CHARTREUSE ADVENTURUM

Chartreuse adventurum. Le nom était vite trouvé dès lors que je me rabattais sur le massif de la Chartreuse pour ces 4j à passer du côté de Grenoble, billets de TGV réservés à l'avance, alors que les conditions d'enneigement, et les prévisions météo, m'invitaient à laisser tomber le plan bivouac dans Belledonne à tâter du col à 2600m avec crampons et piolet. Il fallait me rabattre sur un projet plus sec, moins risqué en solo, et la verdoyante Chartreuse se rappelait à moi, boudant encore et toujours le Vercors qui lui fait face. A deux semaines de la Chartreuse Terminorum, l'import de l'étasunienne barkley's, qui de part ses règles et son mythe entretenu de "course la plus dure du monde", brasse de plus en plus les esprits des ultratraileurs français, le clin d’œil s'impose. Loin des souffrances que s'imposeront les concurrents, je vais me la couler douce, ce sera rando-bivouac, et si possible, un peu de photo.

Départ jeudi matin de Paris à 6h du mat, un TGV m'emmène à Grenoble où je fais quelques achats, notamment d'une carte SD pour l'appareil photo... ça aurait été dommage de trimbaler le reflex pendant 4j sans pouvoir shooter à cause d'un oubli ! Puis je prends un bus pour Bernin, un peu avant Crolles. Avec un retour de Fontanil-Cornillon le dimanche, je crois que je vais pouvoir partager sur www.changerdapproche.org/ :-)

J'avais dans l'idée de repasser à la dent de Crolles en passant par le trou du Glaz, mais choisissant un chemin sans vérifier la carte alors que je discute, dégoulinant de sueur sous les rayons ardent du soleil et les 25° ambiants, pendant la fin de la montée sur le plateau de St Pancrasse, avec un randonneur, je bascule vers St Hillaire et choisis alors le pas de Rocheplane. De la bonne grimpette sans fioritures, bien comme j'aime. Tellement droit dans la pente que lorsque le chemin traverse une ravine, après la sortie de la forêt, je ne m’émeus pas de la tronche de ce que je perçois comme étant la suite: droit dans le pentu dans la ravine... Je finis par me rendre compte de mon erreur, mais c'est un peu tard pour faire demi-tour, je ratrappe donc le chemin plus haut, après une ascension peu reposante entre ravine et pentes herbeuses de belle verticalité.

Comme à de nombreux endroits en Chartreuse, les hauteurs sont sculptées avec délicatesse par l'érosion... Bien que les nuages commencent à s’amonceler, je profite encore de la vue sur Belledonne, avant de m'engouffrer en Chartreuse. Des marmottes détalent à mon arrivée. Le soleil illumine l'herbe et les quelques fleurs qui reprennent leur droits après la fonte de la neige, encore présente par ci, par là.

Je visite une grande cavité dans la roche, puis monte sur la crête, la parcourant par le piton de Bellefont, et jusqu'au col éponyme. C'est bien joli, tout calme, et je me sens bien. Il faut cependant que je pense à un endroit où dormir, et que je refasse le plein d'eau, je suis assoiffé. La source de l'Aulp du Seuil n'est pas loin, je m'y rend donc par le GR9, abandonnant l'idée de suivre la crête, vu l'heure tardive et la météo changeante. Les nuages se font en effet de plus en plus présent, et le foehn, dont la température n'est pas si chaude, souffle à belle vitesse sur le col. Je découvre la nouvelle cabane de l'Aulp, reconstruite après l’incendie de l'année dernière, et qui est malheureusement, consécutivement à cet incident, maintenant fermée.

Un zone de replat au bout de l'alpage, juste avant de pénétrer dans la forêt, me procure un endroit où passer la nuit. Je met en place le tarp puis fait griller mes saucisses sur un petit feu violemment attisé par le vent malgré les hautes pierres que j'ai disposé autours. Celles cies englouties, je m'empresse d'éteindre les quelques braises restantes et m'abrite au chaud, dans mon sac de couchage cumulus -5°, le visage fouetté par le vent malgré la disposition du tarp visant à m'en protéger. Quelques heures plus tard, alors que j'ai du mal à m'endormir, la pluie commence à tomber. Zut, c'est en avance sur les prévisions, qui indiquaient de belles précipitation pour la journée de vendredi, mais qu'à partir de 6/7h du matin. La pluie n'est que de courte durée, jusqu'à l'éclatement d'un orage de chaleur. Le ciel est régulièrement illuminé d'une forte lumière qui donne une belle tinte violette, mais je ne vois aucun éclair vertical, la foudre n'a pas l'air de tomber, en tout cas pas dans les environs. La pluie revient. Pour le moment, j'en suis protégé, malgré la taille contenue de mon tarp.

