Échappée Belle 2015

Échappée belle 2015, quelle belle balade !

Dimanche, 11h20

Je franchis en marchant tout sourire la ligne d'arrivée en compagnie d'Olivia, avec qui je partage le contenu de ma flasque. Vous savez déjà certainement qu'elle contient de la chartreuse.

État d'esprit ? C'était une bonne balade. Longue, et j'ai un peu mal au pieds. C'est temps que ça se termine. Content de réaliser cet objectif, accueilli par quelques kikou, tout ça est bien agréable.

Sans plus.

Dimanche, ~ 18h

Je suis dans un train pour Lyon. La fatigue est présente, et surtout, l'émotion. Mais quoi donc ? Comme une petit blessure begnine de l'esprit.

Pourquoi faire ça ? Qui comprendra ? Et après, que faire ?

L'échappée n'était pas un objectif sportif. Il est atteint. On pourra pinailler sur mon départ rapide et mon arrivée tardive, ma gestion de course rock'n'roll et des tas de détails finalement sans importance, la traversée, qui a rythmée ces 8 derniers mois de ma vie, c'est fini.

Je ne compare évidemment pas les performances, les disciplines, la folie et le talent entre ce que je viens d'accomplir et ce que fait Ueli Steck, mais je repense à ses paroles dans "On ne marche qu'une fois sur la lune", qui m'avaient beaucoup marquées. Cette incompréhension des personnes qui t'entourent. "On est seul".

Bien sur je ne grimpe pas l'Anapurna avec deux cure dents, et c'est presque risible de citer un extraterrestre de l'alpinisme. Mais passer le col de Bauvinant seul de nuit dans la neige par brouillard épais ou terminer l'échappée avec deux jours, deux nuits d'effort, c'est une réalisation bien importante pour le petit être chétif que je suis, qui sort de quelques années d'oisiveté physique et d'intoxication. Et personne autours de moi pour le partager réellement.

J'ai en tête un bout d'interview de Vérole (je crois) du groupe de punk Les cadavres, qui dit qu'il a peur de deux choses dans la vie: l'ennuie et la mort. C'est pourquoi il écrit beaucoup sur ces thêmes et les met en musique. On a chacun nos moyens de lutter contre nos démons. La montagne et l'ultra endurance sont probablement les miens en ce moment. Après plus de 10 ans "d'ordinatique" à très haute dose, un retour à plus de simplicité, de nature, et moins de TMS.

Lundi, ~19h

ça va mieux, sur tous les plans. J'ai remangé, après 28h de jeun pendant lesquelles j'ai principalement dormi (16h cumulées depuis l'arrivée à Aiguebelle), ai découvert que la piscine municipale possède un sauna, et y ai donc fait un saut. Je suis tout neuf. La preuve, j'ai la flemme d'écrire ce CR. Surtout que je m'y remet à plusieurs fois, ayant du mal à doser le niveau de détails intimes livrés pouvant me faire passer pour un névrosé. En fait je retourne me coucher.

Mardi, ~8h30

Je suis tout bien remis, c'est parti pour le CR de la course elle même.

Jeudi, veille du départ - vendredi 6h:

J'arrive à Aiguebelle dans l'après midi et discute quelques minutes avec Bubulle, Jacques, Christophe, Steph, Cyss... J'en oublie peut être un ou deux, désolé. Je croise également le copaing de serrage de file du week end dernier, Fred.

Sieste dans le parc ou discussion, pasta party, puis dodow sur lits de camp militaire dans le gymnase.

Réveil en douceur par les bénévoles à 2h30, on se fait gercer les boules dehors dès 3h en attendant un car qui part à 3h30. Pendant le trajet, je discute avec Cyss, qui me dit qu'il faut que j'aille tâter le Vercors. C'est vrai que ça fait un moment qu'il faut, et c'est toujours pas fait...

Ptidej, je me blinde bien, comme à la pasta party... Faut du carburant.

