Raid trail running en Vanoise - Juillet 2015

Raid trail running en vanoise

Projet de vacances: faire de la montagne en mode roots mais le plus léger possible, et en courant (d'où trail running) plutôt qu'en trek/rando. L'idée c'est de me faire plaisir bien sur, et si ça peut contribuer à mon entraînement pour l'ultratrail, tant mieux.

Je décide d'aller en Vanoise, malgré les règles super strictes du parc national (contrairement aux écrins qui est plus souple), notamment car c'est facile d'accès et qu'il s'y trouve quelques bons 3000m. Et j'ai envie de prendre un peu de hauteur.

J'aime être libre et partir sans itinéraire précis, sans contraintes horaires, etc. Choisir au fur et à mesure, réagir aux imprévus. Laisser de la place à ce qui peut s'offrir sur le chemin.

Je décide donc de me lancer dans le bivouac ultra léger, qui me trotte dans la tête depuis quelques temps: sursac de couchage par dessus ce dernier, et zou belle étoile.

Ultra léger ?

  • sac de couchage (extreme 2°): 600g
  • sursac: 210g
  • veste pluie / coupe vent: 300g
  • sur-pantalon pluie / coupe vent: ~250g
  • serviette microfibre
  • tshirt compressif manches courtes
  • collant + tshirt près du corps manches longues
  • seulement une paire de chaussette de rechange
  • 2.5L d'eau
  • batteries et piles, couverture de survie, 2 téléphones, chargeur
  • piolet (court) et crampons trail 8mm
  • les 5 cartes IGN sur lesquels je vais potentiellement poser la patte
  • Sac typé Alpi 45L
  • 2 sac étanches (fringues/couchage - autre)

Le collant et le tshirt compressif serviront de vêtement de nuit, et d'en cas de besoin. Le tshirt près du corps manche longue en cas de vent/froid, sinon pour la nuit également. Je laverais le calbut et le débardeur à l'occaz', et plus important, ferais un roulement des chaussettes au moins quotidien. L'avantage c'est qu'une paire de chaussette c'est facile à faire sécher, accrochées au sac :-).

45L ça fait beaucoup mais je n'ai pas de 35L, et puis ça laisse de la place pour éviter de faire trop de tétris. L'avantage du sac alpi, c'est que c'est bien droit, ça fait pas mal au dos.

6.5kg au total eau comprise, soit entre 5 et 7kg durant la journée en fonction de la nourriture et de l'eau trimballée.

J1: Bourg saint Maurice - Les Arcs 2000

J'embarque dans un TER, qui après retard, correspondance train, puis correspondance car, m'achemine bien à Bourg saint Maurice pour environ 16h, sous un soleil de plomb. Histoire de fêter ce début de vacances dignement, je m'enfile deux parts de pizza et surtout une bonne pinte avant de me mettre en route.

Il s'agit de quitter la civilisation au plus vite, et si possible (et ce n'est pas bien dur ;-)) commencer par s'échauffer par un peu de dénivelé car avec un départ à 17h, je vais pas aller bien loin. Je vise donc les arcs 2000, qui une fois dépassés, permettent de descendre vers Tignes sur du chemin en évitant les pistes de ski.

Pour le coup, des Arcs 1650 jusqu'aux arcs 2000, c'est bien sur en environnement "sport d'hiver". Entre les larges pistes de ski et les remontées mécaniques, il n'y a pas grand chose pour le randonneur, et ce qui s'apparente à du sentier est réservé aux VTT. J'alterne entre les deux, à cette heure ci il n'y a pas de VTTiste. Mais des marmottes.

De toute façon je vous préviens, j'ai arrêté de prendre des photos, y'en a des caisses des marmottes en Vanoise. Seb l'est blasé d'la marmotte :D

C'est pas bien beau, surtout le col de Frettes qui est en travaux. A ce col, qui permet de basculer sur les Arcs 2000, le jour commence à tomber doucement et je commence à réfléchir où me poser pour la nuit. Ce sera un peu au dessus, sur le chemin qui mène au refuge de la Turia.