Finalement, j'arrive à m'endormir. Enfin, visiblement, j'ai dormi, puisque c'est la neige qui me réveille, et que le jour se lève. Le vent à tourné, il vient maintenant du NE et pousse les flocons vers moi. La neige tombée pendant que je dormais s'est accumulée sur le tarp, qui s'est affaissé et ne me laisse plus d'espace au dessus des jambes et du ventre. Drôle de réveil :-), ça ne donne pas envie de traîner pour le petit dej.

Vite habillé (en tenue de combat anti-pluie), sac vite rangé (sans compresser le sac de couchage ni le sortir du sursac, pour éviter de le tremper), je me met en route pour rejoindre une cabane non gardée, dans le plan d'y faire sécher un peu mes affaires et éventuellement d'y passer la nuit. Je n'ai pas très envie d'aller jusqu'à la cabane de l'Alpette, ça ferait loin pour aller passer la journée vers le Grand Som, tout en me ravitaillant, et en espérant croiser Bert qui est parti en week-end de prépa terminorum. Heureusement, la partie laissée ouverte au chalet de l'Alpe est accessible puisque le berger n'est pas encore monté. C'est très sommaire mais ça suffit pour m’abriter des précipitations et me permettre de faire respirer un peu le matériel, ainsi que de le ranger plus correctement avant de repartir. J'allume également un feu, pour y faire griller mes merguez et tenter de sécher un peu: j'ai un peu pris l'humidité entre la neige et la transpiration. La ventilation n'était pas évidente à gérer entre les traversées de lapiaz, les passages hors sentier perdu sous la neige, et le petit dej pris en marchant sous les flocons. Le tirage de la cheminée est totalement absent, et le feu enfume la pièce, que j'aère tant que possible en ouvrant porte et fenêtres.

Finalement, une fois merguez englouties et sac réarrangé, le soleil et la chaleur ont refait surface et la neige fond à vue d’œil. Je me remet en marche avec pour but de me rendre vers le Grand Som en passant par le Château, dans l'optique de passer la nuit au plus proche du sommet afin d'y monter au lever du soleil.

Je tombe des couches de vêtements à mesure que je descend et me retrouve au soleil en sortant de la forêt, à Saint Pierre d'Entremont. Un gite de France me ravitaille en bière fraîche, fromage et charcuterie à consommer en terrasse au soleil, ce qui me met dans de bonnes dispositions pour grimper d'un bon pas au col de Bovinant.

Je profite là haut du coucher de soleil qui colore les sommets et l'horizon de tintes rougeoyantes, orangées ou violacées. La visibilité est parfaite et le lac d'Aiguebelle, au loin, tranche par sa platitude avec les sommets environnants.

Un espace moins pentu, le long d'un paroi rocheuse en abord du chemin menant au Grand Som, sera mon espace de bivouac. Bivouac avec vue, à 1830m d'altitude. Il faut simplement ne pas être regardant sur le confort et la taille de la chambre :-) Malgré le sac placé sous mes pieds pour contrer la pente, je passe une partie de la nuit à la remonter et à me battre l'impression de glissade en dehors du tapis. Je finis toutefois par m'endormir, pour me réveiller, avec une certaine déception, dans les nuages. Visibilité 0. Au moins, mon choix d'emplacement s'est révélé judicieux puisque le nuage est légèrement écarté de la parois rocheuse, qui me protège de l'humidité. Encore une fois, pas le temps de traîner.

A nous deux, le Grand Som ! Bien entendu, je ne vois absolument rien, ce qui est dommage puisque la crête nord et le sommet donnent un très beau point de vue sur la Chartreuse et au delà. La neige, très peu présente, craque doucement sous les pas, s'étant endurcie par les températures douces de la nuit. Elle ne complique toutefois ni l'accès au sommet, si sa descente par le pas du Racapé et le pas de la Suiffière.

