L'Échappée Rebelle

Rappel du projet

En janvier, je lance l'idée de faire la reconnaissance de l'Echappée Belle en raid trail / rando-course, sur 4 jours. J'ai prévu d'intensifier ma pratique de ce type de sorties, je pense à réaliser une semaine de ce type autours de Briançon (je n'aurais finalement pas les congés pour mettre ce projet à bien) et le parcours de l'EB est un bon prétexte pour proposer une sortie de ce type à d'autres personnes, à organiser un off.

En effet, les quelques sorties réalisées dans le coin me donnent une assez bonne idée du parcours et des arrêts possibles.

Le projet est donc de réaliser la reconnaissance du parcours intégral de l'EB, sur 4 jours du 14 au 17 juillet, avec nuits à la belle étoile ou en cabane non gardée.

"A la roots", quoi.

A mon grand étonnement, pas mal de personnes affichent leur intérêt pour cette idée. Je me voyais déjà partir seul :D

Malheureusement, quelques blessures empêchent de valeureux compagnons de se joindre à nous (Enrique, Courotaf...), et au dernier moment, c'est une bonne chiasse qui fait annuler la participation de Mathieu.

Je passe rapidement sur les difficultés d'organiser un tel off et les incivilités de quelques personnes: l'une m'insultant après mon invitation à se plonger dans le projet, le coureur n'ayant visiblement aucune idée de ce dans quoi il s'engageait, une autre m'assurant participer mais ne donnant plus de nouvelles. Sans prévenir, elle ne participera pas. Heureusement, et malgré l'abandon de dernière minute de Mathieu, cloué au lit avec une bonne chiasse, je réussis à planifier les trajets pour que notre groupe soit au départ, et une voiture à mi-parcours, comme prévu.

Une équipe de choc

Rémi, le nid à buses: beau gosse blond à coiffure particulièrement excitante pour les rapaces (pour les Galinettes, je ne sais pas). Inscrit sur le format enfant: les deux premiers jours.

André, l'ex routard souriant, ravi de s'exiler du vacarme citadin pendant quelques jours et de découvrir une approche de ce sport de manière plus autonome.

Laila, présente au départ, un grand sourire pour affronter Belledonne de sa manière à elle. Côté tête de mûle, j'ai l'impression que Laila, c'est moi avec des nichons.

J'ai donné rendez-vous à Rémi à Fond-de-France, où André et moi même nous rendons après un départ bien matinal. Il s'agit de laisser la voiture de Rémi sur place, d'une pour qu'il puisse repartir dans ses pénates à l'issue de sa balade enfant, et de deux, afin d'y laisser, à l’abri dans le coffre, une glacière avec des victuailles. Et des bières. Beaucoup de bières.

Nous récupérons Rémi et filons à Grenoble pour Récupérer Laila. Hop, direction Vizille. Un café, des viennoiseries, nous voici prêts à enquiller de la pente.

Vizille - Arselle

Laila est bien chargée - elle m'a prévenu avoir pris son réchaud, mademoiselle tient à manger chaud, à prendre un café le matin, un peu de confort quoi ;-) - et de chaque côté de son matelas, des tongs pendent. Ça nous fait sourire, nous qui sommes partis sans matelas, avec le strict minimum (sauf moi qui ait emmené, outre le matériel obligatoire, mon reflex...)

