Belle étoile à 2550m en octobre dans Belledonne (imprévue)

ça fait bien longtemps que je ne me suis pas dégourdi les patounettes et les rétines en altitude, quand je prévois, un peu avant la mi-octobre, une grosse sortie en solo. Je trace un parcours lors de pauses au boulot, et pris de délires gargantuesques du D+ et de la difficulté, j'incorpore du col, de la traversée d’arêtes, du sommet sans chemin tracé... Bref, un parcours bien bouquetin et pour le moins vraiment très ambitieux à réaliser en trois jours, dans le massif de Belledonne, dans une sorte de "raid rando-course".

Comme d'habitude je ne suivrai pas le plan, qui de toute façon, était infaisable avec tant de temps à passer dans les transports en commun, à l'aller comme au retour.

Mais ce qui a totalement changé le cours des choses, c'est le passage d'un simple col. Enfin, simple...

J'avais repéré une trace sur OpenStreetMap pour rejoindre le lac Blanc depuis le col du Loup, par le col des Lances. Une recherche sur Internet m'avait conforté l'idée d'emprunter cet itinéraire, qui si peu pratiquée semblait abordable, avec un ou deux topos présentant l'ascension comme comportant quelques pas de II, cotation R4 maximum, et une descente très raide mais sans complexité (R2).

Elancé de Lancey (rejoint en TER de Lyon via Grenoble), j'arrive au col du loup vers 18h et continue sur ma lancée en grimpant lentement et avec prudence les 250m de dénivelé qui séparent le sentier col du Loup - col de la Sitre et le col des Lances. Quelques cairns donnent quelques conseils et le verrou qui nécessite quelques pas d'escalade facile est vite passé, non sans avoir franchi un petit passage bien glacé...

Malgré les sacs assez lourds (~8/9kg au total peut être), cette ascension se déroule sans accros et après les 2500m de dénivelé d’ascension depuis le départ, rien ne vient assombrir le déroulement de ce raid. Ah si, le soleil qui part se cacher, doucement, mais sûrement.

Jusqu'à aborder la descente de ce col vers le lac Blanc. Et là, de suite, c'est plus compliqué. La trace GPX confirme les informations lues sur le topo, il faudrait plutôt partir sur la gauche... Mais un semblant de sentier tente une traversée en dévers sur la droite, direction sous la grande lance de Domène. Essayons. Car droit devant, c'est une pente monstrueuse, qui semble bien peu engageante. Déjà, ce dévers n'est pas des plus débonnaires. Les cailloux et la terre sablée roule sous les pieds, dans la forte pente, et le poids sur le dos n'aide pas à l'engagement.

Mais un peu plus loin, plus de traces, et même topo que quelques mètres auparavant: ça déroule bien sec là dessous !

Le terrain est complètement défoncé, un mélange d’éboulis de mauvaise roche et de terre sableuse, dont on sent que la stabilité est proche du néant et que les précipitations y font un beau travail de ravinement. (note: après comparaison avec une ou deux photos retrouvées sur des topos au retour, il semble que le terrain ait souffert depuis le passage des randonneurs ayant créé les topos et traces sur OpenStreetMap / CampToCamp).

Je tente un tout droit dans la pente, alors qu'à cet endroit, des couloirs étroits me rassurent quant à la possibilité d'agripper des prises et de descendre doucement, sans lâcher prise. La luminosité baisse soudain très rapidement, et j'ai tôt fait de sortir la frontale. Je n'ai pas le temps de me rendre compte du temps qui passe, il fait déjà bien nuit lorsque je scrute d'un œil peu confiant le bas du couloir dans lequel je me suis engagé. Je n'ai descendu que quelques mètres, une vingtaine, peut être. Mais en bas, le faisceau de ma frontale s'arrête net et je devine alors la présence d'une petite barre rocheuse.

Hors de question d'aller voir, quand bien même il y aurait des prises faciles, je ne suis pas dans une salle de bloc, et ma position est déjà plus qu'inconfortable: pas la peine de l'aggraver. La roche est vraiment pourrie et tout dévale dans le couloir. Seul et avec mes sacs, j'ai certes une réticence à m'engager qui ne facilite pas les choses, mais la faute n'est pas une option.

Je décide de remonter, investiguer plus à main gauche, sous la petite Lance de Domène. Mais ce n'est pas mieux. Je remonte et remonte, ce qui est plus aisé, et finalement, décide de retourner au col pour y passer la nuit. J'y serai en sécurité, même si cette belle étoile a de bonnes chances de ne pas rester dans les annales des plaisirs du confort.

Col des Lances, 2550m. Pas un brin d'herbe. Du rocher et du cailloux. Pris entre la petite Lance de Domène, et sa grande sœur, qui laisse échapper des morceaux de roche toutes les heures ou deux, qui provoquent un bruit impressionnant grâce à l’écho en s'explosant en dévalant en rouler-bouler sur la moraine.

Heureusement, une petite surface presque plane de petits cailloux et de terre sableuse, en haut du col, à l'abri de tout projectiles et loin de toute pentes, me permet de m'installer. Quelques coups de pieds au sol pour aplanir et débarrasser le terrain des plus gros cailloux, un jogging par terre en guise de matelas, mon sac de couchage dans le sursac: me voilà installé.

