Champion du monde de trail touristique (Maxirace 2015)

Champion du monde de trail touristique - C'est moi \o/

Contexte

Inscrit de longue date sur la maxi race marathon, le demi tour du lac d'Annecy, je regrette un peu d'avoir choisi ce format début avril, alors que je me met à effectuer des sorties plus longues en solitaire, comme mes deux traversées de chartreuse (voir "Ultranawak" et "seconde traversée de chartreuse"). J'ai sécurisé le format 40 bornes, j'ai envie de plus, et je dois me préparer pour la montagn'hard 100 et l’Échappée Belle, qui sont d'un tout autre niveau. Je récupère donc un dossard sur la maxi race. Le malheur d'un blessé fait le bonheur de moi même, et je refourgue mon dossard marathon race à Jéjé, un fringuant jeune homme pas encore quadra (pas comme Rayarun, quoi ;-)) que j'ai sans le vouloir motivé à participer à l’Échappée Belle également.

Ce sera donc un premier petit ultra en version "course".

Ça tombe bien, la maxi race est le support des championnats du monde de trail, donc je demande un roadbook pour un temps de 12h au sieur Bubulle, kikoureur averti, espérant bien fumer bien vite tous les parigots qui viennent poser leur sales patounettes sur nos beaux terroirs. Plus sérieusement, ça m'intéresse de comparer les temps des montées et descentes sur des temps très bons et bons (je prends 12h et 14h en référence). Je me fais bien chambrer, mais c'est normal, j'aborde la course avec tellement d'inconnus et finalement de non-objectifs...

Bref, je me met des grosses caisses tous les week ends depuis 5/6 semaines, et le week end précédent, alors que je dois faire du jus, ça ne rate pas, je craque et je me fais 44km 3500mD+ à Chamechaude (voir un post récent, "tour de Chamechaude"). En gros, je suis prêt, je suis chaud, mais j'ai pas fait de jus. Ma capacité à récupérer me met en confiance et après 40 bornes de vélo jeudi soir, j'ai récupéré les patounettes pour aller mater le lac.

J-1

A la bourre le Seb (quoi, comme d'hab ? fais gaffe, je t'entends !), il arrive vers chez Jéjé 1h en retard pour un départ en bagnole vers la cité du lac. C'est ça d'avoir attendu le dernier moment pour préparer les affaires. Surtout le matos obligatoire, tout stuffé dans une ceinture raidlight.

Ouai, pour changer du sac de 5 à 7kg de mes grosses sorties en solo, j'ai décidé de partir ultraléger.

Tout, je dis bien TOUT le matériel obligatoire est là. par ordre d'importance:

    Appareil photo (poche 1)
    Bidon 800mL
    Téléphone portable (pour retrouver Jéjé et regarder l'heure. J'ai oublié le GPS - poche 1)
    Coupe vent (poche 2)
    Frontale (qui sert à RIEN - poche 2)
    Couverture de survie (enroulée comme un cigare et stuffée dans le mini filet devant une poche)
    gobelet dans un filet résille rose fluo attaché avec des élastique à cheveux, tiendra environ 200m

J'ai trouvé un mec sur facebook qui cherchait à revendre dossard, billet de train, airbnb, famille et culotte odorante pour son pote qui ne peut finalement pas participer. Jéjé et moi dormirons donc avec lui dans le airbnb. Roberto qu'il s'appelle, un bon dinguo de parisien qui se lance dans des trucs incroyables, du genre à reléguer le parieur fou dans le plus minable des bacs à sable. Mais fort sympa, le Roberto.

Je contacte JuCB qui est pas dispo, mais c'était prévu, occupé le garçon, pis quand on connaît sa perf du lendemain et son bonheur partagé en famille, on l'excuse; et Rayarun, le hamster des buttes Chaumont, qui aime bien chatouiller les jeunots vu qu'il complexe sur son âge avancé, la platitude de son terrain de jeux, et son système digestif de petit joueur. Mais il est bien brave, alors on l'excuse ;-), surtout qu'il est tout à fait disposé à se faire oindre par Roberto et à aller au resto avec nous.

Je mange bien gras, comme d'habitude, et bois de la bière. Gras + bière = performance. N'oublions pas qu'il s'agit des championnats du monde.

Jour J

Réveil à 3h30, debout comme si l’alarme incendie avait retenti dans une atmosphère enfumée, ça pique car je me suis couché vers 23h30/minuit, mais c'est parti mon kiki. petit dej (matraque genre ficelle aux lardons/champignon et café), enfilage de la ceinture, et zou direction la ligne de départ.

Je choisis le sas < 13h30, je sens que c'est ce que je peux faire si je me donne bien sans m'arrêter, et que c'est tout à fait l'allure en tout cas que je vais me donner pour les 20/30 premiers bornes.