Dès les premiers KM Laila est un peu à la traîne. Je pense qu'elle a besoin d'un temps de chauffe. Je me souviens de notre traversée de chartreuse épique de l'année dernière, je sais bien qu'elle peut envoyer du diot. Mais le temps passe et Laila ne chauffe pas tant que ça. En fait, visiblement, son sac est vraiment lourd, et par ailleurs, elle ne semble pas vouloir se taper dedans. Elle est là pour se faire plaisir en longue rando, et profite que l'on rencontre une traileuse et son père en reco-rando, pour ralentir le pas et discuter avec eux. croi Laila m'avait déjà dit de ne pas l'attendre, qu'elle ferait sa vie dans son coin. Mais on était partis ensemble, il n'y avait pas urgence. Petit à petit, j'y réfléchis, et je me dis que ce n'est pas jouable à cette allure. ça m'embête énormément, mais je sais que c'est la solution pour nous comme pour elle. Les endroits ou nous allons passer plus loin, la distance avant l'arrêt prévu, la météo qui se dégrade en fin de journée, tout autant d'arguments pour que nous nous séparions ici: nos projets divergent, visiblement !

Ce n'est pas un problème car Laila sait clairement se débrouiller toute seule et nous sommes à Arselle, c'est donc ni dangereux ni compliqué de rejoindre la civilisation. Nous nous séparons alors.

Pour ce qui est du parcours: c'était jusqu'ici pentu mais simple. Il ne faudra pas tomber dans le piège comme l'année précédente, à savoir partir beaucoup trop vite.

Arselle - La Pra

Rémi, André et moi repartons alors bien plus rapidement vers notre objectif. D'après mes calculs, nous sommes déjà bien en retard sur notre plan d'origine. Nous voilà revenu sur des allures plus proche du trail - version j'ai 10kg sur le dos tout de même - et avalons la pente: lac Achard, lacs Robert...

Le soleil qui jouait à cache cache avec les nuages depuis le départ au matin, commence à disparaître dans cette après midi derrière des nuages plus épais, plus sombres. La pluie commence à tomber, doucement, puis se transforme en grêle alors que le vent se lève.

Youhouhou, quelle ambiance !

Progressivement, alors que nous évoluons maintenant sur un terrain bien plus technique, la neige fait son apparition, et accroche au sol.

Pendant un moment, c'est plutôt agréable: j'aime cette ambiance, le frais ne me dérange pas, au contraire. Mais progressivement, le froid s'installe, et la couche de neige au sol s'épaissit. Rien de bien méchant, mais la neige fini par cacher totalement le sol et nous devons être plus prudent.

Le chemin est également plus technique, notre vitesse s'en ressent. Surtout celle de Rémi, qui se retrouve toujours pas mal derrière dans les parties techniques, dans lesquelles il n'est pas très à l'aise et fait attention à ne pas se faire d'entorse. Son pseudonyme kikourou, Cheville de miel, n'est pas pour rien ;-)

Le froid devient mordant, alors que je n'ai pas enfilé de couches intermédiaires, ni de gants, et que nous sommes tous en short. Sur le dernier kilomètre, j'ai tellement froid aux mains que je mets les doigts dans la bouche, alternativement, main gauche, main droite... Les transitions chaud - froid sont douloureuses mais je dois éviter les engelures.

Alors que nous approchons du refuge, j'accélère, acceptant cette fois de prendre un peu d'avance sur Rémi, que l'on attendait régulièrement. Nous croisons quelques personnes réfugiées dans leur tentes. Bon courage ;-) !

Cela fait un moment que j'ai pris la décision d'un parcours de repli. Par ces conditions, je coupe la croix de Belledonne ! Mais première étape: se réfugier à la Pra, afin de se réchauffer et d'analyser les options sereinement.

Le refuge est bondé. Dès mon arrivée je m’adresse aux gardiens afin de savoir s'il sont complets (oui) et s'il est possible de prendre une boisson chaude... Nous nous faisons recevoir à coup de critiques des traileurs... "ah vous les traileurs, vous nous en causez des problèmes". Sympa. Je ne réponds pas, j'ai mieux à faire, mais ce refuge devient effectivement un restaurant/hôtel d'altitude... Et si certains font les cons à se perdre en tshirt dans la neige (elle nous parle d'un cas d'hypothermie) ou se perdent (un cas cité également), la stigmatisation d'une catégorie de sportif n'est pas bien constructive... Des inconscients et des accidentés, il y en a dans toutes les catégories de sportifs, et le trail risque fort de pérenniser ces refuges, je ne vois pas son intérêt à rejeter ainsi des clients.