Vendredi, 6h - Départ

J'y vais molo sur les premiers décamètres, je veux m'échauffer doucement et vérifier que rien ne grince avant de monter un peu dans les tours. Une fois que c'est OK, j'envois un peu plus, voire même carément pas mal, pour prendre de l'avance afin de passer plus de temps à certains ravito. Dont Jean Collet, où je "dois" prendre une bière, d'après l'arrangement pris avec Lisa, la gardienne du refuge, 2 semaines plus tôt. Par ailleurs c'est roulant et il fait encore relativement "frais", et je veux en profiter car je sais que je vais morfler plus haut, vu les températures annoncées.

A l'Arselle, je croise "la chérie de Bubulle" qui m'encourage et attend un Bubulle prudent. Ah bon, il est derrière ? :-o

Je sais que j'envoie beaucoup trop fort et que je vais devoir me calmer, mais pour le moment les sensations sont là, je continue.

J'ai juste carrément envie de courir et je suis bien. Je réagirai en cours de route selon les sensations.

~ 10h30 - du côté des premiers lacs et du refuge de la Pra

Its getting hot out there... Sans les filles en bikini.

Mais ça tappe, il fait chaud, très chaud, et ça s’amplifie... Je me sens bien lorsque je croise JuCB le champion, avec qui j'échange deux mots avant de repartir. Mais quelques km plus loin, je sens mes capacités décroitrent et lorsque j'enlève mon sac de mon dos au refuge de la Pra, je découvre des traînées de sel monstrueuses... J'en ai partout. Sur les bras, des plaques de cristaux blancs sont bien visibles... J'ai ce problème de mal gérer la chaleur à l'effort (un avantage en hiver, je cours en tshirt MC/short), et perd énormément de minéraux... Pas de sel de table au ravito. Les pâtes chinoises ont pas l'air bien salées...

Aller, c'est reparti, à l'assaut de la croix de Belledonne, aux alentours de midi. ça cogne.

Je me fais dépasser par Fred, qui a l'air en forme. Je croise M_baton le furax dans la montée à la croix, alors qu'il en descend. Il prend un moment pour échanger quelques mots et m'encourager. Quel fondu, extraordinaire... Il fait l'intégrale après l'UT4M 160 superbement réalisé le week end précédent. Rachid, rencontré sur la maxi race, que j'ai retrouvé à la Pra, prends de l'avance alors que l'on avait commencé l'ascension en déconnant ensemble. Je sens que je faiblis... Je suis liquéfié.

La vue à la croix est magnifique. J'y reste un moment pour une pause ravito-photo.

Le lac blanc sur fond de chartreuse. C'est un peu raidasse, on va contourner un peu pour y descendre, à ce magnifique lac... Par le col de Freydanne.

La descente est plus simple, je me remet à trottiner. ça se cours, c'est technique, mais ça se court au moins en bonne partie. Je suis surpris de constater que le col de Freydanne ne sera pas une difficulté: nous ne redescendons pas au lac du doménon, mais traversons le pierrier à la bonne altitude.

La descente de Freydanne n'est pas une partie de plaisir. J'adore les descentes techniques, mais celle ci ne fait pas partie de mes compétences de cabri shooté aux LSD. C'est extrêmement pentu et le mélange terre sablonneuse et pierrier me bloque. Je n'ose pas prendre de risque et descend sur la retenue, et m'explose donc les jambes.

D'ailleurs, c'est explosion de crampes à la moitié. C'est alors que Bubulle et Chti-Gone me dépassent, avec un petit mot d'encouragement.

Un peu plus bas, je retrouve Chti gone paralysé par la panique, fouillant son sac. Plus de batterie dans le téléphone (déja ?), un bâton cassé. Ça semble être la fin du monde. Je lui propose mon téléphone, mais il a besoin de numéro...

A Jean collet nous retrouvons Bubulle et sa chérie qui le dépannent. Moi je suis bien défait. Les crampes sont vite passées et les jambes sont là, mais globalement le bonhomme est légèrement déshydraté.