Quand le départ est donné, ça n'avance pas des masses, ben oui, "2000 connards sur la ligne de départ", comme le dit si bien Renaud.

Je m'en fou, j'ai le temps, mais c'est pas super agréable, surtout que c'est du bitume pendant 2/3km. Quand ça arrive enfin sur du chemin, c'est mieux, mais vite, je suis exaspéré par l'usage des bâtons par la foule autour de moi.

La plupart n'en ont rien à foutre des autres, ça sort les bâtons alors qu'il n'y a pas la place de manœuvrer, et c'est super relou.

Ça part n'importe comment aussi. Je vois un mec pas affûté du tout, avec un sac trop gros brinquebalant sur son dos, sortir ses bâtons en doublant à toute allure en soufflant déjà à moitié comme un bœuf.

Toi mon gars, dans 200m, tu vas reluquer mon cul.

ça rate pas, 200m plus loin le mec ressemble déjà à une carpe qu'on aurait sortie de l'eau, s'épuisant le cardio sur ses bâtons dans la pente douce qui monte au Semnoz. Un peu plus loin, 2 potes font la course ensemble et disent déjà "c'est dur".

J'ai horreur des départs, c'est dur de manœuvrer dans un faux rythme. Je reste patient et ai l'impression de me conserver pas mal sur la montée au Semnoz. Mais je ne suis pas très détendu, à cause des bâtons qui m'obligent à me concentrer beaucoup trop sur les distances de sécurité.

Le Semnoz

Nous sommes encouragés au sommet, il y a pas mal de monde malgré l'heure matinale, et c'est bien plaisant. Malheureusement les nuages ne sont pas encore levés et la vue est assez bouchée.

je passe assez rapidement au ravito, repartant avec 5/6 bouts de reblochons et 4/5 bouts de pain dans la main, l'appareil photo de l'autre, et aperçois un buff kikourou. J'avais prévu de manger en marchant, mais je vais pas laisser filer un kikou comme ça, alors je me met à courir pour le rattraper et l'interpelle. C'est PetitManseng, un nouveau kikou, discret mais très sympa. Nous faisons connaissance rapidement, je l'accompagne tranquillement, en mangeant mon frometon et mon pain, mais mon compère vient de la route et sa foulée rasante, très économe, n'est pas taillée pour mon rythme de descente :D Il est beaucoup trop prudent, et malgré que je mange en courant, donc que je ne force pas trop sur la vitesse, je ressent vite le besoin de le lâcher, et déroule tranquillement vers St Eustache.

Je le retrouve pourtant devant moi après St eustache, c'est que mes pauses pissouille et remplissage de bidon sont un peu longues quand même, je prends mon temps quand c'est moins pentu.

2eme quart de course

La montée au col de cochette est sportif, j'envoie du pâté en montée maintenant, c'est fini les bouchons du Semnoz et surtout l'échauffement. Il y a des passages bien boueux, mais pour le moment je suis au top.

Là haut, on rebascule en descente, et se court pas mal. Quelques connards doublent n'importe comment, avec les bâtons à l'horizontale alors qu'on est tête à cul, y a quelques pointes qui passent pas loin de jambes ou de têtes... j'ai des envies de filer des baffes.

Une petite fenêtre offre la première vue sur le lac. Nous sommes très peu nombreux à nous arrêter.

C'est à peut près dans cette partie que je double des "dossards jaunes". Des ukrainiennes, des coréens... Sur le coup, je me dis que c'est les XL race, qui font le parcours en deux jours.

Je comprendrais bien plus tard que c'est l'élite mondiale qui participe aux championnats du monde.

Je remonte aussi des relais, et j'ai beau ne pas me soucier du classement, ça fait plaisir de revenir sur des coureurs plus frais.

La descente sur Doussard se déroule sans accros, on croise quelques bouts de route où des spectateurs nous encouragent, c'est sympa, le gros ravito de mi parcours est proche, c'est parfait. Je sais que Jéjé m'attend à Doussard, que je vais pouvoir manger, m'étirer, ça va faire du bien. Je me trouve étonnamment frais pour 40 bornes, mais tant mieux.

Pause touristique

C'est alors que nous débouchons sur une grande ligne droite de bitume en plein cagnar. Heu. No way... Je cours pas là dessus. Je me mets à marcher, instantanément gavé par cette partie du parcours, en pestant. Peu à peu je me calme, et me met à siffloter. Il fait beau, je suis en forme, en plus je suis dans les temps, dans un très bon temps même puisque j'ai mis environ 6h pour la 40aine de bornes depuis Annecy.