Bref, nous commandons un chocolat chaud et une bière et nous installons rapidement à une table. Nous ne devons pas traîner, car d'une part, le refuge est bondé et l'heure du repas approche, et de deux, nous devons encore parcourir quelques longs km pour rejoindre notre base vie de la soirée...

Nous enfilons des couches supplémentaires, longues, chaudes, coupe vent... Et j'informe la troupe du plan: nous allons repartir pour environ 8/10km, pour rejoindre le habert des Sabottes. Nous oublions donc la croix de Belledonne, le passage devant le lac Blanc et l'arrêt au habert du Mousset. Les Sabottes est bien plus accueillant, isolé, avec un poêle à bois efficace et du bois à disposition. Le col du Loup à 2400m sera peut être encore un peu enneigé, mais ça devrait passer... J'espère que la moraine ne sera pas recouverte d'un immense névé comme l'année passée lors de ma sortie avec Julien, en juin.

Petit clin d’œil à Franck-de-Brignais, qui s'étonnait de ne pas me voir terminer en compagnie de la plus belle fille de la course sur la MH100, et à qui j'avais répondu que je me réservais pour cette reco de l'échappée belle: j'ai en effet croisé le chemin de la plus belle femme dans Belledonne. Dans ce refuge de la Pra.

Nous n'avons cependant pas le temps de nous baigner nus dans l'abreuvoir, et Rémi, André et moi repartons affronter les éléments.

La Pra - Habert des Sabottes

500m de rab dans la mauvaise direction, retour arrière à toute allure: alors que je vérifie sur le téléphone notre itinéraire, je préfère emprunter le mauvais chemin plutôt que de rester immobile, afin d'éviter que nous nous refroidissions.

Lac du Crozet dans le brouillard, quelques minutes de recherche du chemin, peu visible, pour monter au col du Loup. L'ascension est lente, difficile: nous sommes fatigués, les conditions météo n'aident pas, mais nous gardons notre concentration. Les conditions au col sont dantesques. De bonnes rafales de vent, de la neige, un froid perçant... C'est unique.

Heureusement, nous trouvons, en cherchant un peu, notre chemin parmi les gros blocs de pierre qui dépassent de la neige. En plus de quelques névés, de 2 à 5cm de neige fraiche recouvre le sol, due aux chutes de l'après midi et d'un fort transport par le vent.

Il n'y a pas de gros névé sur la traversée de la moraine sous le glacier de la Sitre. Tant mieux, vu la température, la neige aurait pu être un peu dure et glissante sur ce dévers à fort pourcentage... Mais tout va bien, nous arrivons au col de la Sitre: soulagement, c'est maintenant roulant jusqu'aux Sabottes !

Nous arrivons au habert vers 21h, complètement lessivés. Éclats de rire, mélanges de nervosité qui retombe et de plaisir simple de se retrouver auprès du poêle, déjà chaud: 4 personnes occupent déjà le habert.

Le ravito est avalé rapidement en débriefant. Rémi sort son fromage et charcuterie... ça doit peser ! Grosse pensée pour Laila, dont nous prenons des nouvelles. Nous sommes plutôt rassurés de ne pas l'avoir embarquée là dedans. Tout va bien pour elle aussi, elle est à la cabane des lacs Robert, avec d'autres randonneurs.

Nous filons très vite nous reposer dans nos sacs de couchage, sans matelas, ce qui causera une mauvaise nuit à Rémi.

Habert des Sabottes - Fond de France

Réveil à 7h. Petit dej, rangement des affaires... Je suis lent, comme d'habitude: le rangement de mes affaires est, contrairement à dans mon studio, minutieux. Ne rien oublier, bien protéger les affaires de l'humidité, ranger de manière logiques et toujours au même endroit...

