UT4M - Dans le string d'un serre-file

L'UT4M: dans le string d'un serre file (et signaleur et ouvreur) - la course vécue d'un autre point de vue

Tout commence un frais matin de janvier, lors du trail hivernal des coursières. 2j après m'être fait remettre la tête du péroné en place par mon osthéo, je suis sur place sans dossard, mais avec force vin chaud mais pas cuit (mon genou gauche s'en souvient) pour encourager un collègue que j'ai motivé à courir un coup (et courir moi aussi un peu en off, puisque mon genou va mieux). J'y croise Sandrine, une charmante blondinette qui trouve mon vin chaud dégueulasse, mais me rallie à la cause UT4M rapidement. N'étant pas du genre à enchaîner un UT4M avant une Échappée Belle (je suis déjà inscrit malgré que ma course la plus longue à ce moment là est la saintexpress...), je refuse le flyer en expliquant que même un 40, je n'ai pas envie de le faire en mode "course". Elle a alors la bonne idée de me proposer d'être bénévole, et qu'il ne s'agit pas que de postes de signalement ou ravito, mais qu'il y a aussi besoin d'ouvreurs ou de serre files.

J’envoie donc ma proposition de participation quelques jours après, en demande l'un ou l'autre ou les deux, plutôt en chartreuse car je connais par cœur. Pas de news en juin, je relance et fini par obtenir mi juillet une proposition de deux postes qui me conviennent bien: ouvreur et serre file sur le même parcours, en chartreuse. Comme je n'ai pas envie de dormir dans une base vie et que je n'ai pas d'hébergement sur grenoble, je prévois de dormir au habert de Chamechaude. J'y ai passé 5 nuits depuis le 1er janvier, je commence à connaître l'endroit. Ce serait l'occaz de donner un petit coup de main au ravito, ou si je suis fatigué, me reposer dans un endroit plutôt sympa. J'en parle, je demande des infos, mais les réponses se font attendre et je n'insiste pas: je me démerderais sur place. Une info saisie au vol par l'orga lors de nos échanges est que je suis dispo pour en faire un peu plus. Ca parle de donner un coup de main pour le départ du 40km à saint Saint-Nazaire. Finalement, ça sera signaleur de 20h à 0h, car c'est un crénau plus difficile à combler. Motivé le seb... Un juste retour des choses pour les fois ou c'est moi qui profite de la générosité des bénévoles sur les événements sur lesquels je suis coureur.

Mais bon, ça fait un peu beaucoup... Alors n'hésitez pas à prendre le poste de signaleur l'année prochaine ;-)

Je fais mon sac jeudi soir à la rache complet, ce sera départ direct en avance du boulot pour prendre un train arrivant à 19h10 pour un départ de la navette à 19h30. Pas le temps de souffler, faut enfiler le short et le sac d'alpi 45L contenant sac et sursac de couchage, quelques fringues, du matos de balisage...

Départ vers 20h de Saint-Nazaire en compagnie de romain et Damien, pour vérifier le parcours du massif de chartreuse. Les mollets brûlent, le départ est pas évident.

Le balisage est au top, on progresse pas trop mal jusqu'à Courbières (850m). Là, c'est le drâme: plus rien. On se met donc à rebaliser. J'avance devant, plante une balise de temps en temps, mais comme il n'y a pas d'alternative au single track, je ne m'efforce pas à en mettre tous les 15m.

Sans vouloir jouer le commandant en chef, je dis aux compagnons que je vais avancer un peu vite pour voir ce qu'ils se passe, et leur demande de faire l'accordéon en rajoutant de temps en temps si j'écarte trop les balises, avec un espacement de quelques dizaines de mètre entre nous. Finalement, je me rend compte que je leur ai mis 150 à 200m de dénivelé, je sors alors le téléphone. Damien, en bon routard, et Romain balisent avec amour tous les 10/15m, pour éviter toute frayeur aux coureurs. Je m'inquiète du temps que l'on prend pour tout celà, et leur demande d’accélérer et de moins en mettre. Donc si il manquait un peu de balisage sur la dernière portion de la montée au col de la Faita, c'est moi le responsable :D

Au final, contact radio avec le PC course qui nous apprend que le balisage devrait être nickel des Emindras au col, car il vient d'être refait par une équipe du habert de Chamechaude. C'est en effet le cas, c'est tout beau tout propre.