J'arrive en marchant et en sifflant devant le ravito, sous les yeux ébahis des spectateurs. Scène improbable pour eux, je prends mon temps, discute avec Jéjé, enlève mes chaussures et chaussettes, m'étire longuement, me masse un tendon au pied gauche avec du baume, me crème les pieds, change de chaussette... Jéjé a la dallouse et me fait remarquer que ça fait plus de 30mn que je suis en train de lézarder au soleil, alors je bois la St-Yorre et mange les mini bananes qu'il m'a ramené, tel une assistante de luxe, et entre dans le ravito.

Je ressors en marchant, et sifflant de plus belle, après environ 45/50mn de pause, et me dirige doucement vers la suite du parcours.

Pathé distribution

J'entends un spectateur rigoler: "celui là il a pris son temps, il les laisse partir devant, et il va tous les rattraper". C'est pas tout à fait le plan, je suis pas là pour le classement, et puis 'tous les rattraper', c'est un peu exagéré ;-), mais c'est effectivement ce qui va arriver pour une partie de la concurrence. Reparti tout neuf, j’envoie du gros steack dès que la pente se forci, en single track en sous bois.

J'ai un peu honte de doubler si facilement tous ces coureurs qui me laissent passer, profitant de cette seconde de répit pour respirer en me regardant passer comme un avion de chasse sans souffler outre mesure, sans bâtons, sans souffrir. J'ai l'impression de leur faire très très mal au moral.

Moi, j'ai la patate !

L'Aulps

L'avion se calme un peu dans la fin de la montée au pas de l'Aulps. Là haut, c'est superbe. Enfin ! Le reste du parcours n'était pas exceptionnel, mais enfin ici c'est au top !

Nous croisons des chèvres et quelques randonneurs. C'est dur, ça grimpe fort, et c'est en plein soleil. Mon bidon se vide bien vite, et, grossière erreur, je pensais qu'il y avait un point d'eau au chalet de l'Aulps.

Après le pas, je sens que les quadris sont pas au mieux et je manque d'eau. La descente va être difficile, surtout qu'elle est très raide. Pas technique, mais quelle pente !

Je profite donc d'être dans un lieu super sympa pour faire une pause étirements, photos et vidéo.

La descente est effectivement horrible. J'ai mal aux quadris, mais surtout, il me faut de l'eau. J'ai pas envie d'exploser, je ne force pas, je marche beaucoup. Je discute avec un papi qui descend en voiture.

à 2/3km du prochain point d'eau, un petit ruisseau est accessible sur le côté et je file y remplir mon bidon, une deuxième fois après avoir picolé 800mL. Rhaaaa, ça fait du bien.

La suite, jusqu'au ravito de Menthon, est chiante à crever. Du chemin d'exploitation, des petite bossellettes, très très roulant, rien à voir...

3eme ravito, 3eme quart de course

Je suis bien content d'arriver au 3eme et dernier ravito solide, à Menthon. Je discute avec quelques personnes, mange pas mal, et décide d'attendre pour une seconde tournée de soupe aux vermicelles, qui mettra 10mn au lieu des 3 annoncées pour arriver. J'ai le temps, je ferais pas les 12h ;-), les 14h non plus, et je veux mes vermicelles. C'est super chaud, mais j'ai le temps, et un voisin avec qui discuter.

Je repart tout de même, après 40mn de pause, pour m'attaquer au baron. Je croise un crewstache après l'arche. Il m'interpelle et me demande si c'est plus dur que l'UBS (L'ultra Boucle de la Sarra), à laquelle nous avons participé il y a deux semaines.

Pffff... du bitume, du bitume, encore du bitume. J'ai les cuisses bien attaquées par le short ou le shorty, et apercevant un brumisateur automatique dans un jardin, je m'accroupis en écartant largement le short, offrant mon entrejambe au jet d'eau frais sous le regard amusé du propriétaire, qui prend l'air à quelques pas de là, et que je remarque un peu tard. Je lui lance un "désolé" un peu amusé, il me répond qu'il n'y a pas de soucis :D

Montée au Baron

Dans la montée au baron, je me fais accrocher par un coureur qui doit bien apprécier mon rythme. Je monte super bien, et je crois que seul il n'arriverait pas à se motiver. Je fais le travail pour doubler aussi, ce qui lui est pratique.

Je finis par le larguer, mais j'entends un avion de chasse arriver. C'est une femme, relais. Je la laisse passer en rigolant sur son status d'avion de chasse, mais la colle au train, voulant à mon tour profiter d'un ouvreur pour doubler.

Mais elle est timide, et nous restons un moment derrière un groupe de 4 ou 5 personnes. Je finis par leur signifier qu'on a une relais timide qui aimerait avancer, mais ils ne réagissent pas d'un poil. Bon. patience. Mais rien ne se passe. Je finis par monter un peu le ton, en les engageant à être sympa, et il finissent pas se pousser avec mauvaise volonté.