Il est donc déjà 8h30 quand nous nous mettons en route... Pour le lac Blanc. En effet, je trouve que ce serait dommage de ne pas faire ce "petit" détour pour voir ce magnifique endroit !

Pause photos, cryo avec de la neige, dans ce décors splendide ! J'adore ce lac ! Lorsque nous en repartons, nous reprenons le parcours de l'EB. C'est comme si nous avions été téléportés de la Pra au Lac, en sautant la Croix de Belledonne. Un gros morceau, tout de même !

Évidemment, le petit détour au lac nous a pris du temps, car ça grimpe dur, et c'est suffisamment technique pour que Rémi qui a mal dormi ne soit pas une fusée :) Pas de soucis, nous ne sommes pas spécialement pressés. Sauf que Rémi aimerait rentrer "pas trop tard", soit 17h à Fond-de-France. En tout cas, il n'a pas l'air inquiet du programme, et chante et raconte plein de conneries :D ! BUSE BUZARD !

Nous nous arrêtons boire une bière ou un café au refuge Jean Collet, et je réfléchi au chemin de repli que nous pourrions emprunter. En effet, si le plus court est probablement le tracé de l'Echappée Belle, c'est aussi le plus technique. Sans compter que le col de la Vache risque d'être encore bien enneigé.

Bref, je déciderai au col de la Mine de Fer.

Nous repartons à bonne allure, un peu vite d'ailleurs, pour Rémi qui après la bière, explose légèrement sur la fin de l'ascension. Nous ressentons probablement une très légère hypoxie, à 2500m d'altitude. La décision est sans appel: nous allons contourner la technicité et tenter de tenir les contraintes horaires en descendant au lac du Crop puis en remontant dans le domaine de ski de Prapoutel/Pipay, pour basculer sur la troisième partie de la station des 7 Laux, le Pleynet.

La descente vers le lac de Crop est technique, et très agréable. Le Lac, très joli. Je ne connaissais pas, et suis content de le découvrir. Après le lac, le sentier devient courable et André et moi en profitons: nous lâchons les chevaux malgré le poids sur les épaules et dévalons la pente, sous le regard ahurie de nombreux randonneurs.

Puis c'est un long cheminement en marchant, sur du faux plat montant, qui nous emmène dans les domaines skiables... Que nous traversons, heureusement, sur du chemin de randonnée, et non par les pistes, jusqu'à la piste verte qui relie le haut d'un télésiège du Pleynet, aux domaines de Pipay et Prapoutel. Nous empruntons alors cette loooooooongue large piste, d'un pas monotone.

La fatigue se fait sentir. Voir, même, l'épuisement. Au point haut, André nous fait un petit coup de mou. Nous nous arrêtons manger des cahouettes, et autres fruits secs.

Encore 4km de descente pour le Pleynet. Nous quittons la piste verte dès que possible pour passer par un chemin plus pentu. Probablement la bleu, sur la fin. Puis encore quelques km et centaines de mètre de dénivelé à dévaler pour Fond de France. Enfin, dévaler, c'est façon de parler...

L'arrivée au parking est un soulagement, pour André et moi: c'est notre ravito intermédiaire, avec bière, mais bien entendu surtout pour Rémi ! Il en termine avec sa sortie de furieux de 2j dans Belledonne, 45km puis 35km, rien que ça ! C'est tout content qu'il se change et s'apprête à nous quitter, non sans boire une bière avec nous, et en nous charriant sur ce qu'il nous reste à enquiller !

Car dans notre état, ça ne va pas être du gâteau !

Mon plan initial était d'aller dormir au chalet du Bout, à 11km de là. Autant dire que ce n'est même pas la peine d'y penser ! Dans mon plan initial, nous devions arriver à Fond de France entre 15 et 17h, il est 19h30.