Je discute 10mn avec un randonalpineur qui vient de se faire le dôme (départ 3h du mat', rentrage à 20h belle course ! :D) en arrivant sur les arcs2000. C'est motivant.

Je m'installe 10m au dessus du chemin dans un endroit assez peu plat, mais ça suffira. 20mn de bruitage pour les feux d'artifesses de la journée nationale, que j'avais oubliée entre deux siflottages de La mauvaise réputation.

Je profite du coucher du soleil sur les montagnes environnantes, puis d'un ciel totalement dégagé, qui laisse apercevoir une multitude d'étoiles. 2200m pas une lumière artificielle alentour, ça change tout ! Ce n'est pas la première fois que je peux observer un ciel si rempli, mais c'est à chaque fois une telle surprise :-) !

J'aurais du m'avancer un peu plus malgré la tombée de la nuit, car le spot choisi est versant ouest, un peu frais la nuit et le matin.

J2: Les Arcs 2000 - Tignes

C'est donc un réveil un peu frais et je sors le tshirt manche longues, vite rangé quelques décamètres plus loin, sur versant nord ensoleillé en cette heure matinale (7h30). Crème solaire, rerangement de sac, quelques étapes qui auraient pu être évitées donc 15mn après le départ du bivouac. ça y est, je peux envoyer tranquillement. Montée au refuge de la Turia. J'ai dans l'idée de descendre dans la vallée, vers Sainte Foye Tarentaise pour remonter de l'autre côté au lac noir. Il y a de quoi s'amuser à passer un peu de crête hors sentier entre deux chemin marqués, semble t-il d'après la carte.

Mais en arrivant sur le refuge de la Turia, je remarque une moraine (le glacier de la Turia) surplombée d'un col, d'un petit sommet qui semble, de loin, accessible par une peu de crête, et mon imagination débordante m'invite à imaginer une redescente sur le refuge par la crête.

Je décide donc de tenter le sommet, au moins le col, et voir si la crête peut se redescendre. Dré dans le pentu dans la moraine, histoire de s'amuser un peu.

Elle est encore bien humide cette moraine, très instable. Un peu plus haut, le glacier est toujours là, bien que déjà très fondu.

L'ascension en moraine était déjà bien lente et compliquée, la partie glacée va ajouter du piquant.

Quelques crevasses sont contournables.

Jusqu'à que je découvre que le névé, qui dans mon plan, me permettait d'atteindre le col "sans trop galérer", est encore loin et entouré de glace, de crevasses, peu dangereuses mais dont le contournement me prendrait des heures au mieux.

Piolet sorti. Chaussures de trail et piolet: étrange combinaison ?

Je décide donc de redescendre par la moraine, encore plus instable en descente bien entendue. J'y laisse une moitié d'ongle d'un gros orteil, heureusement seulement une partie "qui sert à rien" :)

500m up & down dans une moraine pas sèche: bon entraînement pour l'échappée belle :-)

Au refuge de la Turia, je m'enfile une blanche artisanale, puis reprends la descente au petit trot, avant de remonter tout ce qui a été descendu pour rejoindre le refuge de la martin, où je reste sobre et ne prends qu'un jus de pamplemousse. Y a tellement de refuges en Vanoise qu'il est sage de ne pas se fixer une règle un refuge = une bière ;-)

Je trace droit sur Tignes, pour m'y faire un restau.

Auparavant, petit détour au spar pour chopper un peu de ravito pour le lendemain, et deux bières à déguster au bord du lac.

Pendant la dégustation d'une pizza à la crème fraîche - fromage et 50cl de rouquin, une discussion démarre avec le couple accompagné de leur deux enfants à la table d'à côté. On parle de mon projet, de leurs vacances à Tignes (pas adapté pour les tout petits) puis de trajets, sommets, snowboard, splitboard. Le guy a 20 ans de snowboard dans les pâtes et a choisi le combo mini ski de rando + snowboard plutôt que le split. Moi qui m'y intéressais cet hiver (avec le fail raconté ici même ;-)), ça m'intéresse vachement. Il me serre la patounette en partant, un signe de partage de la même passion qui m’emplit de satisfaction.