Jean collet

J'emprunte du sel de table au refuge, et m'enfile une eau de mer aux vermicelles, puis près d'un litre d'eau salée, sous les regards pleins de dégoût des voisins.

Puis je me rince le gosier et peaufine ma réhydratation avec une bière en discutant avec le_kéké et son pote le Dude l'esprit du trail, qui mettent l'ambiance avec une cloche.

Des kikous j'en ai croisé un max, et je ne suis pas physionomiste et ai du mal avec les noms, désolé. J'en oublie sûrement plein. La vue est splendide. D'un côté, Belledonne, très minéral, très raide. De l'autre, Grenoble surplombé des falaises de la chartreuse.

Après une très longue pose dans ce charmant endroit, je me remets en route en courant directement, sous le regard amusé du kéké.

Les sensations sont bonnes, j'ai les jambes. Je remonte des coureurs dans l'ascension du col de la mine de fer. La descente au pas de la coche est plus compliquée, je commence à avoir les cuissots tout durs, douloureux en descente. C'est le début d'une gestion de parcours étudiée. Sans rentrer dans un état d'esprit "finisher", à partir de maintenant, c'est gestion attentionnée.

Un peu de repos et étirements en discutant avec un bénévole, qui demande pourquoi s'infliger cela, et qui demande si je continue. Bien sur que je continue. Pas d'abandon, sauf sur blessure. Et il n'y aura pas de blessure.

~ 19h40: A nous deux, le col de la vache

Ca grimpe sec, mais de nouveau, les jambes sont là. Je suis facile en montée. Je donne des infos à quelques autres coureurs sur ce qui nous attend. Même si les infos indiquent des difficultés, ça semble les rassurer de savoir à quoi ils vont avoir a faire et d'être avec quelqu'un qui connaît cet endroit.

Le col de la vache m’apparaît finalement pas bien compliqué, bien moins que lors de la reco avec Chtigone et Miniping. Je progresse facilement de blocs en blocs, et me retourne de temps à autre pour admirer le coucher de soleil.

Dré dans la vache !

Au col, je sors mes deux frontales. Une à puissance normale pour passer la nuit entière sur la tête, la seconde au poignet en mode plein phare, pour bien voir le chemin et descendre rapidement. Je ne vais pas dire que je me suis éclaté dans cette descente, mais finalement, elle s'est faite avaler plutôt bien, à assez bonne vitesse et sans heurts. J'ai rattrapé le groupe qui avait pris un peu d'avance alors que je faisais une pause miam + équipement frontale là haut. Je les laisse littéralement sur place en relancant sur la partie roulante le long des lacs.

Je remonte quelques coureurs plus lents ou en perdition assis sur un rocher. Rien de bien méchant, mais c'est dur.

Quelques moments sans frontale pour admirer les montagnes éclairées par la pleine lune se reflétant dans les lacs, sous un ciel totalement dégagé scintillant d'étoiles. C'est fabuleux.

La descente au Pleynet est un calvaire. Les quadriceps sont douloureux, juste au dessus du genou. Difficile de les étirer. Ils manquent de décontraction. Tout comme dans la descente au pas de la coche, en plus intense.

Ce même problème que je vais garder jusqu'à l'arrivée, 38h plus tard.

Descente interminable, marchée sur la plus grande partie, alors que je l'avais courue lors de la reco. Je relance tout de même sur la fin, j'aimerais arriver à minuit, pour pouvoir me reposer convenablement.

0h

J'arrive au Pleynet, les poings serrés, le couteau entre les dents. Repas coureur: pasta carbo. Putain que ça fait du bien. Je mange en compagnie de Rachid et d'un pote a lui. Ils abandonnent. Je dis qu'il y a du temps sur les BH, après un petit dodow ça devrait aller mieux, mais ils sont pas convaincus et jettent l'éponge.