Fort heureusement, je connais pas mal cet endroit et j'informe André que nous devrions pouvoir passer la nuit au chalet de la Fouetterie, ou deuxième chalet de la Petite Valloire. Ou peut être un peu avant, au chalet de la Grande Valloire, mais c'est plus un abris qu'un chalet accueillant...

En tout cas, il nous faut avancer, et trouver où faire notre BBQ ! J'ai en effet préparé une glacière avec quelques ravitaillements: saucisses, merguez, bières, pain...

Fond de France - Chalet de la Fouetterie

Après 2 bières et un saucisson, nous nous remettons donc en route. Tout va bien jusqu'au pont de la Valloire, où le coup de mou commence à revenir... Et va s'installer inexorablement. Car après 2km de presque plat, c'est maintenant une pente à 30% qui nous emmène dré dans le pentu sous la Grande Valloire.

Nous ne parlons plus, et restons concentré, dans notre bulle, chacun de notre côté... Avancer. Un pas. Devant l'autre. Nous connaissons cette problématique. On se croirait en gros coup de mou en 3eme tier d'un gros ultra.

Il faut dire que les sacs pèsent ! Je m'arrête régulièrement quelques secondes. Je m'excuse auprès d'André, en lui expliquant que je suis défoncé. Il me répond qu'il est dans le même état.

Cette ascension n'est pas compliquée, mais elle est longue et pentue. Nous mettrons 18mn de plus que lors de mon échappée de l'année précédente, alors que j'avais plus de 65 bornes de Belledonne (20h de course) dans les patounettes !

Il y a du monde auprès des chalets de la Grande Valloire: l'abri comme le privé. Je discute rapidement avec le groupe devant le chalet privé, qui m'indique que l'abri est occupé par un couple, et qu'à midi il n'y avait personne à la Fouetterie... Midi... Bon, nous verrons bien.

La nuit s'est installée, mais la flemme nous décourage de sortir la frontale, et nous profitons de l'éclairage de la lune, presque pleine, qui est finalement suffisante pour parcourir les 1.2km restant pour rejoindre notre base vie, le chalet de la Fouetterie...

Que nous trouvons finalement vide. Yes ! On a de la place sur matelas, une cabane bien isolée, un poêle, du bois...

Aller, hop, mission bois. Découpage compliqué avec les scies. Allumage de poêle. Changement de fringues. Et voilà, nous sommes installés, comme des princes, sur un banc devant le poêle, qui ne tarde pas à s'occuper de cuire nos saucisses-merguez.

23h15. La pression retombe et le sourire revient alors que l'on s’envoie une canette de binouze bien secouée.

Nous profitons ensuite des matelas pour passer une excellente nuit, avec un réveil assez tardif.

Chalet de la Fouetterie - Le collet d'Allevard

9h, nous revoilà en forme à repartir au petit trot pour le col de Moretan. Vu notre retard, je décide de zapper le passage par Gleyzin: ça n'apporte de toute façon rien pour notre balade, et tant pis pour la reconnaissance. De toute façon c'est de la piste forestière en grande partie. Rien de bien spécial.

Nous bifurquons donc vers la Croix du Léat, pour continuer directement sur le refuge de l'Oule ensuite. C'est probablement le chemin emprunté par le 85km de l'EB (à part qu'ils doivent prendre directement depuis le Lac du Léat sans monter à la croix du même nom), mais je n'ai pas vérifié.

A la croix, une petite pause photo s'impose. J'essaie de reconnaître où peut bien se cacher le col de Moretan dans toute cette caillasse devant nous.

Le sentier entre le Léat et le refuge de l'Oule est bien plaisant, difficile à relancer, pas excessivement technique mais glissant, ça descend, ça remonte un peu, ça redescend...

Nous arrivons dans l'alpage de l'Oule, rempli de moutons. Les patous nous laissent tranquille: nous sentons un peu fort le bouquetin, peut être ?