Je tente quelques shoot de nuit, malgré le froid qui m'ordonne de rester dans le sac de couchage. D'ailleurs, l'eau gèle dans le camelbag, je décide donc qu'il dorme avec moi, pour pouvoir boire les quelques cl d'eau restant. Pas de feu, pas d'eau, pour ce bivouac.

L'eau gèle dans le camelbag, mais pas l'absinthe dans la flasque. Proverbe viking. C'est déjà ça ;-)

Je n'ai plus qu'à profiter du calme de la nuit, des étoiles et des nuages qui jouent ensemble, et du tintamarre occasionnel de la grande Lance de Domène qui se pète la gueule, blocs par blocs.

Au réveil, j'ai la surprise de constater qu'une pellicule de glace s'est formée entre le sac de couchage et le sursac. La condensation qui a été piégée. Avec les -6° annoncés à 2100m, ça a dû être frais cette nuit. J'enfile bien vite mon pantalon de pluie / coupe vent, car une brise légère mais très froide tente de me transformer en glaçon. Pas de rajout de couches pour le haut: j'ai dormi avec tout ce que j'avais, doudoune et coupe vent compris.

Une tentative de descente vers le lac Blanc se solde de nouveau par un échec. Une grosse pierre, chassée par mon pas, commence à rouler doucement, puis se met à dévaler la pente, pour finir explosée en mille morceaux 300m plus bas. Ouai, bon, je préfère le R4, en fait.

Machine arrière, désescalade des pas de II sans aucune difficulté, repassage du ruisseau gelé, reprise du sentier pour le col de la Sitre. Le col des Lances, ce sera une autre fois.

Bien entendu, mon tracé n'est pas envisageable du tout. Je devais repartir d'Allevard, je vais changer tout ça. Après un bivouac sans avoir pu m'alimenter correctement et sans eau, les délires gargantuesques en terme de km/d+ ont disparus. Maintenant, je suis une feignasse, qui veut manger, et se réchauffer auprès d'un bon feu.

J'opte alors pour rejoindre le habert des Jarlons - que j'avais prévu d'incorporer à mon plan de week-end de 5j avec Eléna, pour en faire la reconnaissance - en passant par le sentier en balcon vers Pré Marcel, chemin que je ne connaissais pas car il était interdit au public depuis un éboulement en 2014. Visiblement la réfection a bien été terminée et ce chemin est maintenant de nouveau sûr. L'occasion de trottiner un peu après avoir suivi de la sente de chamois (et une harde d'une dizaine de tête) et descendu hors sentier dans un pierrier du côté du col de la Sitre.

Au habert des Jarlons, je fais le plein d'eau et grille des merguez sur le poêle avec une grille à BBQ, mais malheureusement, je ne peux me préparer une soupe et/ou un thé: il n'y a pas de gamelles. Un nouvel élan de curiosité, alors que je quitte le habert pour le lac de Crop, m’amène à suivre une sorte de "chemin" visiblement taillé par l'Homme: des buissons sont tranchés nets à la base et jetés sur le côté. Et zou, encore un peu de hors sentier dans un pierrier pour rejoindre le bon chemin !

Dans les nuages à partir de 1800m, je ne verrai rien du lac de Crop, ni d'à plus de 15m lors de l'ascension du col de la Mine de Fer. La fin de programme est toute tracée: ce sera un nouveau passage devant Jean Collet, au col de la Sitre, pour aller m'abriter au habert des Sabottes, qui me fournira un accueil chaleureux avec son poêle à bois et son matelas à l'étage.

Je me plante au passage sur une bifurcation et me retrouve sur la Pointe de la Sitre, ou je dérange un chamois. Les chamois fréquentent beaucoup cet endroit. Ils aiment traverser de sous la Pointe de la Sitre à sous le rocher Boulon. J'en ai croisé deux autres dans l'ascension, et avait pu observer une belle harde cet hiver, déjà.

Le détour n'est pas bien long, et j'arrive entre chien et loup, fatigué, dans ce lieux très sympathique qui m’accueille pour une bonne nuit. Le feu est difficile à allumer dans le poêle très froid, et je dois oublier mon côté économe pour réussir à grand coup d'enflammage de journal. Seul point noir au tableau: l'arrivée d'eau au bachal a été coupée pour éviter l'éclatement des tuyaux par le gel. Pas d'eau pour la soirée, la nuit, et repartir le lendemain. Le retour à Lancey et donc tracé au plus vite, par la combe et un peu de départementale.

Normalement, ça devrait être la dernière belle étoile de l'année (Mais bon, comme elle n'était pas prévue... qui sait ? :-D)

  • La luminosité baisse en approche du col du Loup

  • Pointe de la Sitre depuis le col du Loup

  • Verrou glacé dans l'ascension du col des Lances

  • Il faut traverser, conseille le cairn

  • ça semble si plat... et ça ne l'est tellement pas !

  • Le lac Blanc vu du col des Lances

  • La descente peu engageante

  • Coucher de soleil automnal

  • Matelas Belledonnien

  • The place to be pour un bivouac ?

  • Mer de nuages de nuit

  • Elle est pas belle, ma belle étoile ?

  • Même avec pas mal de nuages, les étoiles ne manquent pas

  • On a pas d'eau, mais on est pas des quand même !

  • Je transpire fort la nuit, hein ?

  • Certains sont moins prudents que moi

  • Et se retrouvent sur le poêle

  • Verdure automnale

  • Grisaille automnale

  • Y avait comme un début d'effort Et puis non en fait

  • Il est pas mignon ce bachal ?

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