Quelques km sur le GR5 qui mène à Val d'Isère, et je m'installe derrière un sapin sur la face est cette fois ci. De nouveau un coucher de soleil très sympa et un ciel magnifique. Je dors mieux, sans un coup de frais de toute la nuit.

Beaux jeux de couleurs avec le soleil qui se couche le soir, et se lève le matin.

j3: Tignes - Refuge du fond des fours

Jusque là, c'était l'échauffement. Distance/D+ raisonnable, terrain peu technique hormis la moraine, bref, rien de bien particulier. Mais un des objectifs c'était de taper un peu de 3000m, du terrain technique, et de taper un peu dans le lard.

Une sentinelle me surveille.

Je prends donc la direction du col de l'Iseran, où m'attend quelques sommets sympathiques, en passant par Val d'Isère, où je fais passer des remontées gastriques acides (sûrement le 1.5L de jus de pamplemousse bu un peu vite) à coup de petit dej croissant/doublé café. Tain c'est riche cette ville, dingue.

Aller zou, GR pour col de l'Iseran, grosso merdo 1000m de D+ sans l'ombre d'un replat.

Les remontées acides finissent par se calmer et j’atteins le col vers 11h sans souffrir mais à rythme cool et petites pauses régulières.

Les choses sérieuses peuvent commencer !

D'abord, l'Aiguille Pers (3387m), en passant par le col Pers puis en suivant la crête. ça monte dans une moraine, mais il y a du sentier tracé, et m'appuyant sur mon piolet dans les parties plus pentues, je progresse très bien malgré le poids du sac. Je dépasse d'ailleurs un randonneur solitaire et un couple, que je ne recroiserais pas. Ca n'a pas l'air simple pour tout le monde.

Alors que j'arrive au sommet, je me fait doubler par un traileur bien frais, Adrien Seguret, qui se fait une bonne bambée mais a lâché Anne-Lise Rousset en route, souffrante du genoux. On discute de leur vision du trail, de quelques parcours du coin... On admire le panorama à 360° offert par ce sommet.

Il repart comme un cabri pendant que je fais une pause un peu plus longue, avant de repartir pour le col de l'Iseran en courant moi aussi. Excellente descente d'ailleurs, ça se cours bien (assez sableux finalement sur le sentier).

Repause bouffe en bas, et c'est reparti à faire chauffer les cuissots. Ou plutôt la soufflerie et la tuyauterie. En plein cagnât à 3000m avec déjà plus de 1400mD+ dans les pâtes, la montée à l'Ouille noire est exigeante. Il faut suivre les maigres traces de sentier ou les cairns, par ci, par là. Au col, je laisse mon sac pour attaquer les derniers 200m en crête le plus légèrement possible, et atteindre le sommet à 3327m sans trop tirer la langue.

Tout comme à l'aiguille Pers, ce sommet offre une vue à 360° excellente. Mais c'est un peu plus nuageux à cette heure ci. Vraiment sympa cette ligne de crête !

Pas le temps de traîner cependant, il s'agit de redescendre un peu et de penser à un endroit où passer la nuit, qui va finir par arriver tôt ou tard. Au lieu de retourner vers le col de l'Iseran, je choisis l'option "dré dans le pentu" hors sentier dans "le pays désert" qui porte bien son nom, en direction de pont de neige.

Lieu où, d'une, j'ai accès à une ou deux ballades à 3000+m, et, de deux, se trouve un abris d'après la carte IGN. Confiant, je me dis que cet abris m'ira bien pour la nuit.

La traversée du pays désert prend un peu de temps, il faut négocier la trajectoire même si ce n'est pas de la pente effroyable.

A pont de neige, je retourne chaque bosse, chaque recoin: pas de trace d'un abris. C'est très minéral autour, et les parties "vertes" sont en dévers fort et en bord de route.

Merde.

Bonneval à quelques km, mais qu'irais je y foutre ?

Refuge après avoir passé le col des fours, un point de départ balade 3000+m que j'avais repéré. Bon, je vais filer au refuge, là bas y aura forcément de l'eau, un peu de verdure, un endroit "couchable". J'ai plus grand chose à manger aussi, ça serait bien que je n'arrive pas trop tard.