Douche chaude, changement de calbut et débardeur, léger massage au baume du tigre des tendons et bas des quadris, deux trois gorgées de chartreuse, et je vais me reposer 30mn. Impossible de dormir, mais les jambes apprécient de se retrouver étendues à l'horizontale.

2h - il faut y aller mon coco

Rangement du bordel, ré-habillement tout comme il faut, remplissage des bidons... Quelques échanges avec des coureurs ou bénévoles. "Tu repars ?".

Oui. J'y retourne.

Repassage de l'arche, faut se faire biper. Les bénévoles discutent avec un coureur. "SVP, vous pouvez me biper, j'aimerais repartir". Le coureur stop les palabres et m'accompagne.

Je ne me souviens plus de son nom. Mais ce gaillard et moi allons faire un petit bout de chemin bien sympa. être a deux est motivant et nous nous entendons sur un bon rythme, effréné même, pour dévaler la pente puis commencer à remonter vers la grande Valoire. Dans la montée je le sème cependant, ainsi que d'autres coureurs remontés.

C'est dingue comme j'ai les jambes en montée. Sans bâtons, j'avance quand même vraiment bien. Bon c'est relatif aux autres et aux sensations après déjà de longues heures de course, mais tout de même, je suis bien content de mon rythme.

Ce qui n'empêche pas d'être bien content de croiser les chalets de la Valloire, et de prendre quelques cafés si gentiment proposés par des bénévoles en ravito non officiel, et de se réchauffer près du feu.

Je signale à un bénévole la présence d'une coureuse à 5m, qui dort recroquevillée dans un trou, ayant visiblement froid vu la position. Elle ne voulait "pas déranger", déclarera t-elle au bénévole, qui l'installera dans le chalet ou près du feu.

Quand je pense que plusieurs coureurs sont passés devant sans rien dire...

6h: il faut maintenant descendre aux gleysins

Je puise dans le mental, car mon souci de quadris tendus est plus présent que jamais. Il m'arrive de relancer dans des pentes douces, mais les pentes plus importantes sont affreusement douloureuses.

Je m'arrête parfois auprès d'un ruisseau pour refroidir les cuissots, ce qui fait du bien musculairement mais brûle l'intérieur des cuisses, qui frottent depuis le départ et dont l'échauffement est parfois hardos. L'eau réveille la douleur. Faudra crémer tout ça à super collet, j'ai laissé la nok dans le sac d'allègement (c'est con !)...

7h: Gleysin

Je retrouve Chtigone, qui m'annonce qu'il bâche. Je lui demande s'il est sur, il a encore près de 3h sur la BH. Soupe, dodow 20mn. Chtigone confirme qu'il abandonne. Replein des bidons, resoupe et café...

Même topo qu'au Pleynet, ça se regarde dans le rouge des yeux: "tu repars" ?

Oui. J'y retourne.

C'est parti pour approximativement 1500m de dénivelé positif d'une traite.

Je tente de me mettre sur un pas régulier.

Dans l'ascension du col de Moretan, je me fait doubler par les premiers avions de chasse du 85km. Je me met de côté pour les laisser passer, c'est l'occaz d'une petite pause.

Les 3 premiers volent littéralement, s'appuyant sur les bâtons pour sauter au dessus des blocs. Une nana est dans le top 10, peut être même moins, et vraiment impressionnante de facilité.

Quelques uns ont un petit mot d'encouragement, c'est sympa.

11h

Je termine l'ascension du Moretan avec les mains, j'ai pas suivi le balisage, à 3m près je suis sur de la pente glissante et fait du dré dans le pentu à quatre pattes.

Putain, Moretan, check !

En descendre n'est pas une partie de plaisir. Non seulement le problème des quadris est toujours bien présent, mais en plus le cagnât est de retour et je commence à manquer d'eau. Je parviens néanmoins à Périoule sans dommages, et ne m'arrête que très peu de temps. Refaire le plein d'eau, et zou. Ca fait un moment que plus rien ne me tente sur les ravitos, et là j'ai clairement plus envie de bouffer ce qu'il y a a dispo, et pas faim non plus.

