Rendre visite aux grands parents - Traversée du Morvan

9h23, peu de temps après avoir quitté Autun, aux portes du parc naturel régional du Morvan. Je repense au fil de discussion sur l'UTMB sur kikourou, où j'ai disséminé quelques phrases provocantes, n'ayant pour ma part aucun goût pour la grande messe et le diplôme que tout bon pédestre efficace se doit de conquérir. A une réponse de Peky, particulièrement.

Comme quoi, le voyage ou la destination;

J'aime voyager. Je choisis bien sur souvent mes destinations. Il est des terrains, des endroits, qui m'attirent plus que d'autres. Mais plus que tout, j'aime découvrir et laisser libre cours à ce qui peut (et non doit !) arriver. Rien n'est tracé d'avance, et si je m'attelle régulièrement à tracer, moi même, des parcours, rien ne se passe jamais comme prévu.

Je n'ai rien lu d'autre que cette citation de ce monsieur, Robert Louis Stevenson, mais elle me parle assez.

Je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L'important est de bouger, d'éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants.

Sauf que j'ai pris l'habitude, depuis bien longtemps, d'utiliser mes cannes à fin utiles. Me rendre quelque part.

Allier le but utilitaire et le plaisir de voyager, voilà ce qui m’amène à me retrouver à traverser le Morvan, le 19 janvier, en pleine vague de "grand froid" (qui n'est, qu'on se le rappelle, que tout à fait commun - ON (homo râlitus) se plaint du manque de neige en station de ski, mais on se fait vite aux hivers doux !).

Je vais rendre visite à mes grands parents (qui vivent à Auxerre).

Le Morvan n'est certainement pas le lieux de prédilection de mes pratiques sportives, mais c'est l'occasion de redécouvrir ce massif, c'est l'occasion de faire une longue balade, tout en utilisant le moyen de transport le plus simple du monde: soit même.

C'est la seconde fois que je me lance dans ce parcours. Je l'ai déjà tenté l'année passée, mais m'étais blessé au 35eme km. J'avais alors continué tant bien que mal, trouvant une parade pour soulager le pied avec une pomme de pin placée sous le talon, avant d'abdiquer proche du lac des Settons, où un superkikou m'avait porté secours :-).

Décider de retenter peut paraître débile, ou la preuve d'un entêtement, mais je sens que je devrais pouvoir faire une balade dans ce coin dans de meilleures conditions. Correction de quelques détails du tracé, du matériel (je partirai cette fois très léger, "en mode ultratrail" alors que l'année dernière, je portais des affaires de rechange, chaussures comprises, etc)...

Le parcours envisagé est de 200km, pour relier Autun à Auxerre, en empruntant globalement les GR 131 et 13, avec quelques variantes pour couper.

Le Morvan est déserté, le premier vrai point de ravitaillement pressenti est Vezelay au km 150.

Mon téléphone meurt (dans d’atroces souffrances) une semaine avant de partir. J'en ai besoin pour la cartographie en cas de potentiels problèmes... Je reçois un nouveau smartphone la veille de partir, et installe cartes et parcours à la hâte. Même la montre GPS fait un coup de théâtre en faisant mine de refuser de marcher.

Il a copieusement neigé sur le Morvan et la "vague de grand froid" va lui permettre de tenir.

-5 à -16° ressentis annoncés selon l'horaire et l'endroit. Chouette...

La date était convenu. Je prendrais les contraintes et les difficultés comme elles viennent.

Jeudi matin, 5h du matin: je prends un métro, un train puis un bus pour Autun. Mon sac de 10L est bien rempli d'un pantalon de pluie, d'une doudoune, et de biscuit. J'en ai pour plus de 4000kcal de twix, shortbreads, et quelques autres trucs à grignoter. Seulement 1L d'eau en deux flasques complète l'alimentation et je porte déjà sur moi la majeure partie de mes couches de vêtements: 1 TS près du corps manche longues, une micropolaire, un tshirt manches longues coupe vent, une doudoune légère, et un coupe vent.

Je prends un café à Autun et rempli les flasques dans le bar. Je me suis renversé un peu d'eau sur le coupe vent. 40s après être sorti dans la rue, l'eau a gelée. Le ton est donné.

Je me débarrasse pourtant vite de la doudoune et du coupe vent et entame ma traversée du Morvan en 3 couches, en relevant parfois les manches. Au soleil, c'est agréable. A l'ombre, c'est plus frais, mais il ne fait pas froid pour autant, en restant en mouvement.

Je reconnais le tracé, déjà emprunté à la même période un an plus tôt. Il y a simplement plus de neige. dans un bled traversé, au bout de 10km à peine, la rivière est gelée. OK, il fait froid... Et ça ne va pas aller en s’arrangeant :D Mais pour le moment, tout va bien pour moi. Je fais simplement attention à aller doucement, très doucement, car il s'agit de ne pas se cramer. Surtout, aucun risque, car passer la nuit par des températures en deçà de -10° va nécessiter de l'énergie.

Je rate le GR menant au mont Beuvray et me retrouve à continuer sur la route, non déneigée. Tant mieux, ce sera plus simple. Les endroits ensoleillés appellent à la pause, mais je décide d'avancer, tant que je roule bien.

Je reprends le GR en descente, cette fois ci, la poudreuse a été très peu foulée. Plus loin, elle ne l'a pas été des masses non plus, et le faux plat ou les montées font descendre le rythme. Il devient difficile d'avancer, entre le mont Beuvray et le Haut Follin.