Plus bas, dans la forêt, alors que je descends avec entrain vers St Pierre de Chartreuse en vue d'un copieux peti dej, je croise 3 traileurs... Ne serait ce pas... Si, c'est Bert ! Et ses deux acolytes. Nous avions parlé de dîner ensemble, nous convenons de nouveau pour nous retrouver pour un repas "assez tôt, 19h", et chacun continu de son côté. La boulangerie de St Pierre me procure un abri au chaud, pendant un rapide passage pluvieux matinal, un réapprovisionnement en électricité pour le smartphone, et du carburant pour continuer à mettre un pied devant l'autre. 2 doubles cafés, 3 croissants, une brioche nature, une paille aux myrtilles, un gros sablé aux amandes plus tard, me voilà prêt à attaquer la Scia, balisé kilomètre vertical par la station de trail. Le KmV ne monte que jusqu'au bec, je poursuis sur la crête jusqu'à la croix et décide de descendre de l'autre côté. La carte IGN indique la présence d'un chemin que je ne vois pas, mais la descente à vue m’amène à une piste de ski. S'ensuit alors une longue descente, en bonne partie sur des pistes de VTT, qui ont l'air de ne plus être entretenues... Ce qui est peut étonnant vu les déboires financiers de la station et la décision récente de ne pas ouvrir cet été.

De retour à St Pierre en début d'après midi, je me pose dans l'herbe, pieds à l'air, pour une petite sieste au soleil face à Chamechaude. Le vent est un peu frais, mais le repos fait du bien, notamment aux pieds, qui commencent à souffrir de l'humidité: des crevassent et une ou deux ampoules ont fait leur apparition. 19h approchant, je me met en quête de Bert, dont je n'ai pas de nouvelles, et de ses compagnons. A plus de 19h25, sans nouvelles des 3 lascars, je décide de laisser tomber et de continuer mon périple. La faim au ventre, je me dirige donc vers le Charmant Som. J'avais prévu de viser le refuge d'Hurtières après le restaurant, autant y aller au plus tôt, le plus vite. J'ai beau me douter que le refuge sera probablement occupé, j'ai un vague espoir que ça ne soit pas le cas. Imaginer pouvoir dormir sur un matelas, à l'abri, me réconforte, alors que l'on ne placera pas les deux dernières nuits dans la catégorie "grasse mat'" et que le restau tant attendu s'est volatilisé.

La faim est trop intense cependant, je pioche donc dans le pain du lendemain et mâchonne longuement un quignon pour tromper la satiété, tout en continuant d'avancer, non sans penser à esquiver ce plan de têtu alors que des perspectives plus agréables peuvent être imaginées. Je suis en effet sur le chemin qui peut mener à St Hughues. Et si "La cabine" était ouverte ? Je m'y ferait une fondue aux cèpes, par exemple... La cabane de Velouse, ou le habert de Chamechaude remplaceraient alors le refuge d'Hurtières sans aucun problème. Et une bonne bière... Mais non, aller seb, tu bouffera quand tu aura terminé ta bambée ! :-D

Calculant que j'ai une chance de profiter du coucher de soleil dans les derniers décamètres de l'ascension du Charmant Som, j'appuis le pas. Peu avant le Collet, cimes orangées s'offrent en effet à mes rétines. Chamechaude, la dent de Crolles, et derrière, Belledonne, illuminés. C'est magnifique. Pris dans ma montée infernale, je ne sors pas l'appareil photo, ne voulant pas faire de pause avant le sommet. Ce qui est bien entendu ridicule car de trop haut, le rendu à l'ultra grand angle parait comme écrasé, ça manque de matière, et par ailleurs, il fera bien trop sombre pour clicouiller à la vas vite. Malgré la coupe dré dans le pentu hors sentier sitôt que les pentes herbeuses apparaissent sous le pied, il est bien trop tard pour shooter, et le vent me frigorifie instantanément pendant ma très rapide pause au sommet.

Zou, descente au col de la Charmette, remontée au goulet d'Hurtières. Et que ça saute ! Quelques chamois s'écartent tranquillement à mon passage, puis plus bas, c'est biche et chevreuils que je découvre grâce à leur yeux réfléchissants la lumière de mon frontale, indiscrétion contrastant fortement avec leur pelage et attitude dans cette forêt devenue bien sombre.

J'arrive devant le refuge d'Hurtières assez tard, peut être 11h. Ayant épuisé la batterie de mon téléphone (j'en garde un chouillat par sécurité) et la batterie externe, que j'avais prévu de recharger au restaurant, je ne saurais dire. Mais les lieux sont bien calme, bien que des gobelets trônent sur la table, dehors, et qu'une tente soit montée devant. Un dernier petit espoir me fait ouvrir la porte pour vérifier que les matelas sont occupés. Oh, pas de doutes ! Ils m'ont l'air nombreux là dedans !

Ce sera donc une belle étoile, au frais devant la cabane. D'un côté, c'est plutôt pas mal, le ciel est totalement vierge de nuages et rempli d'étoiles ! Installé sur un sol plus plat et sous cette voute étoilée, plus fatigué que les jours précédents, je m'endors cette fois sans difficulté.