Dans la descente qui suis Périoule, je me fais dépasser par Chantrail et Fusalp, sur le 85. Sur le coup, j'avais compris "chanterelle", donc je lui ai dit que son pseudo ne me disait rien. Pas frais le seb :D

En fait si, j'étais pas mal dans cette descente. J'ai même fait lièvre pour un coureur du 85, qui m'a suivit en trottinant allègrement la descente un peu technique mais pas trop, avant que je le laisse filer une fois sur le plat. Encore l'occasion de discuter, bien sympa.

Les timings me semblaient bons, j’allais pouvoir faire un bon repos à Super collet. C'était sans compter sur "la montée à la con" au pré carré.

Quelle grosse merde, ce chemin. En pleine forêt, pas un single track, mais un gros chemin d'exploitation désaffecté bien large en plein cagnât.

Forcément, j'ai explosé. Le buff mouillé sèche en 3mn. J'ai eu l'impression de faire plus de pauses que de marche. 500m de D+ à faire un pas devant l'autre totalement liquéfié, en luttant contre l'envie de s'allonger à l'ombre ou de se laisser crever sur place.

Pas mal de solidarité de la part de coureurs qui s'arrêtent et demandent si ça va. ça va... ça va aller...

En haut je suis sec, mais j'ai trouvé de l'eau dans un ruisseau et ne m'arrête pas au ravito express du pré carré. Au contraire, je relance, et arrive en courant sur Super collet.

C'est que je vais arriver à 16h passées, et la BH est à 18h... Ne pas perdre de temps !

16h05: arrivée à Super Collet

Glou, crémage de pieds, d'entre couille, et intérieur des cuisses. étirements. 10mn sur lit de camp dans la partie secours. Mon voisin va être envoyé à l'hosto pour vérifier son cœur. Le médecin insiste, car il ne veut pas... Pfiou... 16h50: Il faut y retourner. 1h sur la BH.

"Tu repars ?"

Oui. J'y retourne.

ça remonte sur les pistes de ski. Je ménage la bête, en montant régulièrement tout doucement. C'est en plein cagnât, et j'ai reposé un peu les jambes. Pas question d'exploser ici. Ça redescend ensuite sur une pente courable, que je dévale en compagnie de deux 85km. Dont un suisse vraisemblablement, qui nous dit qu'il s'était inscrit sur le 144km à l'origine. Puis il a fait une reco. Puis il a changé pour le 85km.

Je finis par les laisser filer dans un relief plus chiant, alternance de bobosses, de pentes plus raides en descente qui réveillent les douleurs aux quadris, et aux tendons.

~20h

A la passerelle du Bens, je suis claqué, et la douleur est trop importante pour que je continue ainsi. Je vais me jeter sur un matelas et me laisse 30mn sur le téléphone. Je me relève finalement au bout de 15mn, ça va déjà mieux.

2 abandons. "Tu repars ?"

Oui. J'y retourne.

De nouveau, le retour au charbon se fait sans souci, puisque c'est en montée. J'ai encore pas mal la caisse tant que ça monte après 100 bornes et 9000m de d+.

Je remonte le groupe avec qui j'avais terminé la descente au chalet et qui m'y avait laissé 15mn plus tôt. Il y en a d'autres, dont le kikou Arthurbaldur, qui ont du passer pendant ma pause. Du chalet des Férices jusqu'au début de la descente sur Val Pelouse, je fais quasiment tout le trajet en leur compagnie. En discutant un peu, en rouspétant sur les bosses qui n'en finissent pas d’apparaître les unes après les autres, et en racontant des conneries pour rester éveillé. 40h+ de course. mais ça va. Le rythme me convient, j'ai le cardio au repos, mais l'impression d'avancer quand même, dans ce groupe majoritairement composé de 85km.

Une fois la descente sur Val Pelouse amorcée, c'est le retour du moins bien. Forcément, décente rime depuis un moment avec douleur. Associée à la fatigue, le mental se prend des baffes, mais il résiste. Ne pas faire de pause. Ne pas faire de pause. Pause à Val Pelouse.