Au refuge, il est temps de reprendre quelques forces, avec notre ravito perso, en profitant d'une table de picnic. L'occasion de faire goûter à André ma noix de jambon. un délice :)

André, lui, profite de l'arrêt pour straper son genou, qui commence à tirer sérieusement... Zut.

Aller, zou, c'est reparti. 700m de dénivelé bien pentus, et grosso merdo, dans du rocher instable. A 300m, une nouvelle pause photo s'impose, et nous vérifions l'itinéraire. Il s'agirait de ne pas nous retrouver sur le glacier du Gleyzin. En effet, deux traces sont visibles dans les névés encore bien présents à cette altitude.

L'ascension du col de Moretan se fera d'ailleurs à 85% sur la neige, ce qui permet d'éviter les blocs branlants et de foncer dré dans le pentu de la façon la plus directe.

André sort ses yaktrax et suit les traces tandis que je garde mes crampons dans le sac: il est près de midi et la neige est bien mouillée sur quelques centimètres. Je fais ma propre trace en m'éloignant bien de la trace principale qui suit grosso merdo le talweg, mais qui présente parfois des pentes plus fortes que quelques mètres à l'écart.

L'occasion de mettre une bonne mine à André, ce dont je n'ai pas l'habitude, car l'ex pistard a une sacré caisse et vitesse :-)

Je l'attends en haut en prenant des photos: c'est superbe. De là haut, on réalise à quel point c'est pentu, que la fin de l'ascension nécessite les mains, et que la descente va nécessiter un peu d'attention :)

Le névé est encore bien grand et commence très tôt, dans une pente très forte. André part devant, alors que je préfère prendre vraiment le temps, car étant très chargé, j'imagine que j'aurais du mal à me retourner, m'arrêter, si je venait à tomber et glisser sur les sacs. J'en ai derrière comme devant. André tombe sur le cul et fini en luge, heureusement sans prendre trop de vitesse et sans se prendre de rocher. De mon côté, c'est une descente prudente sur la carre de la chaussure gauche et sur le genou droit, en plantant les bâtons comme s'ils étaient des piolets, en embarquant 5 à 8cm de neige bien mouillée à chaque dérapage.

La crête pour descendre la moraine est bien sur découverte de neige, mais légèrement humide tout de même. Je continue à prendre mon temps, ce n'est pas le moment de se blesser. Je ressent fortement le poids de mes sacs. Et mine de rien, la pente est bien importante ! Ici l'organisation tend des cordes fixes qui permettent de dévaler l'arête en courant, une main le long de la corde, le jour de la course.

Enfin, le lac Moretan Supérieur ! Superbe endroit pour un picnic de qualité ! Nous sortons nos victuailles: restes de saucisses-merguez, pain, mes fromages chinés en montagne, qui commencent à suer avec délicatesse...

Au soleil, dans ce magnifique espace sauvage, nous faisons le plein de vitamine D, nous reposons... Après un petit plouf dans le lac, pour moi seulement: André n'ose pas y tremper plus que le bout des pieds :)

Il nous faut cependant continuer. Nous n'avons parcouru qu'environ 10km ! Il est près de 16h.

Nous traversons alors les alpages de Perioule, qui sont moins roulant que je ne le croyais, et me souvenais. La descente au barrage du Carre est trottée, mais par la suite, je sens qu'il faut ralentir le rythme: mes cuissots comme le genou d'André risquent de ne pas apprécier les 600mD- restant, pas mal techniques par endroit, et bien pentus, avec tout le poids sur le dos, si on les cours.

Nous marchons donc d'un bon pas, tandis que je me replonge dans des calculs. J'ai l'intuition qu'il va être difficile d'atteindre le sherpa pour acheter notre ravitaillement, même si c'est faisable. Plus compliqué: nous aurons encore 21km ensuite pour rejoindre l'arrêt prévu pour la nuit.