Au habert, je laisse le sac, 45L c'est pas super pratique pour courir, et après avoir porté pas mal de matos, je confie le poids aux camarades et repart en mode minimaliste, avec seulement une bouteille 50cl d'eau à la main, au cas où le grand godet de chartreuse servie par Vincent, le chef de poste du habert, ne m'aurait pas suffisamment réhydraté.

Direction Bachasson au petit trot. Ca y est, je suis dans mon élément. Léger, avec un peu de sucre herbacé dans le sang, en short et débardeur dans le frais de la nuit, je suis bien. On discute un peu avec les collègues, c'est sympa comme tout. Montée à Chamechaude, sous un ciel dégagé, des étoiles de partout. Fuck yeah.

Au point culminant du parcours, qui n'est pas le sommet, mais 80m en dessous, nous faisons un petit coucou à Seb le bénévole et à un photographe venu shooté ses potes en relais. Seb nous fait un thé, ça fait du bien, merci mec. On taille une bavette. Romain et Damien ont plutôt envie de repartir, y a la mission à terminer et puis ça fraîchi quand on s'arrête. Je les laisse filer, car Damien est pas du tout à l'aise sur la descente en trail. Il nous a prévenu, et à voir son pas hésitant sur le plat, je sens que j'ai quelques longues minutes à disposition. Je me fais donc offrir une gorgée de chartreuse par notre ami le photographe. Nous discutons tous les trois avec vue sur la grande ourse et toutes ses copines qui illuminent le ciel. Fuck yeah.

Je me remet en route quand je commence à claquer des dents. Gros kiff cette descente de chamechaude de nuit, c'est un poil glissant avec mes felines qui commencent à fatiguer après seulement 3 mois de bon et loyaux services, mais c'est bien bandant dans cette atmosphere de dévaler doucettement. Je retrouve les camarades un peu plus bas, bien avant le bachasson. Ouf, j'avais peur d'avoir trop pris mon temps au ravito.

La fin du parcours se fait mollement, on ne presse pas Damien qui fait attention et n'est pas à l'aise. C'est courageux de sa part de faire bénévole ouvreur, car ce n'est pas franchement son terrain de prédilection. Heureusement parce que 3h07 au marathon, moi je le suivrais pas sur 5km...

Au dessus du Sappey, je les abandonne et remonte au habert. Là haut, ça discute / attend les coureurs relais près d'un feu.

Un peu de ravitaillement solide et liquide, puis un bon godet de digestif local, me remettent d'équerre. Pas super envie de dormir. Finalement, j'y vais lorsqu'un bénévole se motive à bouger, et vais m'étendre sur un matelas à l'étage du habert.

3h plus tard, J'entends que le premier solo ne va pas tarder. Je descends, et passe quelques heures à manger un peu et à boire des cafés, entre les passages des 3 premiers.

Avec 2 bénévoles, on va chercher le premier à 1km du habert. Je fais de même avec Luca, qui est 3eme depuis un moment et gardera cette place jusqu'à Grenoble. Tout le monde poste des photos de lui avec sourire jusqu'aux oreilles et une mine genre "trop fass'", tout frais et tout, mais je peux vous certifier qu'il peu être un peu claqué de temps en temps quand même. Mais il a quand même le sourire jusqu'aux oreilles :-)

Puis je fais mon sac et m'étend sur un tronc d'arbre devant le ravito, pour me reposer en prenant le soleil tout en encourageant les coureurs.

Je vois ainsi passer le Kéké, en super forme semble t-il. Puis un autre kikou, Namtar.

Au bout d'un moment, je m'emmerde, et décide donc de descendre à Saint-Nazaire. Envie de tricoter un peu, ça démange les gambettes. Du coup, je pars trop vite, et me gauffre comme une merde, certainement sous les regards de spectateurs qui me voient partir en sens inverse de la course.

Dans la descente de la Faita, je croise Samontetro, qui m'a l'air bien en forme malgré ses dires "je suis déconfit". Du déconfit qui crie à tout va qu'il n'est pas bon en montée, mais est sacrément bien placé et n'a pas l'air de souffrir outre mesure en pleine montée au col... Qu'est ce que ça serait s'il était facile.