ça fini par lâcher. Je me jette sur le côté du chemin, et laisse le groupe continuer sans moi. La pause ne sera pas longue, mais suffisante pour que je me retrouve seul pour continuer la descente au ravito. J'ai l'espoir d'arriver à minuit, ce qui me permettrait de me reposer copieusement malgré une BH proche. Je déchante en lisant un panneau indiquant Val Pelouse à 1h.

Je force donc le pas voire le trot, remonte une partie du groupe qui s'est scindé. Arthur a filé, je suis principalement avec des filles, qui souffrent aussi visiblement.

0h30, arrivée à Val Pelouse

Les yeux rouges, les jambes défoncées, mais le couteau bien ancré entre les dents. Soupe, dépoilage, couchage sur un lit de camp. Je programme le réveil à 1h30, soit 40mn de repos.

Pour la première fois, je me laisse envahir par le sommeil et me repose profondément.

Quand ça sonne, le secouriste vient me voir et me demande si je vais repartir.

Oui. J'y retourne.

Préparation lente. Changement de fringues: passage en mode nuit. Collant fin mais long, tshirt ML près du corps. C'est sec, ça fait du bien. Remplissage du bidon et de la bouteille 50cl, que j'oublie finalement sur une table.

Nous sommes 4 ou 5 à repartir, à 5mn de la barrière horaire. Les serres files sont prêts à partir.

Les applaudissements et encouragements fusent et ont une autre saveur.

Si proche de la barrière horaire, en pleine deuxième nuit, on s'arrache vraiment les doigts du cul pour continuer.

Toujours plus à l'aise en montée, je remonte du monde. Mais je marche comme un zombie. Je finis par me retrouver seul entre les deux cols. J'ai de légères hallucinations, effets d'optiques qui passent vite. Je vois un camion garé devant un chalet. Ah non, c'est un gros bloc de pierre.

Je continue un bon moment seul. Ca fait un moment que je ne m'alimente plus, je suis dégoutté du sucré et je n'ai plus que des twix et de l'eau-coca sur moi. Je lâche des rots monstrueux, et vais jusqu'à dégagez avec des hauts le cœur genre début de gerbouille. Mais rien ne sort. Le bide gargouille mais je suis parti pour quelques heures à jeun. Au détour d'un chemin, je tente de lâcher du lest, même si l'envie n'est absolument pas pressante. Mais je me dis qu'au bout de 48h, ça devient pas tip top de pas chier un bon coup. Coup de bol, j'arrive à lâcher vite fait un perfect et je reprends la route plus léger. Je me sens mieux, la nausée me quitte.

~3h

ça y est, j'ai passé les cols. Plus qu'à descendre 1200m de dénivelé d'affilé pour rejoindre le dernier ravito, dernière barrière horaire avant l'arrivée à Aiguebelle.

C'est long, c'est dur, c'est raide, ça fait mal. Je me fait reprendre par deux coureurs. Je leur avait mis 10mn facile... Qu'est ce que je suis mal en descente.

J’essaie de pas les lâcher, pour me motiver à avancer un peu. ça devient un peu moins raide et en single track en forêt, je me met à relancer. finalement ça passe, alors j'envoie un peu, et reprend de l'avance, ils ne me suivent pas. Bon, tant pis. Je reprends alors la marche sur les larges chemin d'exploitation. Si on avait été en groupe, peut être aurais je eu la motivation de courir un peu. L'heure passe, et le kilométrage sur la montre ne bouge pas. J'atteins pourtant l'altitude du ravito.

Bordel, il reste 3/4km... Et il est déjà bientôt 7h. Alors j'envoie la purée. Je relance sur du plat, faux plat, dans les zigouigoui tout pourris qui nous emmènent au pontet. Je donne tout ce que j'ai pour arriver le plus tôt possible. J'aimerais dormir un peu. Au moins faire une pause correcte avant de repartir.