Sont ils totalement grillés ou juste cons ? C'est de la fierté de se faire doubler par une femme ? Bref, peu importe, nous les déposons et continuons la remontée folle. Un peu trop d'ailleurs, elle manque de m'arracher une couille avec un bâton dans un virage, ce que je lui fait remarquer, elle me laisse donc repasser devant. Ca tombe bien, nous repassons en descente un petit moment avant le dernier raidar, et elle a l'air d'être plus à l'aise en suivant.

Bonne petite descente ludique ensemble, en déconnant sous des "attention, escorte de relais" et "je sens l'écurie, la bière n'est pas loin". Puis je lui souhaite bonne arrivée quand la pente s'inverse et la pierre laisse sa place au bitume.

Sur la crête, je trouve un autre kikou, Jam. Présentation, pause photos, mais je le perd vite et c'est parti pour la descente.

5km to go

Des lacets étroits emplis de racines et de pierres, c'est bien technique et très sympa. Mais difficile d'envoyer, et il faut tricoter avec concentration.

Encore une fois, je me fais accrocher. J'ai cette fois 2/3 personnes derrière moi. Je demande si ça veut doubler, car j'ai l'impression de faire attention et de plus être très en forme, mais ils sont tous enchantés de rester derrière, de me laisser ouvrir la voix, en analysant la trajectoire pour m'économiser au max.

Je redouble encore quelques coureurs, mais heureusement, c'est pas trop peuplé. Je garde un rythme constant, en attendant avec impatience l'arrivée. Ça sent l'écurie, on a vu un panneau "arrivée dans 5km", l'envie d'en finir monte bien fortement. Ce chemin est très plaisant à descendre, mais au bout de 80+ km, on est pressés de finir ! Et elle est longue, cette descente, bordel !

FINIIIIIISH

Lorsque l'on débouche sur le bitume, il nous reste un peu plus d'1km le long du lac, devant beaucoup de spectateurs qui nous acclament. J'ai pas l'habitude de ce genre d'ambiance, mais c'est vrai que ça fait du bien, après 84 bornes, d'avoir des bravo pour finir les derniers décamètres. Pris au jeu, j'accélère, et termine avec la banane à 12/13 km/h.

Durée de la balade: 15h05

J'ai perdu une quantité de sel astronomique :D

Petit tour dans le lac, récup du hoodie finisher, doudouche à l'appart, puis restau tout seul, Roberto étant toujours en course et Jéjé en famille. J'ai du mal à avaler le burger savoyard, trop gros, ça passe pas. Mais les 50cl de vin sont vite enquillés. Je ne ressent pourtant absolument rien. Net comme si j'étais à l'eau !

Je récup Roberto chez le médecin en sortant du restau. Il a fini malgré des conditions de course très difficiles en 18h40.

Récup

Le lendemain, récup active avec une petite marche de 15km 650m D+ environ, vers Chambéry, en finissant par un peu de jardinage. En sarouel et Tshirt coton avec le sac du week end, c'est pas le plus agréable, mais les patounettes gueulent pas.

Je termine donc le mois de mai avec une bonne sortie longue, du soleil, sur un total de 360km 20000m D+ effectués à pieds.

Aller, encore deux week ends chocs, et promis, je fais une petite pause moins touristique.

Mon avis sur le parcours et l'orga

Parcours roulant, beaucoup trop en première partie, et surtout, empruntant beaucoup de chemin d'exploitation, chemins forestier, larges, sans panorama, sans intérêt, et beaucoup trop de bitume.

On voit le lac de trois endroits seulement.

Beaucoup trop de monde.

L'organisation m'a parue pas trop mal gérer, pour autant de personne ça me semble pas si mal. L'impression tout de même que tout est tourné vers le championnat du monde de trail (le pas touristique).

"Cadeau" ceinture inutile et ridicule. Arrêtez avec ces conneries et faites nous payer moins cher !

Bref, ça m'a fait une bonne sortie, mais je ne referai pas, j'en ferai des plus sauvages, moins peuplés.


Commentaires migrés de l'ancien blog:

Badaboum: Beau CR, mais tu m'as l'air d'être un peu prétentieux comme garçon...

Seb: Mon cher badaboum, prétendre être champion du monde de trail touristique est un trait d'humour.

Bien à toi,

Le champion du monde de trail touristique.

  • le Semnoz

  • Au Semnoz

  • Au Semnoz

  • Fenêtre sur le lac d'Annecy ~8km avant Doussard

  • quelques km après doussard

  • quelques km après doussard

  • quelques km après doussard

  • quelques km après doussard

  • Au Veyrier

  • La reine de l'alpage

Loading more...