Col annoncé à 1h50. Refuge annoncé à 45mn après le col. J'ai mis les gaz: je mets 1h pour le tout. Pourtant, ce n'est pas une promenade. ça monte fort, sur les derniers décamètres, c'est du sentier non aménagé à travers l'ardoise et des restes de névés.

Au col, je suis défoncé. 45mn pour descendre ?

Tu déconne ? Je fais attention à ne pas me blesser, mais j’envoie la purée. Je me fais grave plaisir dans ce petit single légèrement technique et parfois très pentu. 10mn.

Au refuge, je suis high. Genre comme ça:

J'ai bien donné aujourd'hui, je décide de prendre une place en dortoir et repas. Bien m'en a pris, pour le repas tout du moins. Travers de porc et petits légumes, tout simplement excellent. La pinte de leffe aide à redescendre sur terre tranquillement. Et j'ai une dalle monstrueuse !

Le refuge du fond des fours, ça c'est du bon, du roots. Douche froide vue l'heure d'arrivée, bon repas, un matelas, je suis refais. Et je discute un peu avec l'aide gardienne qui est sympa tout plein avant d'aller roupiller parmi les groupes de randonneurs et familles.

J4: Refuge du fond des fours - Cabane forestière, Termignon

Après quelques échanges avec les groupes de randonneurs sur nos parcours respectifs, je mets les gaz pour le col de la Rocheure. Désertique à souhait, sur le sentier et les cairns rappellent la présence humaine au travers de ces blocs de pierres et névés.

J'avais imaginé tenter la pointe Méant Martin, mais je m’aperçois au lac de la Rocheure que j'ai dépassé le chemin pour montrer sur la crête, et j'aime pas faire demie tour. Je décide de faire la crête en face, qui va dans le sens de la suite de la balade de la journée: GR5 sur le plateau, avec refuge de la Femma sur la route.

Je fais donc environ 2km de crête d'ardoise, avec de bonnes petites bosses qui me mènent finalement à environ 3100m, au dessus d'un petit lac et de ruisseau qui redescendent vers le refuge de la Femma. c'est rude.

Très sympa en tout cas la crête elle même, tout en ardoise. ça se fait surtout à vue, même si quelques traces et quelques cairns existent.

Je descends donc prudemment dré dans le pentu, et me trouve une trajectoire pour regagner le GR en passant quelques barres rocheuses, qui ne sont pas bien compliquées par rapport à la forte pente d'ardoise qui s'effrite, et des alpages fort colorés. ça donne envie de faire une sieste !

Ma trajectoire me fais reprendre le GR juste derrière le refuge. Pas de demie tour: pas de bière. Bon, avançons, mon plan est de rejoindre Termignon pour me ravitailler. Et les nuages sombres qui commencent à s’agglutiner sur le coin ne m'inspirent pas confiance. Une petite pluie commence à tomber. Termignon ? refuge ? Refuge ? Termignon ?

Je reste résolu à rejoindre Termignon, il est tôt (14h) et je ne vais pas passer toutes mes nuits en refuges, et puis rien n'assure que ça va continuer longtemps. L'orage est loin.

Mais un peu plus tard, un peu plus bas, ça se remet à pleuvoir, et bien. 1800m d'altitude, alors que je descends à 1300m, et je n'ai aucun plan de bataille pour le dodow. Je me vois déjà galérer à chercher un endroit abrité par du rocher ou du de la végétation très feuillue, à faire un peu de bricolage/cabane pour la tête, en dormant sous la pluie.

Mais au détour du chemin, je croise une cabane forestière. Il y a une cheminée, un paquet de pasta, des allumettes. Une table, des bancs.

Je ne sais pas si je vais rester là, mais mon plan ravito Termignon est mis en suspend. Mission bois, feux, cuisson de pasta. La cheminée tire mal, voire pas, je m'enfume la gueule et me fais une plâtrée de pasta cuites trop longtemps dans une eau pas assez chaude, le tout sans assaisonnement. Comme tu t'imagine, c'est dégueu. Mais ça fait du bien de bouffer.