J'arrive à 7h24 au pontet. BH à 8h. Ca va être short. Soupette, changement de fringue: repassage en mode jour cagnât. Étirements, et petite pause allongé sur deux banc à défaut de dodow sur lit. Juste de quoi reposer un peu les jambes à l'horizontale.

7h58: à nous la ligne d'arrivée

Plus qu'une douzaine de km. Un dernier coup de cul de même pas 500m de D+, une paille après 10500mD+. Je les monte sans soucis, jusqu'à la fin les jambes auront étés présentes pour les ascensions.

Alors que je marche comme un zombie perdu dans mes pensées, mes yeux remarquent quelque-chose d'étrange dans le paysage. Je tourne la tête, et regarde fixement pendant 3/4s une nana assise, le collant aux genoux, une banane dans la bouche, sur le côté du chemin. Puis je continue mon chemin, alors qu'elle me lance un "désolé". 3/4s plus tard, je lui rétorque "je me demandais si j'avais des hallus où non".

La fin est très longue, moche, monotone... Une nouvelle douleur s'ajoute: sous les pieds. J'ai trop mal et trop enduré pour avoir l'envie et la force de courir. De toute façon je passerais la BH.

Je finis donc par reprendre l'état d'esprit "belle et longue balade qui fait mal aux pieds". La nana qui n'était pas une hallu, Olivia, me reprend à la toute fin et nous arrivons en marchant et en souriant à Aiguebelle.

Je sors alors ma flasque de chartreuse et nous la partageons en franchissons la ligne d'arrivée.

Des kikous sont là, la chérie de Bubulle toute enthousiaste vient prendre une photo, je sonne la cloche et vais chercher ma bière.

53h18. Objectif de terminer cette belle balade atteint.

"Rustique", c'est un adjectif qu'on a employé plusieurs fois à mon égard. J'aime bien. ça me fait penser à "bête de somme". Pataud, lent, mais résistant. Je suis une sacrée tête de mule... Je crois...

Un grand merci à tous les bénévoles, à tous les coureurs avec qui j'ai échangé pendant cette bien longue balade. Ce fut une expérience énorme.

A bientôt sur les chemins.


Commentaires migré de l'ancien blog:

Gilles45160: Un bon CR bien Roots et super agréable à lire. J'ai adoré le "perfect" au bord du chemin. Je crois que tu as parfaitement compris l'essence même de ce sport. Je sors de la CCC qui est franchement une partie de plaisir à coté de ce que tu as fait. Bravo, bon repos

Commentaires sur Kikourou: www.kikourou.net/recits/rec...

Tomettheo: Sacré CR! Je pense que tu est l'exemple type du coureur d'ultra! Fatigue, coup de moins bien, et hop ça repars! Par contre quel mental, je dis bravo! J'ai la même pensée: pas de blessure, pas d'abandon! Bravo encore pour ce cr et ta belle course M. zecrazytux!

  • Le départ ! 5h du matin, release the craken !

  • Traces de sel monstrueuses à travers tshirt+sac au bout de seulement 28 bornes.

  • Le lac Blanc, du haut de la Croix de Belledonne

  • Depuis la croix, probablement

  • Pointage et repos de quelques coureurs

  • col de Freydanne

  • Lac Blanc en vue

  • Très minéral en plein cagnat

  • Le lac Blanc, toujours aussi magnifique

  • Refuge de Jean Collet !

  • Ravito soupehypersalée aux côtés de Bubulle

  • Rehydratation en bonne et due forme

  • prêt à repartir !

  • Quelquepart en Belledonne

  • Le soleil se couche derrière moi

  • Mais je m'arrête, car c'est beau

  • Dré dans la vache

  • Col de la vache, c'est une... vacherie

  • Arrivée en bonne compagnie. Olivia, finsher du 85km

  • Un finish à la Chartreuse, bien entendu

  • Et les cloches sonnent, sonnent !

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