Au réveil, un garçon d'une quinzaine d'année sors de la cabane. Nous discutons. Ils sont une dizaine, et fêtent l'anniversaire (les 10 ans) de sa petite sœur, une tradition familiale puisque lui et son frère ont également fêté leur 10eme anniversaire dans un refuge. Progressivement, toute la tribu se lève, cours après les mouflons, va chercher du bois pour remplacer la consommation de la soirée... Je donne un coup de main pour préparer le feu à l'extérieur, afin de faire chauffer de l'eau pour le petit dej, que je prends en leur compagnie. Un thé le matin, ça fait du bien, tout de même ! Cette fois ci, tous les paramètres sont réunis pour prendre le temps ! Il fait beau, je peux utiliser un bol du refuge pour boire un thé, je suis en bonne compagnie... Et pas pressé puisque mon train est tard en soirée et que ce n'est pas lors de cette 4eme et dernière journée que je vais repartir à la conquête de nombreux sommets avec des pieds endoloris.

Je me contente de la Grande Sure, par la face sud pour l'ascension (quelle belle montée sèche, très plaisante !), et la nord pour la descente, pendant l'heure d'affluence. Je préfère donc m'éloigner un peu des "autoroutes" et divague sur les crêtes. J'y croise un couple d'anciens qui observent des mouflons aux jumelles et avec qui je discute un moment, notamment de la possibilité de descendre la crête des rochers de Chalves puis de l'Eglise... Il y aurait un balisage bleu... En tout cas, ça se fait. Tant mieux, je voulais aller voir.

Ce que je fais donc: montée sèche aux rochers de Chalves après le refuge des Banettes, puis balade sur la ligne de crête, suivant des sentes qui au début sont faciles à suivre. Mais ça fini par se corser un peu, ce que j'imaginais bien sur, mais lors que je me retrouve en plein dans les lapiaz, et que la pente devient bien plus importante, je me met à hésiter, à calculer... Certes, il y a des champs de lapiaz, puis une vire, je sais qu'il y a des difficultés, j'en ai parlé tout à l'heure... Mais ça se fait. Mais je n'ai vu aucun balisage, et là, j'ai aucune visibilité sur la suite. Et ça semble diablement pentu. Même si j'ai encore du temps devant moi, ce n'est peut être pas une bonne idée d'aller voir toujours un peu plus loin. Avec un sac de plus de 10kg, et la fatigue de plus de 3j de bonne balade, ça n'est pas le moment de chercher les ennuis. Je stoppe donc au seul cairn croisé sur la crête... Endroit qui offre une vue assez plongeante sur la suite du programme !

Aller, zou, retour par le chemin classique pour Mont St Martin, bien connu et tout simple. La tension, l'adrénaline s'évanouissant, je remarque que mes pieds sont bien douloureux et la descente n'est pas une partie de plaisir. J’atteins tout de même Fontanil Cornillon en fin d'après midi, et saute dans le tram pour Grenoble, avec les épaules et cuissots rouges de coups de soleil, et la tête encore là haut.

La balade fait tout de même 110km / 8000mD+, un bon ratio chartrousien :-) Bonne survie aux concurrents de la terminorum... Moi j'en ai pas terminé avec ce beau massif ;-) !

  • En haut du pas de Rocheplane

  • Gendarme face à Belledonne

  • La neige laisse place aux fleurs

  • Dôme de Bellefont et Lance de Malissard

  • Lance de Malissard et col de Bellefont

  • Crête entre le piton et le dôme de Bellefont

  • L'Aulp du Seuil depuis le col de Bellefont

  • Ravito grillades <3

  • Installation du bivouac

  • Au réveil... coucoui la neige

  • ça pose tranquillement

  • Protection minimale

  • Lapiaz enneigés

  • ça pose vraiment pas mal pour une fin mai !

  • Y a qu'à suivre le GR, facile

  • Coucher de soleil au col de Bovinant

  • Il pleut au loin ? Pas ici ! :-)

  • Le Petit Som à l'heure bleue

  • A 2 mon bivouac

  • Réveil embrumé...

  • Pas du Racapé

  • Plateau d'Hurtières

  • la Grande Sure sur lit de jonquilles

  • Les belles bleues !

  • Plateau d'Hurtières

  • La Grande Sure, le Mont Blanc à droite

  • la Grande Sure

  • Descente escarpée des rochers de Chalves vers les rochers de l'Eglise

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