Il pleut toujours autant, et petit à petit la décision de rester la nuit ici se fait de plus en plus certaine. Il y a des tentes stockées dans un coin. J'en déroule une pour amortir un peu au dessus de la dalle de béton, et m'allonge dans mon sac de couchage. A 20h au dodow !

J5: Cabane forestière, Termignon - Refuge de l'Orgere

Descente effective à Termignon pour le ravitaillement à la boulangerie, pour la journée et le petit déjeuner. Une fois rassasié, j’envoie du pâté sur 1000mD+ d'une traite, pour récupérer le GR55 sur les hauteurs de Modane. C'est blindé de randotouristes et de randonneurs. C'est pas le coin le plus sympa pourtant, c'est assez haut mais c'est simplement une vue sur la vallée Val Cenis - Modane, et seuls quelques gypaètes barbus mettent un peu de piment.

J'ai droit à mes moments de solitude "c'est quoi ce martien" en dépassant les nombreux usagers du GR, notamment en traversant un long pierrier en courant, piolet dans le dos. Les randonneurs que j'ai croisé avant, notamment au fond du fours, comprenaient un peu mieux la notion de raid sportif.

Puis s’enchaînent les refuges, en remontant un peu au nord. 4 refuges en l'espace d'une heure, même pas. La pinte au premier suffira. J'attaque le col de la Masse sous une atmosphère lourde, avec chaleur mais alternance soleil / gros nuages noirs. Je sais que ça va péter, la question est quand. Et où, pour la foudre (parce que bon la pluie à la limite on s'en fou).

J'ai prévu de tenter le râteau d'Aussois, qui a voisine 3100m d'altitude il me semble, et est accessible facilement du col de la masse. C'est simplement un gros tas de gros et moins gros cailloux à escalader à vue. C'est bien pourri. J'approche du sommet quand un roulement de tonnerre me fait dresser l'oreille. Putain ça se déclenche, maintenant. Où ? Sur moi, pratiquement, et derrière, le sommet de l'autre côté du col.

J'abandonne l'ascension et me met à descendre. Le grondement se refait entendre, soudain, et très fort. Je me prends une grosse piquouse d'adrénaline, et me met à dévaler comme je peux les rochers. C'est pas académique, mais je ne vois pas comment faire plus rapide sans prendre des risques. Et comme c'est descente à vue, c'est pas pratique... Au col, je récupère le sac que j'avais laissé pour l’ascension, ré-attache le piolet derrière, que j'avais pris à la main.

Là, la foudre tombe, à vue de nez à 1km de moi à tout casser, sur le sommet en face. La question "est ce que je laisse le piolet ici" me traverse l'esprit alors que parallèlement j’entame un sprint sur la descente. Je me laisser quelques dizaines de secondes ou quelques minutes pour décider du sort du piolet, d'abord commencer à descendre en altitude. 2900m, ça craint.

La foudre ne retombe pas et les grondements, s'ils sont très fort, impressionnants renforcés par l’écho dans ce col resserré, sont assez peu fréquents, je décide donc de garder le piolet pour le moment. Priorité perdre de l'altitude et rejoindre de la végétation.

Pas facile, certains passages sont techniques: gros blocs de pierre, reste de névé, coupe dans le pierrier... Une glissade en escalade de gros rocher envoi le genoux contre la roche, mais sous l'adrénaline, c'est comme s'il ne s'était rien passé. Il se met à pleuvoir, à grêler même, et les pierres deviennent bien glissantes.

Mais je finis par arriver dans un espace moins confiné, moins minéral, et sous une pluie plus forte je suis rassuré sur le risque d’événements électriques.

1h pour dévaler 1000mD- technique ou sous la pluie, incluant 150m de cailloux du râteaux. J'avais vraiment la foudre au cul :D

Du coup, la décision est sans appel: demie pension au refuge de l'Orgere, à 20mn. Limite hôtel ce refuge, à la porte du parc national, avec électricité et tout le toutim. Mais bonne bouffe bonne franquette, à une table de grand parents qui emmènent leur petit fils de 15 ans dans sa première expérience montagne avec qui je discute bien.