Bon, dans tous les cas, ne pas se fermer d'options, donc arriver tôt au Collet d'Allevard: il faut tracer. Attends André, tracer, oui, mais quand même, je ne peux pas me mettre dans le rouge :D !

D'un coup, bifurcation à droite, vers le refuge de la Pierre du Carre. Merde. La putain de connasse de montée de merde qui m'avait fusillé 42 fois l'année dernière. Et de nouveau, c'est en plain cagnat que l'on monte dans cette large piste dégueu. C'est long, c'est dur. Heureusement, pas aussi difficile que l'année précédente. Il fait moins chaud tout de même, je ne suis pas déshydraté. Mais, pfiou. Quelle montée de MERDE !

Finalement, nous dépassons le refuge, et continuons vers Super Collet, au pas. Le chemin en balcon peut se trottiner mais là, plus le cœur ni la force. J'envisage toutes les possibilités, et en fait part à André.

Faire une sieste tôt ce soir, après être passé au sherpa. Continuer en marchant toute la nuit. Refaire une sieste le matin, avant de terminer et qu'il reprenne le volant. ?

En tout cas, on va avoir du mal à aller à notre arrêt prévu du chalet des Platières, à 21 bornes ! On en aura fait 25 en 10h en arrivant au Collet d'Allevard ! Il resterait encore quelque-chose comme 25bornes, et plus de 2000m de descente le lendemain. ça parait surréel. On est pas là pour se faire mal. Et puis clairement, si on continu comme ça, on est pas sortis de l'auberge: la voiture est à récupérer à Vizille ! Et André qui voulait rentrer "pas trop tard" !

Mais... On est pas obligés d'aller jusqu'à Aiguebelle... Tant pis pour la reco, on est surtout là pour faire une bonne bambée en Montagne, et c'est ce que l'ont fait ! De toute façon, avec le retard pris dès le premier jour...

Je propose donc un raccourcissement important: On se fait un restau au Collet, on dort à la belle étoile sur place, et on descend le lendemain matin à Allevard, ou nous aurons des transports en commun pour rejoindre Grenoble, puis Vizille.

Petite discussion sur la belle étoile: une première pour André. Nous passons en revu les sujets température, loups... Aller, on fait ça !

Une petite vérification sur le smartphone nous confirme que des bus transisère nous viendront en aide à Allevard, pendant que nous nous installons en terrasse d'un restau. Je laisse un message sur kikourou, indiquant que nous sommes "chez Campdedroles" (Thomas, un kikou, qui vit là). Nous nous restaurons vaillamment et dressons le plan de bataille pour le lendemain matin: partir tôt, pour arriver à Vizille assez tôt et arriver à Lyon en début d'après midi.

Ce sera donc un réveil vers 4h30 du matin, pour être parti à 5h pour descendre les 1000m de dénivelé vers Allevard, au pas.

Alors que nous commençons à remonter la piste après être sorti du restau, nous sommes rattrapés par Thomas, qui a vu mon message sur Kikourou et nous as vu passer en bas de chez lui. Il nous accompagne jusqu'à un télésiège, endroit qu'il nous conseille pour notre pause dodow puisqu'il est protégé du vent et offre un replat. Merci Thomas :)

Après une sympathique discussion nous nous séparons avant que nous n'attrapions tous froid, et André et moi nous préparons à une nuit étoilée. Je lui prête une micropolaire, car il a peur d'avoir froid, avec le peu de couches qu'il a emporté.

Pour ma part, j'ai plutôt peur d'avoir chaud :D J'ai trimballé ma doudoune, ai 2 ou 3 couches légères en dessous, et un sursac "survie" thermique plus un sursac classique au dessus de mon sac de couchage.

André est vite couché et endormi. Moi j'attends les étoiles en tentant de prendre quelques photos du coucher de soleil depuis mon sac de couchage.