Je décide néanmoins de continuer tant que possible, sans faire de pause, en gardant le meilleur rythme qui ne m'épuise pas. J'aimerai passer un point sensible avant qu'il fasse nuit, ou même que le jour baisse.

Je voulais de la neige pour pimenter un peu la sortie, je suis servi, au Haut Follin. Les parties routes ou pistes raquettes sont épuisantes, mais quand je rebascule en descente sur des chemins empruntés par des quads, je peux relancer et trottiner d'un bon pas !

Je passe le point délicat, 200m de hors sentier en plein bois assez touffu (une coupe pour rejoindre le GR et éviter un grand détour inutile), sans difficulté. Un coup d’œil à ma montre: 50km, 17h, et la nuit va bientôt tomber !

Sorti du bois, c'est mission "mode nuit" en urgence. La température a baissé de manière spectaculaire. Et Je dois commencer à ressentir de la fatigue. La pause est de courte durée cependant, il n'est pas question de rester immobile, malgré le pantalon coupe-vent et les deux doudounes revêtues.

C'est parti pour une longue nuit. 14h d'obscurité. J'étais déjà seul - je n'ai croisé pour ainsi dire personne de la journée - cette fois ci, je suis assuré de ne pas être dérangé dans mes pensées vagabondes.

Les mont Beuvray et Haut Follin étaient les deux points haut du parcours. S’enchaînent maintenant d'innombrables km de chemins d'exploitation forestière, parfois coupés par une route ou un ruisseau à moitié glacé.

Un peu de fatigue et de lassitude s'impriment et mon rythme baisse un moment. J'appelle alors Roxy, qui me réveille et me redonne du punch ! Je relance alors doucement la machine, alternant marche rapide et petit trot.

Je ne vois rien du lac des Settons. 80km. Je n'ai encore fait aucune pause - si ce n'est pour enfiler des vêtements et prendre une photo rapidement - et je m'applique à manger régulièrement en marchant: je ne suis pas prêt d'en faire une...

J'expérimente en effet qu'il est possible de courir avec 6 couches, dont 2 de duvet d'oie, sans crever de chaud.

Entre 1h et 7h, je n'avance plus. Pourtant, je tente régulièrement de trotter, que ce soit "parce que c'est roulane" ou parce que j'en ai besoin pour me réchauffer.

Je bois très peu. D'une part car je fais un peu attention à économiser, mais d'autre part, car je n'ai pas soif, et que l'eau froide est désagréable. J'ai l'impression de l'évacuer tout de suite. Je dois porter une flasque dans le collant, car l'eau gèle sinon. Deux ruisseaux me fournissent un peu de ravitaillement, mais je ne boirai que 1.6L d'eau en 26h30... !

Je ressens le besoin de faire une, puis deux pauses, assis sur un tronc d'arbre. Le refroidissement est très rapide. Le redémarrage, un "sprint" à 8km/h en montée... qui ne me réchauffera qu'au bout de 5 ou 6 longues minutes.

Ce n'est pas problématique, j'ai une certaine habitude de ce genre d'état. Mais je commence à calculer qu'aller jusqu'à Auxerre ne sera pas possible sans envisager une seconde nuit, ce que je ne veux pas. Je décide alors d'aller jusqu'à Vezelay.

Les pieds deviennent douloureux. Ils sont mouillés depuis 18h, 80km environ... Je change de chaussette dans un village, alors que la neige se fait plus rare. Mais les pieds sont déjà bien crevassés, frippés.

J'avance de moins en moins. Pourtant, les jambes se délient lorsque le soleil se lève. Comme si un étaux, qui les pressait, se relâchait. Mais à l'inverse, la plante des pieds est de plus en plus douloureuse.

La descente vers Domecy, où je croiserais certainement Bacchus, est une souffrance dont je me serai bien passé, mais il suffit d'être patient.

Là bas, Bacchus m'attend en effet, et je lui apprends que je le lâche pour la sortie trail d'accompagnement: j'arrêterais à Vezelay, et je ne vais pas y aller bien vite. Mais il n'y a pas de train à Vezelay (j'avais confondu), je profite donc de sa proposition de me ramener à Avalon... Comme l'année dernière ! Merci JB !

Les conditions étaient difficiles mais le soleil particulièrement présent, je me suis bien éclaté. Malgré que je n'ai pas terminé le parcours intégral qui était envisagé, je suis bien satisfait d'avoir pu réaliser cette belle traversée du Morvan. Après tout, Auxerre n'est plus dans le Morvan :D

  • Je quitte Autun, sans avoir fait de tourisme

  • La rivière est gelée. ça annonce la couleur

  • Direction le mont Beuvray... La neige est de plus en plus présente

  • Bois enneigés. Le thême récurrent de ce périple

  • C'est plus ou moins pratiqué

  • Parfois de bonnes épaisseurs de sucre sont présentes

  • Des parties de puff vierge

  • Au moins je n'ai pas de problème de transpiration

  • ça mériterait presque des raquettes

  • Beaucoup de conifères

  • illuminés par le soleil

  • piste de ski du Haut Follin

  • A l'angle d'une piste ski/raquettes

  • Coucher de soleil: ça va meuler !

  • Les chemins sont pratiqués, mais restent difficiles avec la neige

  • Gros engin !

  • Encore un peu plus de neige...

  • Un des nombreux ruisseaux à moitié gelés barrant le passage

  • Je ne sais pas d'où vient la condensation, mais elle fini en glace

  • ma gueule en mode nuit au lac des Settons

  • Ambiance 1h du mat

  • -11° à 7h20

  • Chouette, le soleil revient !

  • Je vois le bout du Morvan

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