Pas de chartreuse ou de genep' pour digérer le pichet de 50cl de blanc sur les crozets rôti de porc, tristesse. Seul à picoler, dernier à finir de bouffer en finissant tous les plats, qu'est ce qu'ils sont sobres les autres :D

Soirée animation autours "du pastoralisme", avec projections de films très à charge contre le loup suivi d'un mini débat dans lequel j'ai pas envie de trop m'investir, parce que ça me parait pas super l'endroit et le moment pour partir sur des sujets politique et choix de vie (tu t'en doutes certainement cher lecteur, je suis pro loup !) alors que la soirée à en fait réellement tournée sur "comment réagir face à un patou". Je reste poser quelques questions à l'animateur, accompagnateur en moyenne montagne, avant d'aller retrouver Morphée.

Refuge de l'Orgere - Gare SNCF de Moutiers

Je profite du petit dej à fond. ça fait un moment que j'ai pas mangé comme ça un matin. ça tombe bien, j'ai prévu d'envoyer du pâté aujourd'hui. Objectif: passer quelques cols histoires de voir du pays et de faire du D+, mais assez tôt pour être en lieux sur pour la soirée. Jvais pas faire du refuge tous les jours !

Direction col de Chavières, en pleine forme. Mains sur les cuisses, ça monte bien. J'ai mal sous le pied droit, une cloque de 3cm sur 1.5cm dont j'ai retiré la peau, mais pour le reste, tous les compteurs sont au vert, et ça pousse. Je me surprends même à relancer en faux plat, et à bien courir en descente, alors qu'au départ je pensais éviter de défoncer mon pied cloqué.

Au col de Chavières, la crête à main droite me fais envie, je commence à l'emprunter. Mais c'est pas évident. Je laisse le sac. Un peu plus loin je fais demie tour: c'est sableux, ça s'effrite, trop instable. ça ne vaut pas le coup, un mauvais pas est vite arrivé.

Petite discussion avec des spécialistes du GR55, qui le font bout par bout 2 semaines chaque été, alors que l'on arrive dans un champs de cairns.

C'est à peut prêt à ce moment que je me dis que je ferais pas bien plus, état des pieds et envie de récup oblige. J'avais envie de continuer malgré la grosse cloque, et j'ai décidé de rempiler pour ~60km,

Engagé Baleine, bouffes moi ce beignet, digères le et chies moi une belle médaille en chocolat pour engagé Guignol et sa cloque de tafiole

Mais maintenant que j'en ai fait ~20 dans des endroits bien sauvages, et que mon pied commence à brûler un peu, je pense un peu plus aux BBQ et à rentrer sans me faire trop mal. J'ai adoré jusque là, pas question de rajouter du jour galère.

Un raid sans partie nocturne c'est un raid de tafiole. Ramasses ton sac et t'arrêtes plus jusqu'à la gare sncf de moutiers ou je te coupe les couilles avec ton piolet et je te les sert en hamburger entre deux tucs au prochain ravito !

Voilà, je finis d'une traite, c'est décidé.

Je bifurque par la suite pour quitter le GR et partir plus à l'ouest, dans un coin encore plus sauvage: le col de souffre. Avant d'attaquer le col, un refuge, et je me tatte pour la bière. 11h30, il serait presque l'heure de faire le plein. Mais nuages noirs en vue, et présence d'un autre refuge plus loin m'invitent à continuer.

Arrivé devant le lac blanc, le col de souffre semble bien joli et accueillant. C'est qu'on ne voit pas le col, finalement. On ne se doute pas ce que l'on va trouver derrière. Et bien c'est particulier.

Désertique, composé de moraine sur des roches très différentes (ardoise, du plus terreux ocre, et de tuffs blanche), avec un grand glacier à main gauche.

Une horde de chamois me suivent à distance alors que je traverse seul cet univers lunaire. Les nuages gris qui s'évertuent à me suivre y rajoutent au tableau.

La redescente vers le refuge est plus colorée, même si la météo reste bien incertaine.

