du dénivelé. Et des kms. Je veux en terminer au plus vite. Au col de porte, c'est déjà une souffrance que de mettre le pied devant l'autre, tranquillement mais sans traîner, pour descendre au Sappey. Au Sappey, c'est clair et net, je ne courais plus. Je sors le jogging et l'enfile sans enlever les chaussures. Ah, ouai, ça fait du bien !

Mais les pieds commencent à brûler. Le dessous des pieds, comme la dernière fois. Putain de bitume ! Je continu, serrant les poings. A Corenc, une révélation me traverse l'esprit. Je m'arrête et change de chaussettes.

Quel con, j'aurais du y penser avant. Lesson learnt. La prochaine fois, mon petit seb, tu utilisera tes paires de rab que t'avais prévues exprès !

La descente de Corenc vers Grenoble est laborieuse, douloureuse. Les derniers kms pour me traîner jusqu'à la gare, un combat, mais je n'aime pas/n'ose pas faire du stop, et ne tente donc pas. Et puis je ne suis pas pressé. Un pas. Devant l'autre. Arrivé à la gare, je m'engouffre deux maxi pains au chocolat et un double expresso, et file me ranger dans un TER.

Tirer un enseignement

Sur la descente de Corenc, dans le TER, et ces derniers jours, j'ai beaucoup tenté d'analyser, de revisualiser cette escapade pour en tirer des leçons, éviter de reproduire les problèmes.

Je pense que j'ai déconné sur le ravito. Pas assez de lipides, c'est sur ! 400g de ptilus, c'était pas assez. Et aussi sur la gestion du froid, notamment avec les pauses. Contrairement à un trail organisé où je n'ai aucun problème à courir à poil dans la neige par -2°, une sortie en solitaire de cette sorte nécessite des pauses orientation. Sortir la carte, l'étudier, projeter, décider, ranger... Ça prend bien plus de temps qu'un arrêt pissouille ou ravito éclair. Et je me suis fait surprendre. Au monastère, au km55, après 9 ou 10h de déplacement environ.

J'ai aussi déconné sur le traitement de mes pieds. Faire la sourde oreille sur une petite gêne, avoir la flemme de changer de chaussettes... Grave erreurs ! A ne pas reproduire.

J'ai expérimenté l'usage des bâtons pour relancer et courir le plat/faux plat montant/petites bosses, et pour courir les descentes, et ça m'a l'air bien efficace. Ca m'évitera de me poser la question "rangement / pas rangement ?" :)

Au final

Un bon entraînement (84km / 3930m D+), riche en enseignements, certes. Mais je retiendrais surtout des endroits charmants: le long du Couzon, la montée au château. Et la montée au col de Bovinant, puis la traversée du plateau, très impressionnantes. Une bonne 40aines de km sur des chemins bien sympa, et tant pis pour le finish merdique et douloureux. L'ego s'en fou, et je n'ai pas réussi à me dégoutter :D (au contraire, les points précédents m'encouragent à recommencer !)

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