Un peu plus bas, c'est M_baton à qui j'accorde un peu plus de confiance lorsqu'il m'annonce qu'il est cuit. En effet le bougre a l'air en moins bon état. Il me demande si j'ai "trop d'eau", alors je lui vide mon unique bouteille de 50cl dans sa gourdasse. Je suis à 3km de la base vie, j'en ai pas besoin. Plus que de mon eau, c'est d'un peu d'encouragement et de vidage de cervelle dont il a besoin. On discute 5mn, et je le vois reprendre du poil de la bestiole à vue d’œil.

Depuis que je suis parti du habert, j'interpelle les coureurs que je croise par leur prénom pour les encourager. Je croise une femme et lui lance un "Salut hélène, bravo, continue comme ça" (prénom d'emprunt pour garder l'anonymat :p). Elle me regarde fixement en s'approchant, je comprends alors qu'elle cherche à me reconnaitre, et lu iexplique que non, nous ne nous connaissons pas. "Je commence à plus être très lucide", dit elle. Mais bon ça va.

Base vie de Saint-Nazaire: miam, glou, miam, glou, miam, glou. Les bénévoles du ravito chaud me voient engouffrer une quantité impressionnante de pâtes et de soupe vermicelle. Doudouche, puis petit passage chez les osthéo. L'un d'entre eux s'occupe de moi et après force manipulation, me laisse repartir êrer dans la base vie. Je tente de me reposer un peu sur un matelas, mais c'est pas folichon et le temps passe lentement. Alors je reprends des pasta et de la soupette je me gave comme un porcelet.

20h. C'est parti pour 4h de signalement au croisement d'une départementale. Je vais pas vous le vendre ce poste de bénévole, c'est franchement extrêmement chiant. Mais il en faut, alors faites le de temps en temps. Heureusement ma copine de poste est Sylvia, chaussures de CAP route, mini short échancré, gilet jaune fluo -comme tous les signaleurs- et humour au top, alors les lampadaires que nous sommes déconnons bien en attendant les coureurs.

Ma phrase d'encouragement "bonne fin de balade" a un succès de plus en plus retentissant. Quelques uns on peu d'humour ou sont trop crevés et le prennent au premier degré, mais beaucoup retrouvent le sourire, rigolent doucettement du mot "balade". Que ce soit les 90 ou les 160, à saint nazaire, les esprits sont marqués.

C'est alors que surgit Jean Mi, la banane malgré son épaule défoncé et sa progression mono-bâton. Il passe à mon ravito siroter de la chartreuse (j'ai ma flasque bien sur!), et nous discutons quelques minutes. Une volonté d'acier, il ira au bout !

23h30, le mari de Sylvia arrive et me remplace. Je peux retourner me bâfrer à la base vie, en attendant l'heure fatidique de 0h40. Heure à laquelle je me joins à Fred et Romain sur une mission de serre file et débaliseur. On envoi du pâté au début, et remontons rapidement la fille qui est partie quelques minutes auparavant. Puis nous reprenons également François, qui monte péniblement mais régulièrement vers le col de la Faita.

Nous l'encourageons un peu et nous calons sur son rythme. Le débalisage est relativement aisé, mais les sacs grossissent et son peu agréables à trainer accrochés au sac sur le côté, en s’alourdissant.

Le PC course nous signale un abandon et nous demande d'intercepter un coureur, qui redescend sur Saint-Nazaire. Un peu plus loin, nous tombons nez à nez avec Didier (Did-quelquechose, le kikou au pseudo imprononçable), qui fait un petit dodo. Sauf que coucou, c'est les serre file... On ne peut pas te laisser pioncer, mon bon Didier ! Après quelques échanges sur les difficultés restantes et les barrières horaires, il fini par accepter un café. J'ai en effet trouvé un usage au cadeau bénévole, une thermos UT4M: j'ai emporté du café pour chouchouter les derniers.

Le café et le fait d'être groupir lui font du bien et rapidement il reprend un bon rythme, sans toutefois s'évader. Si nous ne dicutons pas énormément, être à plusieurs fait du bien après quelques heures de solitude.