4h30 environ, André me réveille. Nous remballons le tout à la rache, restant de toute façon habillés en mode nuit, puisque nous allons marcher à faible rythme. Et c'est parti pour une longue descente, tranquille, aux aurores. Le soleil se lève doucement, illuminant d'un éclat rosé les sommets de Chartreuse.

Nous arrivons alors qu'un premier car pour Grenoble démarre, sous nos yeux. Nous aurons plus d'1h30 pour prendre un petit dej copieux, débriefer de cette bonne sortie, disserter de la qualité du mesh des chaussures kalenji, que porte André... Complètement défoncées, les orteils qui en sortent.

La balade se termine donc ici. 125km 9500mD+ en un poil plus de 3j, avec deux nuits en cabane et une belle étoile. Le parcours de l'EB a été largement coupé, mais ça m'a tout de même remis en tête une bonne partie.

Et surtout, j'ai passé un super week-end en très bonne compagnie ! Merci André, merci Rémi ;-) !

Pour en remettre une couche sur l'aspect reco, j'accompagne Rémi pour sa première sortie de nuit 4 semaines plus tard. En effet, il va nécessairement devoir passer une nuit dehors lors de l'EB85, et aimerait voir ce que ça fait. Il aimerait également reconnaître le col de Moretan. Après un échauffement en bon et dûe forme au dessus de Pinsot, nous reprenons la montée infernale au dessus du pont de la Valloire, du lac du Léat au refuge de l'Oule, le col de Moretan, que nous franchissons alors que les premières lueurs du lever du soleil apparaissent...

Rémi la buse, à nous de jouer maintenant :-p le jour J approche !

  • Rémi et André au lac Achard

  • Ciel couvert depuis le départ, mais OK

  • De plus en plus humide alors que l'on se rapproche des lacs Robert

  • Rémi ennuagé

  • Ambiance humide !

  • On se pèle le jonc...

  • Au dessus du habert des Sabottes

  • Rémi pointe le col du Loup

  • Col u Loup sur la droite, nous avons traversé la moraine au centre

  • Météo et paysage au top pour débuter la journée !

  • Pointe de la Sitre depuis le col

  • Rémi et André au col de la Sitre

  • Et moi même

  • Détour par le magnifique lac Blanc

  • Rémi tout sourire d'apprendre qu'il arrive à destination

  • Le lac Blanc

  • Le guide :p

  • André, la banane !

  • Rémi tous les signaux au vert également !

  • Pose cryo !

  • Depuis le col de la Mine de Fer

  • ça grimpe dur dans le cailloux

  • Rémi en chie...

  • Descente vers le lac de Crop

  • MAAAANGER ! BBQ au chalet de la Fouetterie

  • Décors de carte postale devant le chalet

  • Notre accueuillante cabane non gardée

  • La station du Pleynet en face, ou nous etions hier soir...

  • Croix du Léat

  • André pose devant le Grand Moretan

  • Au replat au dessus du refuge de l'Oule

  • Le col de Moretan n'est pas encore visible, sur la gauche

  • Bim, on va monter dré dans le pentu

  • Depuis le col de Moretan: versant SO

  • Les derniers decamètres sont très pentus

  • Versant NE: encore bien enneigé

  • Horizon bien dégagé !

  • Les derniers mètres nécessitent les mains :)

  • André au top, malgré le genou qui tire un peu

  • Kikourou ? Nous on court dans Belledonne !

  • Le binome de choc !

  • Lac Moretan supérieur... pause plouf !

  • Ravito !

  • Sympa l'emplacement du ravito, d'ailleurs

  • De belles couleurs

  • Mais elle est un peu froide

  • On s'attarde un peu, dans cet endroit sublime

  • Gros troupeau... qui nous bloque un instant

  • Thomas nous indique un endroit où dormir à la belle

  • Bonne nuit, André !

  • Belledonne 1 - 0 Kalenji (mes chaussures: 1)

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