Au refuge, je m'installe un long moment. La gardienne est super sympa, ses jeunes aides me concoctent une salade patates diots que j’arrose du traditionnel 50cl de rouquin, et nous discutons de mon parcours, de la météo, des règles du parc, des touristes...

Le dessert, tarte aux myrtilles maison bien bombée, sera accompagnée de Genep' et d'un autre alcool à base d'armoise, assez similaire et bien artisanal.

Avec tout ce carburant, je vais pouvoir aller au bout !

Mais pas bien vite. De toute façon, il vaut mieux: je ne suis vraiment pas loin de Moutiers après tout, et si j'arrive trop tôt, que ferais je ? La gare n'ouvre pas avant 5h, au mieux. Je peux prendre mon temps. La descente à méribel-les-allues est tout de même pas super agréable. Je remonte sur de la piste de ski, et d'un coup il se met à pleuvoir. Je sors la veste, mais pas le sur-pantalon. Il grêle. En un instant je suis trempé pour ce qui est du bas. Et les grêlons me frittent la tronche à travers la veste.

15mn plus tard, plus rien, mais moi je ne peux pas rester comme ça toute la nuit. Un restau est ouvert, je m'y engouffre. D'ailleurs je vais avoir envie de ravito, ça tombe bien. Il est juste un peu tôt, alors je me change et prends un double expresso en discutant avec la patronne, en attendant un horaire plus décent pour m'enfiler une fondue savoyarde et charcuterie avec une bonne pinte.

Collant, sur-pantalon, Tshirt compressif + tshirt près du corps manches longues + veste de pluie et frontale, je suis paré à affronter de nouvelles averses et reprends la route à la tombée de la nuit. Mais rien ne tombera, et à part quelques passages venteux à 2000-2300m, ça sera plutôt sauna intérieur que protection contre les intempéries.

Je remonte donc finalement jusqu'à 2400m, avec des petits bouts de crêtes qui m'inspirent pas grande confiance de nuit et la fatigue commençant à s'installer, je préfère donc la piste de 4x4/ski un moment, jusqu'à que le chemin en ligne de crête soit herbeux et que je m'y sente donc à l'aise.

Puis la fatigue s'installe réellement, ainsi que le mal aux pieds. Ils ont pas étés gâtés avec l'averse, plus de chaussettes propres et sèches. Une descente de 1400m D- commence à s'opérer dans la douleur et des moments de somnolence. C'est con, mais cette fatigue rejailli aussi en crainte. Je scrute autour de moi, éclaire avec la frontale, suis aux aguets. D'autant plus qu'à un moment, un animal pousse de grands cris de dissuasion, pendant un long moment. Un renard ou un lynx, je pense. Particulier comme cris, en tout cas. J'ai beau savoir que le prédateur, s'il devait y en avoir un, ici, ce serait moi, j'ai des épisodes de mise aux aguets automatiques.

Les 15 derniers km sont affreux. Je lutte pour mettre un pas devant l'autre, j'ai envie de dormir. Mais surtout, j'ai mal aux pieds. A chaque pas. J'arrive finalement vers 5h du mat' et rentre sur Lyon en fin de matinée, avec des images plein la tête. Je ne regrette pas d'avoir forcé un peu sur le retour, je n'aurais pas profité d'un tel retour en journée sur ce parcours. Après les passages sauvages et haute montagne, le retour est creux, gonflant. C'était bien de tirer de nuit. La prochaine fois, prévoir la 3eme paire de chaussette "urgence", par contre.

Le parcours - Les chiffres

Problème de GPS, il manque les deux premiers jours, alors j'ai tracé comme un porcinet sur Openrunner, et ça donne un truc comme ça: Trace sur strava

En réalité mon foretrex m'annonçait 195km et 12000m de dénivelé.

Principaux cols et sommets

  • col de l'Iseran
  • Aiguille Pers
  • Ouille noire
  • Col des fours
  • Col de la rocheure
  • Col de la masse / Rateau d'aussois
  • Col chavières
  • Col souffre

Je recommande particulièrement

  • Aiguille Pers / Ouille noire
  • Refuge du fond des fours et alentours
  • Col souffre
  • Refuge du saut (après le col souffre)

  • Lac Blanc

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