Au col la fille nous lâche. Si elle ne sait pas utiliser les bâtons efficacement, elle sait envoyer sur du roulane. La barrière horaire au habert est impossible à tenir, j'en informe nos deux coureurs mais leur explique qu'une autre barrière horaire existe, 2h50 plus tard, et fait descendre au Sappey directement par un parcours de repli, moyennant 5h de pénalité, ce qui permet de finir à Grenoble. La fin du trajet jusqu'au habert parait longue pour Didier, qui commence à mettre les gaz, pour François, qui a des ampoules partout, mais surtout est méga fatigué et que je regarde tituber, ainsi que pour moi, qui n'ai rien mangé depuis notre départ, près de 5h plus tôt.

Au habert, j'impose donc une bonne pause pour me refaire la cerise, en piochant notamment dans le jambonneau et la chartreuse, que Vincent a ressorti pour moi :D

Reprise du job au lever du soleil à un rythme plus soutenu, maintenant que nous avons laissé nos coureurs redescendre par le parcours de repli. Ce qui n'empêche pas de discuter avec Fred, qui fait lui aussi l'échappée belle dans quelques jours. Romain est son fiston, et a "15ans et demi", s'enquiller 25km de débalisage, ça promet pour l'avenir.

Sur la fin, je me traîne. J'ai mal aux pieds, j'ai les jambes dures comme du bois, je suis crevé. Mais je n'ai pas ressenti de gêne au genou droit. L'osthéo a été efficace ! Fuck yeah !

A l'approche du Sappey, j'ai du mal à communiquer à la radio, la fatigue est bien là. Je m’emmêle les pinceaux sur l'explication de l'endroit ou nous nous trouvons, pas bien grave.

A l'arrivée au Sappey, nous nous faisons engueuler par un responsable bénévole, comme quoi nous avons pris notre temps. Déjà pas très impressionnable de base, encore moins en montagne, et en tant que bénévole n'ayant rien à perdre donc exit la finesse de l'étude d'une stratégie, je lui renvoie une volée de bois vert bien appuyée qui remet les pendules à l'heure. Un peu violent et grossier, mais j'arrive pas à être désolé. Notre bénévole en chef s'est fait monter le bourrichon par des bénévoles ayant marre d'attendre, et on fait la paix bien vite et nous expliquons calmement. Mais je garde un arrière goût de déception pendant un moment. Manque de communication évident, nous n'avions pas besoin du ravito, qui était de toute façon fermé lorsque nous sommes arrivés: ils auraient pu poser la question à la radio et auraient pliés les gaules plus tôt.

Bref, retour à Grenoble, pour déposer le matos de débalisage, dont 3 radios, les batteries s'étant déchargées coup sur coup, nous avons du en emprunter au habert et au bénévole en haut de Chamechaude. Une doudouche, un massage corrosif par un beau mâle au rayon kiné (j'avais l'impression de pouvoir repartir comme une pucelle en tutu rose fluo après), une attente interminable de la remise des prix (c'est pas mon truc toute cette mascarade... et là ça durait vraiment des plombes...), puis, enfin, un buffet de poulet curry, fromage et rosé pour reprendre des force...

En recroisant Jean Mi et Didier, finishers. Bravo les gars !

18h de trail en mode lent mais chargé (et pas qu'en chartreuse), 67km 5000mD+ et 3h de sommeil sur 3j. Maintenant je fais du jus. Jusqu'à vendredi matin, pour ma belle petite balade à moi (bha hé, chacun son tour !)

J'adresse un grand merci

Aux bénévoles du habert de Chamechaude chez qui je me suis incrusté. Notamment Vincent, super sympa sous des airs de "faux méchant" ('oh non pas lui' :D) et à la gâchette facile sur la chartreuse pour me servir.

A toi l'osthéo anonyme qui m'a remis le genou droit droit à 5 jours de l'échappée belle.

A toi le kiné anonyme à la poigne monstrueuse qui m'a défoncé voluptueusement les mollets.

Aux compagnons Romain, Damien, Romain, Fred, qui m'ont supporté si longtemps avec bonne humeur.

A toi, mon amour, ma chartreuse <3

  • Ravito après les efforts d'ouvreur, aux côtés des bénévoles du habert de Chamechaude

  • ça tappe !

  • Luca, 3eme

  • Petite pause ravito de Luca

  • Le kéké qui parle la bouche pleine !

  • Namtar, sur le 40 Chartreuse

  • Les Emindras du dessus

  • Ma copine de signalisation. On s'est bien marré !

  • Jean-Mi mal en point. Je lui vient en secours

  • ça te fais du bien, hein mon Jean-Mi ?

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